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Violence conjugale: intensification des cas et des discussions

Laurie Wieland
Laurie Wieland
Le Quotidien
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Les acteurs du milieu d’aide du Saguenay-Lac-Saint-Jean observent une intensification des demandes et des discussions reliées à la violence conjugale. La vague de féminicides aurait son rôle à jouer, alors que les besoins augmenteraient chez les femmes et que davantage d’hommes viendraient chercher de l’aide.

La maison d’hébergement pour femmes La Passerelle, à Alma, explique que les derniers mois ont été particulièrement marqués par une hausse de demandes au niveau des suivis externes, soit les services d’aide et d’accompagnement offerts aux femmes qui ne sont pas nécessairement hébergées.

« C’est toujours difficile de cibler la période de l’année où la demande est plus forte, mais depuis l’été, on a connu une explosion au niveau de l’aide externe », a précisé Isabelle Harvey, directrice générale de La Passerelle.

Mme Harvey explique que le contexte de pandémie a inévitablement contribué à l’intensification de la violence conjugale, sans toutefois être en mesure de chiffrer l’augmentation du nombre de cas.

Elle mentionne que la crise aura surtout affecté les manières de demander de l’aide ; l’isolement à domicile ayant rendu difficile pour les victimes de communiquer de manière verbale avec les centres d’aide, plusieurs se sont tournées vers les demandes par messages électroniques.

« Pour certaines, c’est le seul moyen d’entrer en communication avec nous si elles sont constamment avec leur conjoint, en isolement. »

Lorsque questionnée à savoir si les maisons étaient au maximum de leur capacité, la directrice affirme que le taux d’occupation est demeuré relativement stable, spécifiant que « tous les moyens nécessaires sont pris pour que les femmes dans le besoin trouvent un hébergement ».

« Nous avons 12 places à La Passerelle, mais lorsque notre limite est atteinte, on trouve toujours une solution et on ne laisse jamais personne sans aide. On va faire les démarches pour les placer ailleurs, on paie même le transport s’il le faut. »

De son côté, la Table de concertation régionale en violence conjugale et agressions sexuelles du Saguenay-Lac-Saint-Jean affirme avoir observé une augmentation de la demande d’aide chez les hommes.

« Nous ne sommes pas encore en mesure d’offrir les statistiques exactes, mais il y a eu une nette augmentation chez les hommes dans l’observation des comportements, dans l’éveil de questionnements, dans la dénonciation et le désir d’obtenir de l’aide », a expliqué Valérie Maltais, membre de la Table régionale depuis maintenant huit ans.

L’impact des féminicides

Le Québec en est à son septième cas de féminicide en moins de deux mois, alors que la moyenne se situe habituellement entre 10 et 12 par année. Selon La Passerelle, la publicisation des actes de féminicides vient « éveiller les discussions et questionnements », et joue un important rôle dans l’intensification des demandes d’aide.

« C’est certain qu’on pense que ç’a un impact. Ça peut venir créer de l’anxiété chez les victimes, qui se disent qu’elles doivent prendre les moyens nécessaires avant d’en arriver là. Ça peut aussi raviver des blessures chez d’autres qui ont déjà vécu de la violence et qui ont de la difficulté à vivre seules », a exprimé Isabelle Harvey, ajoutant que les deux dernières semaines ont été particulièrement chargées en termes de demandes.

La professeure titulaire en psychologie clinique de l’UQAC, Jacinthe Dion, exprime « qu’en temps de crise, la violence faite aux filles et aux femmes a tendance à augmenter et c’est d’ailleurs ce qui est observé depuis le début de la pandémie, ici comme partout ailleurs ».

Cette dernière ajoute espérer que les nombreux cas de féminicides incitent les femmes à parler et sensibilisent l’ensemble de la population.

« Les hommes doivent s’impliquer »

La maison d’hébergement La Passerelle a aussi tenu à rappeler l’importance de la sensibilisation faite auprès des garçons et des hommes, affirmant qu’il ne s’agissait pas « d’un problème de femmes ». « Les frères, les pères, les amis et les conjoints doivent tous s’investir dans cette lutte contre la violence conjugale. »

En plus d’aider les victimes, la Table de concertation régionale offre de son côté plusieurs services pour venir en aide aux hommes ayant des comportements violents, physiquement ou psychologiquement.

Des outils de sensibilisation auprès des jeunes sont aussi déployés dans les écoles secondaires de la région.

Rappelons qu’en conférence de presse, cette semaine, la ministre responsable de la Condition féminine, Isabelle Charest, et la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, se sont dites « très préoccupées » par la multiplication des féminicides et par l’intensification de la violence conjugale constatée au Québec dans les derniers mois.