Les deux garçons sont des passionnés de hockey. - Photos Archives Le Quotidien - Guillaume Pétrin
Les deux garçons sont des passionnés de hockey. - Photos Archives Le Quotidien - Guillaume Pétrin

Vivre avec deux enfants immunodécifients au temps du coronavirus

Mère monoparentale de deux enfants immunodécifients, c’est un véritable cri du coeur que Mélyna Asselin, de Saint-Félicien, a lancé récemment sur les réseaux sociaux.

« Vulnérables! Mes deux beaux grands garçons de 11 et 13 ans. Ils sont intelligents, souriants, mais aussi immunodéficients! Ça fait en sorte que les personnes qui en souffrent sont plus vulnérables aux infections de toutes sortes… comme la COVID-19! On a environ 1 chance sur 100 000 d’avoir un enfant immunodéficient, moi j’ai eu la « chance » d’en avoir deux! Je dois composer quotidiennement avec leur condition médicale fragile. Je vous avoue que ce n’est pas toujours évident dernièrement… Mais la bonne nouvelle est que vous pouvez m’aider! Comment? Non, je n’ai pas besoin d’argent. Ce que je vous demande ces jours-ci est un geste tout simple rempli de générosité humaine et de compréhension: RESTEZ À LA MAISON! Merci. Partagez. Aimez. Soyons unis. »

En entrevue avec Le Quotidien, Mélyna Asselin a expliqué pourquoi elle vivait un tel stress ces jours-ci. « Je suis déçu du comportement de certaines personnes, qui agissent au détriment de ceux qui ont une santé fragile. Je crois qu’il y a des gens qui prennent ça à la légère vu qu’ils pensent que l’on vit dans une région éloignée! Pour ma part, je crois que l’on est autant à risque que tout le monde ailleurs sur la planète! »

Rappelons que la mère de famille doit composer avec les conditions médicales fragiles de ses deux enfants. Le plus jeune, Guillaume 11 ans, vit avec le déficit immunitaire en complément C2 ; l’aîné, Jérôme, 13 ans, avec le déficit immunitaire en IGg.

Il est bon de savoir qu’un déficit immunitaire est une pathologie qui correspond à une insuffisance ou un mauvais fonctionnement de certaines fonctions du système immunitaire. Ce qui fait en sorte que les personnes qui en souffrent sont plus vulnérables aux infections de toutes sortes.

Las Vegas

Grâce à la Fondation Fais-Un-Vœu Québec, Jérôme s’était rendu avec toute sa famille à Las Vegas pour rencontrer le gardien de but des Golden Knights, Marc-André Fleury, en plus de pouvoir l’affronter sur la glace lors d’une pratique de l’équipe de la LNH. Son plus jeune frère, Guillaume, avait déjà pu réaliser un rêve par le passé grâce à cette même fondation.

« Il a reçu plein de cadeaux, mais son plus beau souvenir est quand le joueur Jonathan Marchessault lui a donné son bâton de hockey personnel. » Le moment a rapidement fait le tour de la planète hockey sur les différents réseaux sociaux.

Seule ombre au tableau, comme le voyage s’est déroulé du 29 février au 6 mars, le retour au Québec s’est effectué alors que la crise du coronavirus se faisait de plus en plus sentir mondialement.

Un stress supplémentaire pour la mère, alors que la gestion de deux enfants immunodéficients représente déjà tout un défi au quotidien.

« On a été très chanceux, car les voyages ont arrêté après ça (…) On a passé les tests le 11 mars au soir et on a reçu les résultats seulement le dimanche soir suivant, le 15 mars. Heureusement, nos tests étaient négatifs. Ce fut un gros soulagement et j’ai bien dormi pour une première nuit depuis notre isolement obligatoire. »

Mère monoparentale de deux enfants immunodécifients, Mélyna Asselin de Saint-Félicien a lancé un véritable cri du coeur récemment sur les réseaux sociaux.

Test de dépistage et confinement

Comme tout est souvent plus compliqué avec des enfants immunodécifients, il en fut tout autant lorsqu’est venu le temps de passer les tests de dépistage de la maladie à coronavirus. Comment s’est passé tout ce processus?

« Difficile. Ce n’était pas juste un simple test comme les autres. Pour des immunodeficients, il a fallu passer par la chambre à pression négative. Les enfants avaient très peur, car le docteur Tremblay leur a dit de se préparer et que ça se pouvait qu’ils ne puissent pas en ressortir (…) Nous avons eu le test avec le grattage dans le nez et la gorge, ensuite deux prises de sang hémocultures sur deux veines différentes en plus d’une radiographie des poumons. Les garçons avaient tous les deux un virus respiratoire et ont été sept jours sur les antibiotiques. »

La mère doit aussi gérer le confinement de ses deux garçons, une vigilance qui ne cesse jamais dans son cas.

« Depuis que l’on a été testé pour le coronavirus, mes enfants ne sont pas sortis plus loin que la cour de la maison! Je vis devant une cour d’école et je leur interdis d’y aller (…) C’est plate pour eux. En plus, le hockey est arrêté et ils sont bien conscients aussi du danger par rapport à eux. »

La mère avoue même que ses garçons lui ont dit que « Si on attrape ça maman, on risque d’en mourir à cause de notre système immunitaire. »

Malgré le confinement de ses enfants, la mère admet qu’elle sort de la maison, ce qui ne l’empêche pas d’éprouver quelques remords.

« Je sors prendre de l’air en vélo ou pour marcher, mais je me sens coupable de le faire. Je continue d’aller faire l’épicerie aussi, le système de livraison est trop long vu qu’il y a beaucoup de demandes. Je considère aussi que c’est une de mes seules activités que je peux faire et ça me fait un bien fou. »

Garde partagée

Autre défi à surmonter ces jours-ci: la gestion de la garde partagée, qu’elle souhaite maintenir le plus possible pour deux raisons: le bien-être psychologique des ses enfants et aussi car le père est aussi très aidant dans la situation actuelle.

« C’est un papa travaillant, dévoué et attaché à ses enfants. D’habitude, j’ai la garde exclusive la semaine et lui a la garde deux fins de semaine sur 3. Depuis le début du confinement, on a changé la règle pour faire une semaine sur deux, sauf que maintenant, on ne le sait plus trop quels sont les réels dangers de promener nos enfants d’une maison à une autre. Je sais que le père respecte très bien les règles, mais j’ai toujours ça en tête. »

Comme tout le monde, elle s’ajuste au jour le jour et espère que tout ira bien. « Déjà que mes enfants sont confinés à la maison, je n’ai pas envie de les empêcher de voir leur père. Je dois leur garder un équilibre et c’est le minimum que je puisse faire. Je ne veux pas leur nuire et les couper de leur père. Pour le reste, je ne sais pas comment ça va aller. »

Elle conclut l’entrevue en partageant son plus grand souhait: « Restez chez vous et ça va bien aller! »