Mélanie Boivin, directrice générale du Centre d’amitié autochtone du Lac-Saint-Jean, Stéphanie Lachance, adjointe parlementaire du ministre de la Famille, et Nancy Jean-Pierre, la mère d’Evie-Liane Petiquay, entourent la jeune hockeyeuse.
Mélanie Boivin, directrice générale du Centre d’amitié autochtone du Lac-Saint-Jean, Stéphanie Lachance, adjointe parlementaire du ministre de la Famille, et Nancy Jean-Pierre, la mère d’Evie-Liane Petiquay, entourent la jeune hockeyeuse.

Victime de racisme au hockey, Evie-Liane Petiquay témoigne à Québec

Guillaume Pétrin
Guillaume Pétrin
Le Quotidien
Beaucoup de choses ont évolué positivement dans la vie d’Evie-Liane Petiquay depuis qu’elle a décidé de dénoncer à visage découvert le racisme qu’elle subissait en tant que joueuse de hockey autochtone. Elle a reçu de nombreux messages d’encouragement et repris confiance en elle sur la glace. Dernièrement, elle a même été invitée à livrer son témoignage à Québec, dans le cadre d’une consultation publique sur l’intimidation.

Accompagnée de sa mère Nancy Jean-Pierre et de Mélanie Boivin, directrice générale du Centre d’amitié autochtone du Lac-Saint-Jean, Evie-Liane s’est rendue à Québec le 11 février.

Elle a ainsi pu partager son témoignage aux différents intervenants d’organismes autochtones et autres représentants du gouvernement du Québec, dont Stéphanie Lachance, adjointe parlementaire du ministre de la Famille. La ministre responsable des Affaires autochtones, Sylvie D’Amours, y a aussi fait une allocution.

Evie-Liane a témoigné de son parcours, des impacts que de tels propos ont eus sur sa vie et des raisons qui l’ont poussée à parler à visage découvert. Le Quotidien a obtenu une copie de son discours.

« […] J’ai enduré la violence que j’ai subie des autres joueurs et des parents dans les estrades. Maintenant, c’est trop dur à supporter, je ne veux plus endurer les préjugés, l’intimidation et la violence. J’aimerais que l’on fasse des actions pour enrayer l’intimidation et je veux parler au nom de tous les autres comme moi qui vivent ce genre de situation. […] J’avais de la colère en dedans de moi, mes larmes coulaient toutes seules, je pleurais et je ne voulais plus rembarquer sur la glace. […] Mes parents, mes grands-parents, la responsable de la catégorie bantam, la personne responsable du Centre de l’amitié de Roberval et beaucoup d’autres personnes m’ont encouragée à dénoncer. Aujourd’hui, je suis fière de moi. Fière d’avoir parlé et j’espère qu’il y aura du changement, pas seulement pour moi, mais aussi pour tous ceux qui vivent le racisme depuis trop longtemps. »

Le 31 janvier dernier, Le Quotidien rapportait que la jeune hockeyeuse était victime de propos racistes couramment dans l’exercice de son sport. Un jeune aurait même dit : « Je vais te violer comme dans le temps des pensionnats. » Ce sont ces présumés propos qui avaient alors convaincu Evie-Liane et sa mère de dénoncer publiquement.

Cette photo témoigne de la charge émotive du discours d’Evie-Liane Petiquay, qui enlace ici sa mère.

Discours émouvant

Seule jeune dans la salle, Evie-Liane avoue avoir été gênée, ce qui ne l’a toutefois pas empêchée de parler publiquement.

Sa mère, qui tenait à être à ses côtés, raconte qu’elle était bien fière de sa fille et de son discours. « C’était vraiment émouvant de l’écouter. Je ne pensais pas qu’elle serait courageuse de partager son vécu devant plus de 50 personnes », a-t-elle admis.

En plus des encouragements de Stéphanie Lachance, Evie-Liane raconte avoir reçu des bons mots de la part de Viviane Michel, de Femmes autochtones du Québec, et de Max Gros-Louis, ex-chef de Wendake, présents lors de cette journée de réflexion.

Centre d’amitié autochtone

La directrice générale du Centre d’amitié autochtone du Lac-Saint-Jean, Mélanie Boivin, était également fière du courage d’Evie-Liane. Elle croit que son message a été bien entendu.

« C’était clairement émouvant et chargé d’émotions. Personne n’a été insensible à ses propos. C’était vraiment touchant. »

La directrice de l’organisme a aussi profité de son passage à Québec pour faire valoir son opinion en ce qui concerne le racisme envers les Autochtones. « J’ai expliqué que le racisme et la discrimination sont une forme de violence. J’ai aussi expliqué à la sous-ministre que tout ceci doit cesser, à commencer par leurs institutions gouvernementales. Je suis tannée que l’on pellette des nuages. Je veux que des actions concrètes soient prises pour que cesse cette violence-là envers mon peuple. »

Evie-Liane Petiquay joue contre des garçons de son âge dans la catégorie bantam A. Elle a aussi participé aux Jeux du Québec et à la Coupe Dodge.

En entrevue, Mme Boivin n’a pas caché ses inquiétudes en ce qui concerne le blocus ferroviaire des derniers jours au pays. Elle est d’avis que les barricades et les barrages contre les trains pourraient ne pas aider sa cause. Bien au contraire, il pourrait même y avoir une recrudescence de la discrimination et du racisme envers les communautés autochtones, croit-elle.