La cathédrale Notre-Dame-de Paris a été ravagée par un incendie lundi, un accident que certains tentent de lier à une série d’actes de violence religieuse.

Vérification faite: une «vague» d’attaques contre des églises françaises?

L’AFFIRMATION: «Pendant la semaine pascale, #NotreDame brûle. En mars : la deuxième plus grande église, Saint-Sulpice, brûle», a tweeté Alice Weidel, co-leader du parti anti-immigrant Alternative pour l’Allemagne, laissant entendre que l’incendie de Notre-Dame-de-Paris n’était pas un événement isolé. C’est un thème qui a été repris par plusieurs médias et figures de proue de l’«alt right» au cours des derniers jours. The Rebel Media et Russia Today, notamment, ont tous deux souligné que le brasier de lundi est survenu juste après une «montée de la violence religieuse» qui «cible principalement des chrétiens».

LES FAITS

Comme les autorités françaises considèrent jusqu’ici que l’incendie était accidentel, il est évident que tout lien avec une vague d’attaques ne peut être autre chose que totalement artificiel. S’il s’agit d’un accident, alors par définition il ne peut pas faire partie d’une série d’actes hostiles. Mais voyons tout de même quelle est cette soi-disant vague de violence religieuse à laquelle on tente de rattacher l’incendie de Notre-Dame-de-Paris.

Les médias français ont bel et bien fait état d’une «vague» de vandalisme contre des églises cet hiver. En février, en l’espace d’environ une semaine, ils ont relaté les cas d’églises à Nîmes, Maisons-Laffite, Dijon, Houilles, Lavaur et Saint-Cyr-l’École qui ont reçu la visite de casseurs. Les dégâts tournent souvent à peu près autour des mêmes thèmes (ici un tabernacle renversé ou brisé, là une croix ou des statues renversées, etc.). En mars sont venus s’ajouter deux autres cas (8 en tout) : l’incendie criminel à l’église Saint-Sulpice, qui est la deuxième plus grande église de Paris après Notre-Dame, et du vandalisme sur l'orgue de la basilique Saint-Denis.

Maintenant, est-ce suffisant pour constituer une «vague» ou une «montée de la violence religieuse»? Ces profanations sont survenues dans un assez bref laps de temps, c’est vrai, mais elles ne sont que huit, ce qui est un très petit nombre à l’échelle d’un pays comme la France. Selon les derniers chiffres du ministère de l’Intérieur, il survient environ 1000 à 1100 «actes anti-chrétiens» par année en France, et les données de 2018 ne laissent pas entrevoir de hausse. Ces gestes vont du simple graffiti punk sur un mur d’église jusqu’aux dégradations plus graves comme celles de février, en passant par les pierres tombales renversées, etc. Plus important, ils ne se répartissent pas uniformément dans le temps : ils peuvent paraître plus fréquents par moment par le seul effet du hasard. Rien dans ce que nous avons trouvé n’indique qu’il s’agisse d’autre chose que ça.

Il est vrai que dans les stats de l’Intérieur, les «actes antichrétiens» sont le groupe de gestes haineux le plus nombreux, représentant à eux seuls environ la moitié de tous les actes répertoriés. Mais cela s’explique simplement par le fait qu’il y a en France beaucoup plus de lieux de culte chrétiens que de non-chrétiens : environ 45 000 églises catholiques, contre près de 2500 mosquées et 500 synagogues.

Enfin, l’idée de «violence religieuse» évoquée par The Rebel et RT laisse entendre que l’on a affaire à une religion qui s’en prend à une autre, mais il est très loin d’être clair que ce soit le cas. Parmi les huit églises vandalisées cet hiver, on connaît trois suspects. À Maisons-Laffites, c’est un sans-abri de 35 ans qui a agi. À Houilles, c’est un homme de 32 ans qui disait ne pas comprendre pourquoi «Dieu lui en veut depuis trois ou quatre ans», rapportait Le Parisien. Et dans le cas de la basilique Saint-Denis, c'est un Pakistanais arrivé en France deux mois plus tôt qui subit maintenant son procès, mais rien dans ce qui est ressorti des procédures jusqu'à présent ne donne à croire qu'il était motivé par la religion — une expertise psychiatrique est en cours.

Par ailleurs, le cas de Saint-Cyr-L’Éole était un simple graffiti «Jésus était anarchiste» et le curé de Saint-Sulpice a déclaré dans une entrevue au magazine Le Point qu’il ne considérait pas l’incendie de mars comme une attaque antireligieuse : «L’incendie a eu lieu à la porte de l’édifice. On ne peut pas parler de profanation», analyse-t-il.

Dans l'ensemble, ces faits cadrent mal avec l’idée d’une haine antichrétienne qui serait motivée par la religion.

VERDICT

Très douteux. Au-delà du fait que, par définition, un accident ne peut pas faire partie d’une série d’attaques, l’existence même d’une vague de vandalisme contre les églises françaises est mal établie. Et les profanations qui ont eu lieu ne semblaient pas, de ce qu’on en sait jusqu’ici, motivées par la religion.

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Précision

Une version antérieure de ce texte a été modifiée afin de tenir compte du cas de la basilique Saint-Denis, qui nous avait initialement échappé. Nos excuses.