Vérification faite

Vérification faite: moins d’insectes qu’avant?

L’AFFIRMATION: «Depuis quelques années, je retrouve beaucoup moins d’insectes dans ma piscine qu’il y a 10 ans. Et c’est encore plus marqué cette année : par exemple, je n’ai vu aucun bourdon [ou peut-être un] jusqu’à maintenant. Est-ce circonstanciel? On dit que non dans les médias, que le déclin est réel et dramatique, mais est-ce une fake news?» demande Philippe Boulanger, de Lévis.

LES FAITS

C’est surtout depuis 2017 que les médias parlent (beaucoup) d’un déclin massif et généralisé des insectes, dans la foulée d’une étude allemande qui avait conclu que la biomasse des insectes (soit le poids total de tous les insectes réunis) avait chuté de pas moins de 76 % dans les aires protégées d’Allemagne en moins de 30 ans. D’autres travaux du même genre ont par la suite été publiés. L’automne dernier, par exemple, une étude parue dans les PNAS indiquait que des pièges à insectes installés dans la forêt tropicale de Porto Rico avaient capturé en 2012 entre 4 à 8 fois moins d’insectes (en poids), voire 10 à 60 fois moins selon le type de piège, que les mêmes trappes posées aux mêmes endroits en 1976. Et une revue de littérature publiée ce printemps a également conclu qu’à l’échelle planétaire, la biomasse des insectes diminuait d’environ 2,5 % par année en moyenne.

Bref, il existe bel et bien des données légitimes et très inquiétantes au sujet du sort de la faune à six pattes. Mais il y a quelques petits (et gros) points à faire ressortir, ici.

D’abord, la couverture médiatique de ces études a adopté un ton totalement apocalyptique. Certains ont même évoqué la «disparition des insectes d’ici un siècle», ce que des entomologistes ont décrit comme une grossière exagération.

Ensuite, et par-dessus tout, les données dont on dispose sur les populations d’insectes ont beau être très sombres, elles n’en demeurent pas moins aussi très, très fragmentaires. «Je pense qu’il y a trop peu de données scientifiques fiables, largement réparties géographiquement, et poursuivies à terme assez long pour conclure au déclin généralisé des insectes», estime le chercheur en entomologie de l’Université Laval Conrad Cloutier. Le coordonnateur de la collection d’insectes de l’Université de Montréal, Étienne Normandin, est du même avis, et nombre d’autres entomologistes dans le monde ont lancé le même message au cours des derniers mois : les chiffres qu’on a sont alarmants, mais très insuffisants.

D’abord, il y a trop de régions du globe où l’abondance des insectes n’a pas été étudiée, ou si peu — la revue de litté publiée au printemps, par exemple, n’a recensé qu’une seule étude pour toute l’Australie et une seule pour la Chine. Ensuite, il y a beaucoup trop d’espèces d’insectes pour lesquelles on n’a pas de données : on ne connaît qu’environ 20 % du nombre estimé des espèces d’insectes sur Terre.

«L’argent de la recherche en entomologie est concentré dans des secteurs névralgiques où les insectes peuvent avoir un gros impact, comme la foresterie et l’agriculture. C’est normal, parce que les ravageurs peuvent causer des pertes économiques qui se chiffrent en milliards de dollars», dit M. Normandin, mais cela laisse aussi de grands «trous» dans le portrait d’ensemble des populations d’insectes.

En outre, poursuit-il, si le déclin est absolument indéniable dans le cas de nombreuses espèces, cela ne signifie pas que celles-ci laissent un espace vide derrière elles. «Ce qui arrive, c’est qu’on observe une homogénéisation des espèces d’insectes. Par exemple, j’ai fait une étude sur les espèces d’abeilles présentes en ville, et il y en a une poignée qui sont très bien adaptées. Même quand on regarde les milieux qui sont juste légèrement urbanisés, ces espèces-là réussissent très bien. Mais les espèces qui sont plus spécialisées ou moins adaptables, elles, on les perd», dit-il. Du point de vue de la biomasse, donc, la disparition d’une espèce n’implique pas que la somme des insectes «pèse» moins qu’avant. (Même si ça reste quand même une perte de diversité, évidemment.)

Un mot, pour finir, au sujet des bourdons, puisque M. Boulanger s’en sert comme d’un «indicateur», pour ainsi dire. «C’est au moins la cinquième personne qui me mentionne ça [l’absence des bourdons] cette année, alors il s’est peut-être produit quelque chose», dit M. Normandin. Il est possible, avance-t-il, que le printemps froid que nous avons connu soit en cause.

Mais voilà, M. Cloutier, qui vit lui aussi sur la Rive-Sud de Québec, mais en campagne, n’a pas l’impression d’avoir vu moins de bourdons qu’à l’accoutumée cette année. Si M. Boulanger voit de moins en moins de bourdons (et d’autres insectes) dans sa piscine depuis 10 ans, c’est peut-être plutôt parce que Lévis se développe à vitesse grand V, propose le chercheur. On peut imaginer, dit-il, qu’il y a 10 ans le quartier de M. Boulanger était proche de zones agricoles ou assez «sauvages» propices aux insectes, qui atterrissaient alors nombreux dans les piscines. Mais à mesure que la ville s’est développée, ces secteurs ont été urbanisés, si bien que les zones plus favorables aux insectes sont désormais plus loin du terrain de M. Boulanger.

Plus généralement, la situation des bourdons s’apparente à celle des autres insectes : nous avons des données qui prouvent le déclin de quelques espèces, et même qui suggèrent un déclin généralisé, mais on est encore loin d’en avoir la preuve, dit M. Cloutier.

LE VERDICT

Pas clair. Une bonne partie des données dont on dispose suggèrent qu’il y a effectivement un déclin des insectes, mais elles ne sont pas assez abondantes et solides pour le prouver de manière convaincante. Peut-être que cela viendra un jour, mais on n’est pas rendu là.

Vérification faite

Vérification faite: nos routes sont-elles en si mauvais état?

L’affirmation «On entend régulièrement dire que les routes du Québec sont en bien pire état qu’ailleurs, qu’elles sont mal construites, mal entretenues, etc. Mais est-ce bien vrai? Personnellement, pour avoir voyagé pas mal, je trouve qu’elles ne sont pas pires qu’ailleurs, du moins dans les endroits où le climat est comparable. C’est plus entre les routes du Québec que je vois des différences. Dès qu’on s’enfonce un peu dans ce que l’on peut appeler l’arrière-pays, les routes sont parfois vraiment mauvaises», demande Jean-Claude Lachance, de Sainte-Marthe-sur-le-Lac.

Les faits

Les comparaisons entre les routes de pays différents ne sont pas faciles, car chaque gouvernement a tendance à mesurer les choses à «sa façon». Mais il existe tout de même un indicateur qui est à la fois objectif et commun à la plupart des juridictions : l’indice de rugosité international (IRI). À chaque fois qu’une voiture roule sur une bosse ou un nid-de-poule, elle subit un déplacement à la verticale. L’IRI consiste à mesurer ces déplacements verticaux — 5 cm pour une craque ici, 3 cm pour une bosse là, etc. — et à les cumuler pour les exprimer en mètres par kilomètre (m/km) : pour chaque kilomètre parcouru sur une route, l’IRI donne le nombre de mètres à la verticale que les défauts du pavage imposent au véhicule.

Comme n’importe quel autre indicateur, celui-là ne dit pas tout, souligne le spécialiste des pavages Guy Doré, du département de génie civil de l’Université Laval. Il ne tient pas compte de l’orniérage, par exemple, ni des fissures trop petites pour être ressenties mais qui sont appelées à s’élargir rapidement en période de gel-dégel. «Mais on ne peut pas comparer l’état de fissuration entre les États parce qu’il n’existe pas de système unifié et reconnu pour ça. […] Et si on considérait ces autres facteurs-là [en plus de l’IRI], les résultats risqueraient probablement d’empirer pour le Québec parce que quand le ministère des Transports (MTQ) a commencé à tenir compte de la fissuration dans leurs bilans il y a quelques années, le pourcentage de routes en bon état a reculé», dit-il. L’IRI peut donc être considéré jusqu’à un certain point comme une évaluation un brin optimiste des routes du Québec.

Le MTQ considère que sur une autoroute, un IRI de 2,2 m/km ou moins indique un «bon état». Dans son dernier bilan de l’état des chaussées , le MTQ indique que 89 % de nos autoroutes respectent ce critère. Au sud de la frontière, la Federal Highway Administration (FHWA) mesure elle aussi l’IRI de son réseau. Elle exprime l’indice en pouces par mille et regroupe les résultats en catégories qui ne correspondent pas parfaitement aux définitions du MTQ, mais quand on fait les ajustements nécessaires1, on voit que 92 % des autoroutes américaines répondent au critère québécois de «bon état».

C’est mieux que «nos» autoroutes, mais l’écart est mince — en fait, c’est pas mal comparable. D’où, faut-il croire, l’impression de M. Lachance que nos chaussées ne sont pas pires qu’ailleurs.

Qu’en est-il, cependant, des routes plus secondaires? Ici aussi, les catégories américaines et québécoises ne s’alignent pas parfaitement, mais disons que nos «routes nationales» correspondent raisonnablement bien aux «principal arterials» en milieu rural de la FHWA2. Aux États-Unis, pas moins de 94 % d’entre elles respectent le critère de bon état de Transports Québec (2,5 m/km pour les «routes nationales»); c’est nettement mieux que le score québécois, de 76 %.

Enfin, ces données permettent une dernière comparaison : entre les «routes régionales» québécoises et la catégorie «minor arterials» en milieu rural de la FHWA, qui sont elles aussi raisonnablement équivalentes3. Et le portrait est essentiellement le même que pour les nationales : 95 % de bon état aux États-Unis contre 78 % dans la Belle Province.

«Il y a un paquet de facteurs qui peuvent expliquer que nos routes sont moins bonnes, explique M. Doré. Le climat en est un majeur. C’est sûr qu’entre Lacolle et Plattsburgh, il n’y a pas vraiment de différence, mais on a des infra­structures plus au nord [où le climat joue pour beaucoup, à cause des alternances gel-dégel et de l’humidité]. On a aussi une grandeur de territoire assez exceptionnelle, avec des routes qui desservent des secteurs peu peuplés, jusque sur la Basse-Côte-Nord, le Nord-du-Québec, etc. C’est lourd à entretenir.»

Mais le facteur clef, dans tout cela, demeure les investissements que le gouvernement est prêt à y mettre. «On a sans doute les routes qu’on a les moyens de se payer», indique M. Doré.

Notons tout de même à cet égard que l’état général des routes du Québec s’est amélioré depuis les années 2000. En 2006, seulement 63 % de l’ensemble du réseau routier provincial (autoroutes, nationales, etc.) était en bon état, alors que c’était 78,2 % en 2018. Il y a cependant eu une légère dégradation depuis un sommet atteint en 2014 (80 % de bon état). «On a eu un réseau qui était en déclin jusqu’au début des années 2000, ensuite il y a eu une période d’investissements massifs qui a permis d’améliorer les choses. Mais à partir de 2014, on a moins investi et ça a tout de suite recommencé à décliner», dit M. Doré.

Le Verdict

En grande partie vrai. L’état des autoroutes québécoises est à peu près le même que celui des autoroutes américaines, malgré une légère différence à l’avantage de ces dernières. Les routes nationales et régionales du Québec, cependant, sont clairement en moins bon état que leurs équivalents du sud de la frontière.

Sources:

(1) Le critère de bon état du MTQ pour les autoroutes, soit 2,2 m/km, correspond à 139 pouces par mille (po/mi). Comme cela tombe à l’intérieur de la catégorie «120 à 144 po/mi» de la FHWA, j’ai compté 20/25e de cette catégorie comme en «bon état», et 5/25e en «mauvais état». Notons que dans les données de la FHWA, j’ai considéré comme des autoroutes à la fois le réseau des Interstate et les «other freeways and expressways», parce qu’elles sont toutes à haute vitesse et que leur accès est restreint (interdit aux piétons, vélos, etc.).

(2) Dans les deux cas, l’accès n’est pas restreint (contrairement aux autoroutes), ces routes desservent des corridors majeurs de déplacements et elles relient des agglomérations de plus de 25 000 habitants. Le critère de bon état du MTQ pour les routes nationales (2,5 m/km) donne 158 po/mi; j’ai réparti la catégorie de la FHWA «145 à 170 po/mi» en conséquence.

(3) Dans les deux cas, ces routes relient des villages de moins de 25 000 habitants et/ou mènent à des attractions touristiques plus ou moins isolées. Le critère de bon état du MTQ pour les routes régionales (3 m/km) donne 189 po/mi; j’ai réparti la catégorie de la FHWA «171 à 194 po/mi» en conséquence.

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DES INFOS À VÉRIFIER?

La déclaration d’un ministre vous paraît douteuse? Une information qui circule vous semble exagérée, non fondée? Écrivez à notre journaliste (jfcliche@lesoleil.com). La rubrique «Vérification faite» prendra le temps de fouiller les faits, en profondeur, afin de vous donner l’heure juste. Car nous non plus, on n’aime pas les fausses nouvelles.

Vérification faite

Vérification faite: non, on ne «mange» pas une carte de crédit par semaine...

L’affirmation «Chaque personne ingère en moyenne environ 5 grammes de plastique par semaine ­[...­soit] l’équivalent d’une carte de crédit», lit-on dans un rapport récent du World Wildlife Fund (WWF), une organisation environnementaliste internationale. L’idée d’avaler une carte de crédit par semaine a manifestement marqué les esprits, puisque ce rapport a joui d’une couverture médiatique mondiale. Alors, voyons de quoi il retourne.

Les faits

Le rapport en question, No Plastic in Nature : Assessing Plastic Ingestion From Nature to People [http://bit.ly/327Vwf] est basé sur une étude commanditée par le WWF et faite par deux chercheurs de l’Université de Newcastle, en Australie. Ceux-ci ont passé la littérature scientifique en revue afin d’évaluer les quantités de plastiques qui se trouvent dans l’eau potable, le poisson, le sel, etc., et que nous avalerions donc en mangeant. Mais de l’aveu des chercheurs eux-mêmes, il reste encore de grands «trous» dans ce secteur de recherche qu’ils ont dû «boucher» par des hypothèses et des extrapolations. En outre, leur travail n’a pas encore été publié dans une revue savante et les détails méthodologiques ne seront pas dévoilés avant publication. Il y a donc, pour l’instant, un gros point d’interrogation au-dessus de leurs calculs.

Cependant, à en juger par ce qui a été révélé, il y a deux choses qui clochent dans ces résultats. La première, note le chimiste de l’Université Laval Normand Voyer, c’est que les chercheurs de Newcastle semblent avoir retenu des valeurs extrêmes de contamination au plastique. Ils se sont par exemple basés sur une étude menée à Dongguan [http://bit.ly/2XrlbBG], une ville chinoise très polluée. Ils citent également une étude qui conclut que la contamination des mollusques au microplastique est «minime» et «bien moindre que celle découlant des fibres textiles que l’on ingère quand on prend un repas à la maison» [http://bit.ly/2XP9WlT], mais le rapport du WWF place quand même les fruits de mer au deuxième rang des sources de contamination, avec 180 particules avalées par semaine — la première source, et de loin, étant l’eau potable à 1770 particules, pour un total hebdomadaire de près de 2000.

Notons tout de même qu’une autre étude récente est arrivée à des chiffres semblables, mais en comptant les particules (surtout des fibres textiles) que l’on respire [http://bit.ly/2Xq8X7w] — que le document du WWF considère comme une quantité négligeable, mais passons.

La deuxième chose qui cloche, c’est que même en imaginant un scénario du pire qui se rendrait jusqu’à l’absurde, il est impossible de se rendre à 5 grammes de plastique par semaine avec les chiffres du rapport du WWF. Celui-ci compte en effet les particules de 0 à 1 millimètre de diamètre. Alors supposons qu’absolument tous ces petits morceaux aient le volume maximal considéré par le rapport, soit 1 mm3. C’est totalement impossible puisque les études citées par le WWF indiquent que plus de 90 % des particules dans l’eau potable font moins de 0,1 mm de diamètre, mais «mettons que», comme on dit. Imaginons aussi que tout ce plastique est d’un type pas mal plus dense que la moyenne, à 1,3 gramme par cm3. Même dans ce scénario, qui exagère énormément le poids du plastique ingéré, on obtient : 2000 particules/semaine x 1 mm3/particule x 0,0013 g/mm3 = 2,6 grammes par semaine, et non 5 grammes. (M. Voyer m’a confirmé la validité du calcul.)

Il est possible que des «détails méthodologiques» encore non révélés viennent éventuellement changer la donne. Mais comme le rapport du WWF tient déjà compte de la principale source d’exposition aux microplastiques, soit l’eau potable, et comme mon calcul présume que toutes les particules font 1 mm³ (ce qui multiplie par au moins 1000 le volume des 90 % d’entre elles qui font moins de 0,1 mm de côté), on voit très mal comment on peut se rendre jusqu’à 5 grammes par semaine.

À l’heure d’écrire ces lignes, le chercheur principal derrière l’étude commandée par le WWF, Dr Thava Palanisami, n’avait pas répondu à un courriel du Soleil.

Verdict

A priori très douteux. On ne pourra être certain de rien avant la publication du fin détail méthodologique, mais sur la base des chiffres publiés dans le rapport du WWF, l’ingestion de microplastiques ne peut tout simplement pas atteindre «une carte de crédit [5 g] par semaine», ni même s’en approcher. Cela ne signifie pas que la pollution au plastique n’est pas un problème, mais simplement qu’on n’en ingère pas tant que ça.

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DES INFOS À VÉRIFIER?

La déclaration d’un ministre vous paraît douteuse? Une information qui circule vous semble exagérée, non fondée? Écrivez à notre journaliste (jfcliche@lesoleil.com). La rubrique «Vérification faite» prendra le temps de fouiller les faits, en profondeur, afin de vous donner l’heure juste. Car nous non plus, on n’aime pas les fausses nouvelles.

Vérification faite

Vérification faite: un monde sans pétrole, l'apocalypse?

L’affirmation «J’ai reçu récemment une vidéo que je qualifierais de pathétique (...qui a probablement été) commanditée par l’industrie pétrolière», s’insurge Odette Navratil, de Saint-Théophile. La vidéo [http://bit.ly/2Nl4H9u] en question est une capsule de quelques minutes de type «Qu’arriverait-il si?» et elle tente d’imaginer ce qui arriverait si nos sociétés décidaient ou devaient se priver complètement de pétrole du jour au lendemain. Le portrait décrit est loin d’être rose : «en moins d’un mois, la plupart des grandes villes deviendraient des zones anarchiques sans électricité ni nourriture [...et]en quelques mois la moitié de la population mondiale mourrait», à cause de la faim ou parce qu’ils n’auraient plus accès aux «produits de premiers soins et aux médicaments dérivés du pétrole». Plusieurs vidéos largement diffusées sur les réseaux sociaux reprennent ce thème apocalyptique, alors voyons ce qu’il en est.

Les faits

Il est impossible de «vérifier» la véracité de scénarios purement hypothétiques comme celui-là. Je laisserai donc de côté des affirmations telles que «la moitié de la population mondiale mourrait en quelques mois» ou encore «au bout de cinq ans, les survivants vivraient comme autour de 1900». Cependant, on peut évaluer si la base factuelle qui sert de point de départ à ces spéculations se tient debout. Ici, c’est la centralité du pétrole et de ses dérivés dans nos vies qui forme ce socle, et il y a deux choses à en dire.

La première, c’est que oui, il est absolument indéniable que le pétrole transcende notre monde. Son utilisation comme source d’énergie, bien sûr, est évidente, mais ce n’est qu’environ 40 % du pétrole qui sert aux transports, dit le chimiste de l’Université Laval Normand Voyer. Le reste passe dans d’innombrables autres applications, allant des revêtements de chaussée jusqu’aux fins plastiques en passant par les textiles. On parle donc ici d’une énorme part des objets de notre quotidien qui sont faits à partir de ce qu’il reste d’un baril de pétrole une fois qu’on en a extrait les carburants.

La vidéo de Mme Navratil mentionne à cet égard les «dentifrices, shampoings et crèmes à raser», notamment, ce qui est vrai, confirme M. Voyer : «Il y a beaucoup de cosmétiques qui sont à base de pétrole.»

Et il poursuit : «Les nylons, les diachylons, les détergents, beaucoup de médicaments sont dérivés du pétrole». Soulignons aussi que l’agriculture moderne ne serait pas aussi productive sans «or noir», car beaucoup de pesticides sont ou contiennent de ses dérivés.

«En ce moment, résume M. Voyer, on ne pourrait pas se passer complètement du pétrole.» Et sans aller jusqu’à cautionner l’alarmisme de la vidéo — qui parle, entre autres choses, de citadins désespérés qui attaqueraient des fermiers pour leur voler de la nourriture, rien de moins —, le chimiste croit tout de même qu’il y aurait «certainement un côté catastrophe si on devait s’en passer du jour au lendemain».

Or justement, c’est le second point à retenir, ici : personne (en dehors de ces vidéos apocalyptiques) ne parle de «sevrer» complètement nos sociétés du pétrole en 24 heures. Les décideurs et les écologistes ne sont pas tous également pressés de «sortir du pétrole», mais on parle ici d’un processus qui peut difficilement faire autrement que de s’étaler sur des décennies, justement à cause de l’immense utilité qu’a le pétrole actuellement.

Mais il existe des exemples montrant qu’il est possible de se passer de pétrole, et que c’est même bien entamé dans certains secteurs, indique M. Voyer. «La majorité des médicaments, avant, c’étaient des dérivés du pétrole. Aujourd’hui, c’est peut-être 50 %, et le reste est fait à partir de fermentations, avec des levures, des enzymes, etc. Alors on commence à avoir de plus en plus de médicaments biosourcés [NDLR qui ne sont pas issus de la pétrochimie]. Presque tous les antibiotiques sont biosourcés maintenant, alors que c’étaient des produits de synthèse avant. Alors on ne sera peut-être pas totalement capable de se passer du pétrole, mais on s’en va vers là», dit-il.

Enfin, notons que dans bien d’autres cas que les médicaments, les solutions de remplacement au pétrole existent déjà — moteurs électriques, plastiques fabriqués à partir de biomasse, cosmétiques biosourcés, etc. Elles ne sont pas massivement adoptées à cause de leurs coûts ou parce qu’elles viennent avec des inconvénients que le pétrole n’a pas (l’autonomie des moteurs est l’exemple classique, encore que c’est moins vrai de nos jours), mais cela tempère quand même les scénarios cataclysmiques.

À cet égard, notons que la vidéo que m’a soumise Mme Navratil ne fait aucune mention de ces solutions de rechange plus chères ou pas idéales, certes, mais déjà existantes.

Verdict

Pas dénué de vérité, mais douteux. L’idée de base est vraie : le pétrole occupe une place absolument centrale dans nos modes de vie, si bien qu’on ne pourrait pas s’en passer du jour au lendemain sans subir de lourdes conséquences. Mais il n’a jamais été question de s’en priver complètement d’un seul coup. Et pour bien des applications du pétrole, des solutions de rechange existent déjà (même si elles ne sont pas encore aussi performantes ou économiques), ce dont la vidéo ne dit rien.

Vérification faite

Vérification faite: les «fausses boulettes» sont-elles vraiment plus vertes?

L’affirmation «Après avoir vu la liste d’ingrédients de la fausse viande à la mode Beyond Meat, je me demandais quel est l’impact sur l’environnement de faire venir certains de ces ingrédients d’un peu partout sur la planète pour produire cette fausse viande et ensuite l’expédier ici et là. En d’autres termes, est-ce que c’est vraiment mieux pour l’environnement que de consommer du bœuf qui vient de sa région?» demande Éric Bourdeau, de Montréal.

Les faits

De manière générale, il ne fait aucun doute que la production de viande requiert plus de ressources que la production de fruits, légumes et céréales. Les animaux, en effet, doivent eux-mêmes être nourris avec des grains ou du fourrage, et ils ne transforment pas toute la nourriture qu’ils mangent en viande. Les chiffres varient pour la peine d’une étude à l’autre, d’une région à l’autre, d’une espèce à l’autre et selon les modes de production, mais on peut compter environ 3 kg de nourriture végétale (surtout des grains) pour produire 1 kg de viande, d’après la FAO, le bras agricole de l’ONU. [http://bit.ly/2KSJgdl]

Alors si l’on mangeait directement les végétaux au lieu de les donner à du bétail que l’on consomme ensuite, l’agriculture occuperait forcément moins d’espace, utiliserait moins d’eau, épandrait moins d’engrais et de pesticides, et brûlerait moins d’énergie. Beaucoup moins, en fait, et c’est particulièrement vrai pour le bœuf, parce qu’il transforme moins bien sa nourriture en muscle que les autres sortes de bétail et que sa digestion produit beaucoup de méthane, un important gaz à effet de serre (GES).

C’est le bœuf que les boulettes de Beyond Meat prétendent de remplacer, et tout indique qu’elles pèsent beaucoup moins lourd sur l’environnement. En septembre dernier, des chercheurs de l’Université du Michigan ont évalué ses impacts totaux, des champs jusqu’à l’épicerie [http://bit.ly/2KdIkjW], et ils ont trouvé que produire 1 kg de «fausses boulettes» dépense presque moitié moins d’énergie, émet 90 % moins de GES, occupe 92 % moins de territoire et consomme 99 % moins d’eau que 1 kg de bœuf.

Certes, on nous fera remarquer que cette étude a été commandée par le fabricant lui-même, ce qui peut impliquer des biais de la part des évaluateurs. C’est entièrement vrai, mais il faut aussi préciser que leur rapport a été révisé par trois autres scientifiques indépendants (deux de l’Université de Californie et un de Carnegie Mellon), qui l’ont jugé «de haute qualité» et dont les «méthodes sont scientifiquement et techniquement valides». En outre, Beyond Meat et Impossible Food (une autre entreprise qui fabrique des «fausses boulettes») ont gagné le prix Champion de la Terre l’an dernier, la plus haute distinction environnementale remise par l’ONU [http://bit.ly/2MMtYt8].

Alors comme les conclusions de cette analyse de cycle de vie ont été corroborées par des sources externes et qu’elles sont entièrement cohérentes avec ce que l’on sait de l’empreinte environnementale de la viande, il faut conclure que la commandite de Beyond Meat n’a pas biaisé les résultats pour la peine.

Reste une partie de la question de M. Bourdeau à laquelle il faut répondre : est-ce que les boulettes végétales sont environnementalement supérieures au bœuf haché même si le bœuf est produit localement?

Et la réponse est oui, parce que le transport ne compte pas pour beaucoup dans les GES émis par l’agriculture : autour de 85 à 90 % [http://bit.ly/2Re89RI et http://bit.ly/2Zn18Rq] des émissions surviennent à la ferme elle-même. Alors même en présumant qu’acheter local enlève complètement le 10 à 15 % restant, cela ne diminue pas beaucoup les avantages environnementaux documentés par l’étude de l’Université du Michigan.

Verdict

Vrai. Il est indéniable que l’élevage pèse plus lourd sur l’environnement que la production végétale, de bien des manières. Une analyse de cycle de vie a trouvé que l’empreinte des boulettes Beyond Meat est, selon l’indicateur, entre 50 et 99 % moindre que celle d’une quantité équivalente de viande. Le fait que le bœuf soit produit localement ou non ne fait pas une grosse différence.

Vérification faite

Vérification faite: le printemps froid à Québec à cause du lac Saint-Jean?

L’AFFIRMATION: «Nous avons récemment entendu à Radio-Canada que la température froide que connaissait la ville de Québec était attribuable au fait que le lac Saint-Jean n’était pas encore calé. Cela nous semble douteux. Qu’en est-il?» demande Alain Turcotte. Notre lecteur fait référence à un segment de l’émission «C’est encore mieux l’après-midi» du 8 mai, où le journaliste affecté à la météo Maxime Denis a dit que «tant que le lac Saint-Jean n’est pas calé, tant que les lacs ne sont pas calés, on a toujours une fraîcheur dans l’air». Une semaine plus tard, le 14 mai, il ajoutait : «En montant dans la réserve faunique des Laurentides en fin de semaine, de voir tous les lacs qui sont complètement recouverts de glace, c’est pour ça qu’il fait froid.»

LES FAITS

Il n’est pas complètement dénué de vérité de faire un lien entre la présence de glace sur les lacs et la température qu’il fait. Après tout, les surfaces blanches réfléchissent une bonne partie de l’énergie que nous recevons du Soleil, si bien que lorsque la glace cale, le lac «capte» plus de rayonnement.

Cependant, précise le météorologue d’Environnement Canada André Cantin, l’effet est très local et nettement moins grand que ce qu’on pourrait penser. «Cette glace-là, juste avant de caler, est presque rendue à 0°C. Et lorsque le lac vient juste de caler, l’eau est proche de 0°C aussi», dit-il d’abord. Avec ou sans glace, donc, le lac reste une grosse masse froide. En outre, quand les eaux redeviennent libres, les échanges de chaleur qu’elles ont avec l’atmosphère vont changer et se complexifier — parfois avec pour effet final de refroidir l’air alentour, et non de le réchauffer, indique M. Cantin.

Et de toute manière, à plus grande échelle, le lien entre la glace des lacs et la température est l’inverse de ce qui a été présenté à Radio-Canada : c’est la chaleur qu’il fait (ou non) un printemps donné qui détermine quand les lacs calent, pas la présence de glace sur les lacs qui refroidit l’air sur de grandes superficies.

En ce qui concerne l’idée que le lac Saint-Jean puisse avoir une incidence sur la température qu’il fait à Québec, M. Cantin estime que ce n’est «probablement pas» le cas. D’une part, comme on vient de le voir, l’effet réchauffant du départ des glaces, s’il existe, est trop local et modeste pour avoir été ressenti dans la capitale. Et d’autre part, signale le météorologue, il ne faut pas oublier que le jour où le lac Saint-Jean a calé, les montagnes tout autour, elles, demeuraient enneigées. Alors un petit «trou» au milieu de tout ce blanc peut difficilement avoir fait une différence notable.

Vers le début et la mi-mai, «c’est vraiment tout le Québec qui avait des températures sous les normales de saison, ce n’est pas le lac Saint-Jean qui causait ça, explique M. Cantin. C’était un système de basse pression, ce qu’on appelle une dépression froide, qui [...] maintenait des vents dominants du nord-nord-ouest. Alors ça amenait de l’air froid sur l’Ontario et à peu près partout au Québec.»

VERDICT

Faux. Le temps froid que la région de Québec a connu en mai s’expliquait par un système de basse pression qui a amené de l’air arctique sur tout le sud de la province et sur l’Ontario. La glace qui persistait sur le lac Saint-Jean ne peut pas en avoir été la cause car l’effet du «calage» des lacs, même les plus grands, est modeste et très localisé.

À LIRE AUSSI: Mai, huitième mois froid de suite!

Vérification faite

Vérification faite: la moitié des employés de soutien des universités en «détresse psychologique»?

L’AFFIRMATION: «Dans une campagne de pub récente [NDLR : parue dans plusieurs médias, dont Le Soleil], on lisait : «On a mal à l’université ; 53,4 % des employés de soutien souffrent de détresse psychologique. La pub disait s’appuyer sur une étude de l’UQAM commandée par le Syndicat canadien de la fonction publique. Mais que dit réellement cette étude? J’ai bien du mal à croire qu’un employé de soutien sur deux, à l’université, est en détresse psychologique», demande Louis Chamard.

LES FAITS

Il y a deux choses à considérer, ici. D’abord, il y a une connotation dramatique dans le nom «détresse psychologique» qui peut faire paraître les choses pires qu’elles sont. La détresse psychologique n’est pas un diagnostic à proprement parler, ce n’est pas l’équivalent d’une dépression, de pensées suicidaires ou d’un trouble anxieux. Il s’agit plutôt d’un état mental négatif qui se mesure par des questions comme «Au cours du dernier mois, avez-vous eu souvent/rarement eu l’impression que tout vous demandait un effort?» ou «que vous n’étiez bon à rien?» ou «que rien ne vous faisait sourire?»

Ça n’est certainement pas agréable à vivre, mais ce n’est pas un diagnostic en soi. On peut donc s’attendre à ce qu’une assez grande partie de la population en ressente — autour de 25 % au Québec. La détresse psychologique reste quand même un outil important parce qu’elle peut éventuellement mener à des dépressions ou d’autres problèmes si rien n’est fait. De nombreux chercheurs et instances sanitaires dans le monde s’en servent, dont l’Institut de la santé publique du Québec et les deux auteures de l’étude de l’UQAM, Julie Cloutier et Sabrina Pellerin.

Alors que dit-elle, cette étude? Elle conclut bel et bien que 53 % des employés de soutien des universités québécoises souffrent de détresse psychologique, sur la base d’un échantillon de plus de 900 personnes qui ont rempli deux questionnaires Web. Le taux de réponse a été très bas (seulement 24 %), ce qui ouvre en principe la porte à un «biais de sélection» important, puisque l’on peut penser que les gens en détresse se sentent plus interpellés par les études du genre. Cependant, les deux auteures se sont assurées que ce n’était pas le cas de diverses manières, notamment en comparant les caractéristiques (âge, sexe, etc.) de leurs répondants avec les listes syndicales de l’ensemble des employés visés.

«On peut conclure que la probabilité que les résultats de l’étude soient biaisés est faible», nous a écrit Mme Cloutier lors d’un échange de courriel.

On notera quand même une chose à propos de cette étude. L’échelle retenue (la Kessler Psychological Distress Scale, ou «K6» pour les intimes) est largement utilisée dans le monde et elle donne un résultat entre 0 et 24 points — plus le nombre de points est élevé, plus la détresse est intense. D’après l’INSPQ, un score de 13 et plus dénote une probabilité réelle que la personne souffre d’une maladie mentale grave; pour les scores plus bas, les seuils «diffèrent entre les études, mais plusieurs utilisent un score de 8 à 12 pour indiquer une détresse modérée», lit-on sur le site de l’Institut. Dans l’étude de l’UQAM, seulement 13,5 % des répondants avaient un score de 13 ou plus, et 39,9 % arrivaient entre 7 et 12 — ce que les auteures décrivent comme un niveau de détresse «important», et non «modéré». On peut certainement penser que ces choix méthodologiques ont pu noircir le portrait.

Cependant, il faut aussi noter que les deux chercheuses de l'UQAM ne sont pas les seules à retenir ce seuil : dans l'Enquête sur la santé de la population 2014-2015, l'Institut de la statistique du Québec fait la même chose [http://bit.ly/2W7ujeb, p. 138]. Si cela grossit le groupe des gens en détresse psychologique, cela ne le grossit donc pas forcément de façon artificielle. Et outre, l'étude de l'UQAM n’est pas la première à constater qu’il y a un problème de détresse chez les employés de soutien des universités québécoises. Une étude de Caroline Biron et Jean-Pierre Brun de l’Université Laval a en effet trouvé en 2008 que 41 % de ces travailleurs souffrent de détresse, ce qui reste nettement plus élevé que la moyenne provinciale.

VERDICT

Vrai. L’étude existe et elle conclut vraiment que 53 % des employés de soutien des universités québécoises souffrent de détresse psychologique. Il est possible que ce chiffre ait été grossi par certains des choix des auteures, mais d’autres chercheurs sont arrivés à des conclusions similaires dans le passé, alors tout indique que le problème est réel.

Vérification faite

Vérification faite: combien vaut un baril de pétrole albertain?

L’AFFIRMATION: «On invoque souvent le fait que le pétrole albertain est vendu à un bas prix parce qu’il n’y a pas de débouchés. Est-ce vrai? Et dans l’éventualité où ils trouveraient de meilleurs débouchés, est-il vrai que les prix à la pompe augmenteraient puisque le Québec achète une partie importante de son pétrole en Alberta?» demande François Morin, de Notre-Dame-du-Portage.

LES FAITS

Quand les politiciens albertains, comme l’ancienne première ministre Rachel Notley et l’actuel PM Jason Kenney, parlent du «rabais» sur le pétrole albertain et des milliards que cela fait perdre à la province, ils comparent toujours le prix d’un pétrole nommé Western Canada Select (WCS, issu des sables bitumineux) à celui d’un autre pétrole, le West Texas Intermediate (WTI), qui sert souvent de référence en Amérique du Nord.

Et il est vrai que le pétrole albertain se vend à un prix chroniquement inférieur à son «cousin texan», comme le montre le graphique ci-contre. En date de mars dernier, le WTI se transigeait à 58 $ le baril, contre seulement 48 $ pour le WCS. Il arrive assez souvent que des acteurs politiques attribuent entièrement ces écarts au fait que les pipelines sont saturés à l’heure actuelle.

Vérification faite

Vérification faite: le réchauffement deux fois plus rapide au Canada?

L’AFFIRMATION: «Est-il vrai que le Canada se réchauffe deux fois plus vite que le reste du monde ou est-ce surtout le Grand Nord qui voit ses glaciers fondre? Il y a tout de même une différence entre Toronto et Grise Fjord!» demande Jean Bourassa, de Québec.

LES FAITS

Le Canada se réchauffe effectivement deux fois plus vite, en moyenne, que le reste du globe. C’est en tout cas la conclusion du Rapport sur le climat changeant du Canada, dans lequel des scientifiques du fédéral et d’universités font le point sur les connaissances au sujet du réchauffement passé et à venir au Canada. Le document, en plus d’avoir été rédigé par des experts, a aussi subi un «examen externe» de la part d’autres spécialistes du climat. C’est donc une source on ne peut plus solide.

On y lit : «La température moyenne annuelle au Canada a augmenté de 1,7 ºC [... entre 1948 et 2016], soit environ le double de l’augmentation observée à l’échelle mondiale [0,8 ºC pour la période de 1948 à 2016], selon l’ensemble de données sur la température moyenne à la surface du globe produites par le Met Office Hadley Centre et le Climatic Research Unit à la University of East Anglia, au Royaume-Uni» (bit.ly/2YbsuJM, p. 14 sur 82).

Il s’agit d’une moyenne qui masque des différences régionales — c’est plus rapide dans le Grand Nord (+ 2,3 °C) et les Prairies (+ 1,9 °C), par exemple, et plus lent au Québec (+ 1,1 °C) et les provinces de l’Atlantique (+ 0,7 °C) —, mais l’idée d’un réchauffement plus rapide au Canada que dans le reste du monde reste un fait indéniable.

Cependant, on a tendance dans les médias et les réseaux sociaux à présenter ce genre de nouvelle comme si la situation du Canada était vraiment très particulière alors que ce n’est pas le cas, explique la climatologue du consortium de recherche Ouranos Dominique Paquin. La «moyenne canadienne» représente en effet les températures mesurées au-dessus des continents, sur la terre ferme, alors que la «moyenne mondiale» inclut les températures mesurées au-dessus des mers. Or, l’eau est un bon conducteur thermique, si bien que «les océans vont absorber plus d’énergie, ce qui en laisse moins dans l’atmosphère au-dessus», dit Mme Paquin.

D’après le site de la NASA, depuis la fin du XIXe siècle, la température au-dessus des continents a gagné autour de 1,7 °C sur près de 140 ans, donc une moyenne de 0,12°C par décennie, alors qu’au-dessus des océans, le rythme ne fut que d’environ 0,05 °C par décennie. Et comme les océans couvrent 70 % de la superficie de la Terre, cela explique une bonne partie de la différence entre le Canada et le «reste du monde», mais cela vaut aussi pour bien d’autres endroits, comme l’Europe, l’Australie et la Chine.

Il y a quand même des facteurs plus spécifiques, qu’on ne trouve pas partout et qui accélèrent les changements climatiques au Canada, dit Mme Paquin. Une bonne partie du pays est situé dans l’Arctique, où le réchauffement est beaucoup, beaucoup plus prononcé qu’ailleurs, et pas seulement parce que ce sont des terres émergées. Là-haut, le couvert de neige et de glaces marines a toujours réfléchi une bonne part du rayonnement solaire, mais ce couvert recule à cause des changements climatiques. Une plus grande partie de l’énergie solaire est donc absorbée par le sol ou l’eau de mer au lieu d’être renvoyée vers l’espace ce qui (avec d’autres facteurs) amplifie le réchauffement.

«Mais c’est la même chose dans d’autres pays aux mêmes latitudes, dit Mme Paquin. Si on regardait le cas d’un pays comme la Russie, par exemple, on aurait des résultats semblables.»

Contrairement à ce qu’on pourrait penser en lisant des manchettes disant que «le Canada se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète», le pays est donc loin d’être le seul dans cette situation. Mais il demeure utile et important de mesurer le rythme du réchauffement de manière spécifique, comme le fait le Rapport sur le climat changeant du Canada, parce que cela donne un portrait de la situation plus précis que si on ne faisait qu’appliquer la moyenne mondiale aux cas canadien ou québécois.

LE VERDICT

Vrai, mais cela ne veut pas dire que les changements climatiques sont exceptionnels dans l’ensemble Canada. Il y a des variations régionales et les raisons qui expliquent pourquoi le réchauffement survient en moyenne plus vite ici (comme la latitude et la différence entre continents et océans) prévalent aussi dans d’autres parties du monde.

Vérification faite

Vérification faite: la «vraie» hausse des tarifs d'électricité

L’affirmation Dans le coin rouge : Hydro-Québec, qui soutient que l’augmentation de ses tarifs au 1er avril dernier ne fut que de 0,9 %. Dans le coin bleu : le chroniqueur de Québecor Michel Girard, qui affirmait la semaine dernière et cette semaine qu’il s’agit d’une «information trompeuse» et que la vraie hausse est trois fois plus élevée, à 2,9 % — ce que le pdg de la société d’État, Éric Martel, est allé jusqu’à qualifier de «fake news». Cette histoire a eu une grande répercussion sur les réseaux sociaux, alors voyons de quoi il retourne.

Les faits

Le tarif résidentiel d’Hydro-Québec est depuis longtemps organisé en deux parties : un tarif réduit pour les premiers kilowatts-heure (kWh) consommés chaque jour (les premiers 40 kWh/j depuis le 1er avril) et un tarif plus élevé pour l’électricité supplémentaire consommée le reste de la journée. Le mois dernier, ce tarif est passé de 5,91 ¢ à 6,08 ¢/kWh pour la première tranche de 40 kWh par jour, et de 9,12 ¢ à 9,38 ¢/kWh pour la consommation quotidienne additionnelle. Il s’agit d’augmentations de 2,88 % et de 2,85 % respectivement. C’est le calcul qu’a fait M. Girard et, si l’on ne s’en tient qu’à cela, c’est effectivement lui qui semble avoir raison.

Cependant, ce tarif n’est pas la seule chose qui entre dans la facture d’électricité. Il y a également une «redevance d’abonnement» de 40,64 ¢ par jour qui, elle, n’a pas augmenté, a signalé la société d’État dans une «mise au point». Dans une «contre-réplique» à Hydro-Québec publiée lundi, M. Girard a admis l’avoir omis dans ses calculs, mais maintient ses conclusions parce que cette redevance ne représente, dit-il, qu’une bien petite partie de la facture d’électricité. Ce qui est vrai : environ 12 $ par mois.

Or il semble que ce ne soit pas le seul oubli du chroniqueur. La société d’État maintient que la hausse n’est que de 0,9 % parce que le tarif réduit a été étendu : il ne s’appliquait qu’aux premiers 36 kWh par jour avant le 1er avril, mais ce «bloc est passé à 40 kWh/j depuis. Il y a donc 4 kWh par jour qui sont passés du tarif le plus élevé au tarif réduit. C’est la vérité, comme le montrent des documents de la Régie de l’énergie [http://bit.ly/2WlCtf0], mais mentionnons aussi à la décharge de notre collègue que ce point était loin d’être clair dans le communiqué émis par Hydro-Québec [http://bit.ly/2PH1kHv].

Quoi qu’il en soit, voyons voir si cela fait une grosse différence. D’après le chercheur et spécialiste des questions d’énergie de l’Université de Sherbrooke Marcel Lacroix, une maison chauffée à l’électricité consomme autour de 30 000 kWh par année, donc environ 80 kWh par jour [http://bit.ly/2Y2pGyA]. Alors avant la hausse de cette année, la facture mensuelle d’électricité de cette maison «moyenne» était de :

- 40,64 ¢/jour x 30 jours = 12,19 $ pour la redevance

- 5,91 ¢/kWh x 36 kWh/jour x 30 jours = 63,83 $ pour les premiers 36 kWh, au tarif réduit

- 9,12 ¢/kWh * 44 kWh/jour x 30 jours = 120,38 $ pour l’électricité supplémentaire

- Grand total : 196,21 $

Depuis le 1er avril dernier, en tenant compte des 4 kWh/jour passés au tarif réduit, cette même maison consommant la même quantité d’électricité doit payer :

- 40,64 ¢/jour x 30 jours = 12,19 $ pour la redevance

- 6,08 ¢/kWh x 40 kWh/jour x 30 jours = 72,96 $ pour le premier bloc de 40 kWh par jour

- 9,38 ¢/kWh x 40 kWh/jour x 30 jours = 112,56 $ pour l’électricité quotidienne supplémentaire

- Grand total : 197,52 $

La dernière hausse d’Hydro-Québec a donc fait passer la facture d’électricité de cette maison «moyenne» de 196,21 $ à 197,52 $ par mois, soit une augmentation de 0,7 %. Nous avons fait le même calcul pour des ménages qui consomment moins (60 kWh/jour), et il apparaît que leur facture d’électricité demeure à peu près la même (-0,18 %) — pas de hausse pour eux, donc. Par contre, pour les maisons plus grosses et plus énergivores, la facture augmente un peu plus que le 0,9 % mis de l’avant par Hydro-Québec : pour une habitation qui «brûlerait» 100 kWh/jour, par exemple, la hausse est de 1,1 %.

Verdict

Les chiffres sont du côté d’Hydro-Québec. À l’extrême limite, si l’on considérait séparément les seuls «tarifs» et la facture totale, on pourrait donner en partie raison aux deux côtés, mais la distinction nous paraît factice : c’est le total qui importe le plus. Et de ce point de vue, tout indique que la hausse est beaucoup plus proche du 0,9 % annoncé par la société d’État que du 2,9 % calculé par M. Girard.

Vérification faite

Vérification faite: de plus en plus d’inondations?

L’affirmation «On sait qu’avec les changements climatiques, ces phénomènes-là [les inondations] vont s’accentuer dans le futur», a indiqué mardi le populaire morningman Paul Arcand, au FM 98,5. Et il n’est pas le seul à le penser. «Ces phénomènes d’inondation, il est clair que ça va devenir exponentiel [à cause du réchauffement planétaire]», a déclaré sur les ondes de QUB radio la mairesse de Sainte-Julie, Suzanne Roy, qui préside le Comité sur les changements climatiques de l’Union des municipalités du Québec.

Radio-Canada titrait le week-end dernier que «les changements climatiques influencent [...] l’intensité des inondations». Et même le premier ministre fédéral Justin Trudeau a dit mercredi, lors d’une visite à des sinistrés de l’Outaouais, que ce genre de catastrophe naturelle allait arriver «de plus en plus souvent».

Les faits

Il est vrai que l’on prévoit que le réchauffement climatique va rendre certains événements météo extrêmes plus fréquents, comme les épisodes de pluie intense — c’est même déjà commencé. Il n’est donc pas déraisonnable de penser qu’au moins dans certaines régions du globe, les inondations surviendront plus souvent. C’est d’ailleurs le cas dans le nord-est des États-Unis, où l’on en compte plus qu’avant — mais il y a plusieurs autres secteurs du pays où c’est le contraire qui se passe, si bien que la tendance générale n’est pas claire.

Au Québec, cependant, «la crue principale, c’est celle du printemps», fait remarquer Dominique Paquin, climatologue au consortium de recherche Ouranos. Cela signifie que même si des inondations peuvent se produire en toute saison, le risque est nettement plus grand au printemps : dans les bases de données de Sécurité publique Canada, sur les 30 inondations dites «catastrophiques» répertoriées au Québec entre 1970 et 2014, plus de la moitié (17) sont survenues entre la fin de mars et le mois de mai.

Or dans les modèles climatiques et hydrologiques, il est loin d'être clair que ces crues deviendront de plus en plus fortes, indique Mme Paquin. En effet, si nos hivers se réchauffent, alors les épisodes de fonte deviendront plus fréquents de décembre à mars, et il restera moins de neige pour gonfler les rivières au printemps. D’ailleurs, à la suite des inondations de 2017, Ouranos avait publié un «questions-réponses» indiquant qu’«en moyenne, il n’est pas attendu dans le futur que les crues printanières deviennent plus importantes dans le sud du Québec notamment en raison d’une plus faible accumulation de neige durant l’hiver».

Ouranos a publié tout récemment une mise à jour de son «questions-réponses» pour tenir compte des dernières avancées scientifiques. «Pour les grands bassins versants comme celui par exemple de la rivière des Outaouais, le comportement à long terme, si l’on se projette dans 100 ans, est à la diminution des probabilités d’avoir des inondations», y lit-on. Il n'est pas impossible que qu'à moyen terme, la baisse des crues printanières moyennes s'accompagne d'une hausse des crues extrêmes, mais ces résultats sont loin d'être certains.

Pour les bassins versants plus petits, cependant, on peut s'attendre à des risques d'inondation plus élevés en été et en automne parce que les épisodes de pluie intense seront plus fréquents. Cependant, «pour les crues printanières, les tendances sont les mêmes que pour les grands bassins versants», soit une diminution, lit-on dans le document.

Enfin, le Centre d’expertise hydrique du Québec — les spécialistes du débit des rivières au gouvernement — publie périodiquement un Atlas hydroclimatique du Québec méridional, dont la dernière version ne prévoit pas de tendance à la hausse pour les crues printanières (récurrence de 20 ans) dans le sud de la province. En fait, cinq rivières de l’extrême sud devraient voir une «diminution probable» de leurs crues d’ici 2050, et les autres seront stables. Une demi-douzaine d’autres connaîtront une «augmentation probable», mais elles sont toutes situées beaucoup plus au nord, au Lac-Saint-Jean et sur la Basse-Côte-Nord.

Cependant, ce même document prévoit des «augmentations probables» des «crues» d’été et d’automne pour le sud et l’est du Québec, puisque les précipitations extrêmes devraient augmenter. Rappelons toutefois que, comparés au printemps, les débits moyens sont beaucoup plus faibles pendant ces saisons.

Le Verdict

En grande partie faux. Dans le sud du Québec, le principal risque d’inondation est associé à la crue printanière, et les meilleures expertises disponibles prévoient que les changements climatiques ne devraient pas l’augmenter d'ici la fin du siècle — en tout cas, pas pour les grands bassins versants, qui verront même leur risque diminuer. Dans les bassins versants plus petits, cependant, le risque devrait augmenter.

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DES INFOS À VÉRIFIER?

La déclaration d'un ministre vous paraît douteuse? Une information qui circule vous semble exagérée, non fondée? Écrivez à notre journaliste (jfcliche@lesoleil.com). La rubrique «Vérification faite» prendra le temps de fouiller les faits, en profondeur, afin de vous donner l’heure juste. Car nous non plus, on n'aime pas les fausses nouvelles.

Vérification faite

Vérification faite: une «vague» d’attaques contre des églises françaises?

L’AFFIRMATION: «Pendant la semaine pascale, #NotreDame brûle. En mars : la deuxième plus grande église, Saint-Sulpice, brûle», a tweeté Alice Weidel, co-leader du parti anti-immigrant Alternative pour l’Allemagne, laissant entendre que l’incendie de Notre-Dame-de-Paris n’était pas un événement isolé. C’est un thème qui a été repris par plusieurs médias et figures de proue de l’«alt right» au cours des derniers jours. The Rebel Media et Russia Today, notamment, ont tous deux souligné que le brasier de lundi est survenu juste après une «montée de la violence religieuse» qui «cible principalement des chrétiens».

LES FAITS

Comme les autorités françaises considèrent jusqu’ici que l’incendie était accidentel, il est évident que tout lien avec une vague d’attaques ne peut être autre chose que totalement artificiel. S’il s’agit d’un accident, alors par définition il ne peut pas faire partie d’une série d’actes hostiles. Mais voyons tout de même quelle est cette soi-disant vague de violence religieuse à laquelle on tente de rattacher l’incendie de Notre-Dame-de-Paris.

Les médias français ont bel et bien fait état d’une «vague» de vandalisme contre des églises cet hiver. En février, en l’espace d’environ une semaine, ils ont relaté les cas d’églises à Nîmes, Maisons-Laffite, Dijon, Houilles, Lavaur et Saint-Cyr-l’École qui ont reçu la visite de casseurs. Les dégâts tournent souvent à peu près autour des mêmes thèmes (ici un tabernacle renversé ou brisé, là une croix ou des statues renversées, etc.). En mars sont venus s’ajouter deux autres cas (8 en tout) : l’incendie criminel à l’église Saint-Sulpice, qui est la deuxième plus grande église de Paris après Notre-Dame, et du vandalisme sur l'orgue de la basilique Saint-Denis.

Maintenant, est-ce suffisant pour constituer une «vague» ou une «montée de la violence religieuse»? Ces profanations sont survenues dans un assez bref laps de temps, c’est vrai, mais elles ne sont que huit, ce qui est un très petit nombre à l’échelle d’un pays comme la France. Selon les derniers chiffres du ministère de l’Intérieur, il survient environ 1000 à 1100 «actes anti-chrétiens» par année en France, et les données de 2018 ne laissent pas entrevoir de hausse. Ces gestes vont du simple graffiti punk sur un mur d’église jusqu’aux dégradations plus graves comme celles de février, en passant par les pierres tombales renversées, etc. Plus important, ils ne se répartissent pas uniformément dans le temps : ils peuvent paraître plus fréquents par moment par le seul effet du hasard. Rien dans ce que nous avons trouvé n’indique qu’il s’agisse d’autre chose que ça.

Il est vrai que dans les stats de l’Intérieur, les «actes antichrétiens» sont le groupe de gestes haineux le plus nombreux, représentant à eux seuls environ la moitié de tous les actes répertoriés. Mais cela s’explique simplement par le fait qu’il y a en France beaucoup plus de lieux de culte chrétiens que de non-chrétiens : environ 45 000 églises catholiques, contre près de 2500 mosquées et 500 synagogues.

Enfin, l’idée de «violence religieuse» évoquée par The Rebel et RT laisse entendre que l’on a affaire à une religion qui s’en prend à une autre, mais il est très loin d’être clair que ce soit le cas. Parmi les huit églises vandalisées cet hiver, on connaît trois suspects. À Maisons-Laffites, c’est un sans-abri de 35 ans qui a agi. À Houilles, c’est un homme de 32 ans qui disait ne pas comprendre pourquoi «Dieu lui en veut depuis trois ou quatre ans», rapportait Le Parisien. Et dans le cas de la basilique Saint-Denis, c'est un Pakistanais arrivé en France deux mois plus tôt qui subit maintenant son procès, mais rien dans ce qui est ressorti des procédures jusqu'à présent ne donne à croire qu'il était motivé par la religion — une expertise psychiatrique est en cours.

Par ailleurs, le cas de Saint-Cyr-L’Éole était un simple graffiti «Jésus était anarchiste» et le curé de Saint-Sulpice a déclaré dans une entrevue au magazine Le Point qu’il ne considérait pas l’incendie de mars comme une attaque antireligieuse : «L’incendie a eu lieu à la porte de l’édifice. On ne peut pas parler de profanation», analyse-t-il.

Dans l'ensemble, ces faits cadrent mal avec l’idée d’une haine antichrétienne qui serait motivée par la religion.

VERDICT

Très douteux. Au-delà du fait que, par définition, un accident ne peut pas faire partie d’une série d’attaques, l’existence même d’une vague de vandalisme contre les églises françaises est mal établie. Et les profanations qui ont eu lieu ne semblaient pas, de ce qu’on en sait jusqu’ici, motivées par la religion.

Vérification faite

Vérification faite: vraiment verts, les sacs de coton?

L’affirmation: Marie-Pierre Lapointe, de Québec, nous envoie un article paru dimanche sur le site de Météomédia et qui, s’appuyant sur une étude danoise, dit que les sacs de coton dont on se sert pour faire l’épicerie ne sont pas aussi «écolo» qu’on le pense. En comptant tout leur cycle de vie, chacun d’eux polluerait autant que jusqu’à 20 000 sacs de plastique, qui ont pourtant très mauvaise réputation. Il faudrait donc les réutiliser 20 000 fois pour que leur empreinte écologique devienne plus faible. Alors, «est-ce que ces conclusions sont fondées», demande Mme Lapointe?

LES FAITS

L’étude en question a été publiée en février 2018 par le ministère de l’Environnement du Danemark. Elle compare les «coûts» environnementaux (eau, GES, toxicité, etc.) de différents types de sacs (divers plastiques, papier, etc.), en tenant compte de toutes les étapes de production, distribution, usages et devenir final — ce que les chercheurs appellent une «analyse de cycle de vie». Elle conclut effectivement que les sacs de coton sont de loin les plus polluants, et que le coton biologique l’est encore plus parce que l’agriculture bio, ayant de moins bons rendements, demande plus d’espace et de ressources.

Du point de vue des changements climatiques, conclut ce rapport, il faut réutiliser un sac de coton une cinquantaine de fois pour qu’il ait moins d’impact qu’un sac de plastique mince à usage unique, comme on en trouve à l’épicerie, et pour les autres critères, cela va jusqu’à 7000 fois! Si le coton est «bio», alors on parle plutôt de 150 et 20 000 fois, respectivement.

Alors, que disent les autres études sur cette question? Les résultats danois sont clairement des extrêmes à cause de certains choix méthodologiques. Par exemple, ses auteurs n’ont pas considéré les sacs qui sont perdus dans la nature, où ils persistent très longtemps; le fait que le Danemark incinère ses déchets et en tire de l’électricité peut aussi avoir fait mieux paraître les sacs de plastique. Mais quand même, il existe plusieurs autres analyses de cycle de vie très sérieuses qui «penchent du même bord».

Ainsi, le Centre international de référence sur le cycle de vie (CIRAIG, rattaché à la Polytechnique de Montréal) concluait à la fin de 2017 qu’il faut entre 100 et 3650 utilisations, selon le critère retenu, pour qu’un sac de coton devienne plus «vert» qu’un sac de plastique à usage unique — notons cependant que pour le critère «abandon dans l’environnement», le coton est environ 700 fois moins pire. L’Environnement britannique a fait le même genre d’exercice en 2011 et est arrivé à des chiffres relativement comparables : un sac de coton pollue autant qu’entre 130 et 400 sacs de plastique. Même son de cloche dans une étude parue en 2009 dans le Journal of Fiber Bioengineering and Informatics. Les chiffres diffèrent parce que les prémisses du calcul (les critères d’évaluation) ne sont pas les mêmes, mais les conclusions sont cohérentes.

L’explication est fort simple, et est la même dans toutes ces études : le gros de l’impact environnemental des sacs est lié à leur production. C’est l’extraction des ressources et l’énergie nécessaire pour leur transformation et leur transport qui laissent la plus grosse empreinte — et cela avantage le sac de plastique. «Par sa minceur et sa légèreté, étant conçu pour un usage unique, son cycle de vie nécessite peu de matière et d’énergie. De plus, il permet d’éviter la production de sacs à ordures puisqu’il est couramment utilisé pour cette fonction également», souligne le rapport du CIRAIG. Un sac de polyéthylène mince fait moins de 50 microns d’épaisseur et pèse à peine quelques grammes; par comparaison, un sac de coton peut peser plus de 200 grammes. Cela fait beaucoup plus de matière à produire, transporter et transformer.

Évidemment, l’idéal serait que tout le monde se procure des sacs réutilisables (en coton ou d’autres matériaux) et s’en serve assez de fois pour que leur empreinte passe en dessous de celle des sacs de plastique, mais le CIRAIG n’a pas pu «déterminer si ces nombres sont réalistes dans le contexte québécois».

LE VERDICT

Vrai. L’étude danoise arrive à des chiffres extrêmes, mais ses conclusions vont dans le même sens que plusieurs autres analyses du cycle de vie : les sacs de coton nécessitent un très grand nombre de réutilisations avant de devenir préférables aux sacs de plastique à usage unique. Notons par ailleurs que ce nombre est en général beaucoup plus bas (entre quelques fois et quelques dizaines de fois) pour les sacs réutilisables en plastique.

Vérification faite

Vérification faite: trop de failles géologiques à l’île d’Orléans?

L’affirmation: «Les failles géologiques qu’on retrouve entre Sainte-Pétronille et Saint-Laurent sont, paraît-il, au nombre de plus d’une quinzaine. J’ai entendu que c’est pour cette raison que les pylônes d’Hydro-Québec qui sont là sont plus bas que toutes les autres tours au Québec : parce que le roc n’est pas bon à cet endroit. Est-ce vrai? Et est-ce que cela posera problème pour un éventuel troisième lien?», demande G. Bédard.

LES FAITS

En fait, il semble que la prémisse de la question soit fausse : la ligne à haute tension qui passe là n’est pas soutenue par des pylônes plus bas que la moyenne, assure le porte-parole d’Hydro-Québec Maxence Huard-Lefebvre. Et de toute manière, ajoute-t-il, le type de sol n’influence pas la hauteur à laquelle passent les lignes à haute tension, mais uniquement le type de fondation que l’on construit pour les pylônes. La taille des pylônes, généralement entre 40 et 70 mètres, est déterminée par le fait que c’est l’air qui sert d’isolant électrique pour les lignes à haute tension, si bien qu’Hydro-Québec doit s’assurer que les fils ne descendent pas sous une certaine hauteur — afin d’éviter que le courant ne se transmette aux objets au sol. La taille des pylônes est choisie en fonction de ça et selon la topographie locale.

Dans le cas de la pointe ouest de l’île d’Orléans, c’est l’endroit où les fils traversent le fleuve et doivent parcourir une assez grande distance sans être supportés. C’est pourquoi les pylônes de l’endroit sont plus hauts que la moyenne, dit M. Huard-Lévesque.

Cela dit, il est vrai qu’il existe plusieurs failles géologiques dans ce secteur, et il est aussi vrai que le roc est pas mal fracturé à ces endroits. Comme on peut le lire dans l’étude du professeur de la Polytechnique Bruno Massicotte, qui devait se prononcer sur la faisabilité d’un tunnel passant sous le fleuve dans ce secteur, «l’ensemble des failles de chevauchement situées sur le profil du tunnel sont inactives et aucun tectonisme n’est présent dans ces failles. On considère toutefois que le massif rocheux est de mauvaise à très mauvaise qualité à l’approche et au droit des failles» (p. 21).

Cependant, il faut noter que cela ne constitue aucunement un obstacle majeur. Cela signifie simplement que «les matériaux fracturés sont moins durs et donc plus faciles à excaver, mais en contrepartie qu’ils doivent être supportés lors de l’excavation», nous a écrit M. Massicotte lors d’un échange de courriels. Il existe également des manières bien connues en ingénierie pour «asseoir» le tunnel solidement dans des cas semblables.

LE VERDICT

Faux. Il existe plusieurs failles dans les environs de la pointe ouest de l’île d’Orléans, mais elles n’ont rien à voir avec la taille des pylônes qui sont plantés là, et elles ne constituent pas un défi technique particulier pour un éventuel tunnel qui passerait par là.

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DES INFOS À VÉRIFIER?

La déclaration d’un ministre vous paraît douteuse? Une information qui circule vous semble exagérée, non fondée? Écrivez à notre journaliste (jfcliche@lesoleil.com). La rubrique «Vérification faite» prendra le temps de fouiller les faits, en profondeur, afin de vous donner l’heure juste. Car nous non plus, on n’aime pas les fausses nouvelles.

Vérification faite

Vérification faite: les motocyclistes paient-ils leur juste part (ou plus)?

L’affirmation

«Nous sommes quelque 200 000 motocyclistes au Québec et la SAAQ nous a annoncé récemment une nouvelle hausse de 14,7 % des tarifs, notamment dans la portion «assurance». Et nous allons en recevoir d’autres d’ici 2021. Quand on demande des explications, la réponse est que chaque catégorie de véhicules paie pour les indemnités qu’elle engendre, mais aucun chiffre à l’appui n’est jamais fourni. Est-ce vrai, ou est-ce qu’on fait les frais d’une comptabilité inventive?», demande Gilles Tremblay, de Québec.

Les faits

Au Québec, en vertu de notre système dit du no-fault, toute personne blessée dans un accident de la route est automatiquement indemnisée, qu’elle ait été responsable ou non de l’accident. L’argent de ces dédommagements provient des renouvellements annuels des permis de conduire et des «plaques». Et le tout est géré par la Société d’assurance automobile (SAAQ).

Maintenant, l’article 151 de la Loi sur l’assurance automobile oblige la SAAQ à recourir à une «expertise actuarielle» pour fixer le prix des permis, en fonction notamment du type de véhicule, et l’article 151.1 dit essentiellement la même chose pour les frais d’immatriculation, tout en précisant qu’ils doivent tenir compte du «risque d’accident rattaché au type de véhicule». Et comme ce risque est plus élevé pour les motocyclistes (on y revient tout de suite), ils doivent donc payer davantage. Cette année, renouveler son permis de conduire coûte 57 $ pour un automobiliste (sans points d’inaptitude), mais 120 $ pour un «permis de moto». De même, immatriculer une voiture coûte 66 $, mais entre 209 et 560 $ pour les motos, selon la puissance du moteur, et même 1362 $ pour certains modèles considérés «à risque».

Alors est-ce que les motocyclistes couvrent leurs frais? Ou même, est-ce qu’on leur charge trop, ainsi que le soupçonne M. Tremblay (ce qui peut se comprendre quand on voit la facture)? Comme celui-ci l’a constaté, la SAAQ ne divulgue pas volontiers ses statistiques là-dessus. On peut trouver sur son site beaucoup de projections de coûts, mais pas de chiffres sur ce que les motocyclistes ont réellement rapporté et coûté.

Devant l’insistance du Soleil, cependant, la SAAQ a accepté d’en dévoiler quelques-uns. En 2016, apparemment la dernière année pour laquelle des chiffres sont disponibles, les motocyclistes ont payé 131 millions $ en frais de permis et d’immatriculation, ce qui était un peu plus que les 130,5 millions $ prévus par les actuaires. Cependant, ils ont coûté 144 millions $ en indemnités. La différence de 13 millions $ est due à une «détérioration du bilan routier des motocyclistes au cours des dernières années» que plusieurs documents de la SAAQ mentionnent sans la chiffrer, notamment un rapport d’experts indépendants de 2018 (p. 13 et 33). C’est pour rembourser ce déficit de 2016 et à cause du nombre croissant d’accidents que les primes des motocyclistes augmentent maintenant.

(Précisons que lorsqu'un accident implique une voiture et une moto, la SAAQ impute la moyenne des indemnisations à chacun dans ses statistiques. Si, par exemple, l'automobiliste reçoit 10 000 $ et le motocycliste, 100 000 $, alors les statistiques de la SAAQ comptent 55 000 $ dans la catégorie «voiture» et 55 000 $ dans la catégorie «moto».)

Donc dans l’ensemble, tout indique que oui, les motocyclistes paient leur part, et juste leur part. D’aucuns feront sans doute valoir que ce sont là les chiffres que la SAAQ a bien voulu nous communiquer, et qu’elle a peut-être trié ceux qui faisaient son affaire. C’est vrai. Mais le fait est que ces statistiques sont cohérentes avec d’autres «points de données», comme on dit.

Comme le montre le tableau ci-contre, la moto vient bel et bien avec un risque accru d’accident et de blessure. Pour chaque 100 000 véhicules immatriculés au Québec, la SAAQ recense environ 30 décès chez les motocyclistes, contre 4 ou 5 chez les automobilistes (en cas de décès, les proches sont indemnisés par la SAAQ). Les motocyclistes se blessent aussi plus souvent : environ 1,5 fois plus pour les blessures légères, et près de 8 fois plus pour les blessures graves, ce qui s’explique par le fait qu’ils sont moins protégés que les automobilistes. Ces écarts correspondent grosso modo aux écarts dans le prix des permis et des «plaques», qui coûtent entre 2 et 8,5 fois plus cher pour les motos. La catégorie «à risque» coûte encore plus cher, soit, mais elle n’englobe que 4 % des motos en circulation au Québec.

Enfin, tout ceci est également cohérent avec les coûts de santé qui, bien qu’ils soient différents des indemnités d’assurance, varient eux aussi avec la gravité des blessures. Une étude parue récemment dans le Canadian Medical Association Journal a conclu qu’en Ontario, de 2007 à 2013, les soins hospitaliers des accidentés de la route ont coûté en moyenne 2995 $ par patient chez les automobilistes, et près du double (5825 $) chez les motocyclistes. En ramenant leurs chiffres sur le nombre de véhicules en circulation, les auteurs de cette étude ont conclu à un risque de blessure trois fois supérieur chez les motocyclistes, et 10 fois supérieurs pour les blessures graves.

Verdict

Vrai. Les documents et les chiffres de la SAAQ montrent que l’on facture aux motocyclistes à peu près ce qu’ils coûtent en indemnisations. Et ces chiffres sont cohérents avec les taux d’accidents routiers et les coûts de santé qui s’ensuivent.

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Des infos à vérifier?

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Vérification faite

Vérification faite: les Québécois sont les plus taxés en Amérique

L’AFFIRMATION: «On entend souvent que les Québécois seraient les plus taxés. Mais si on considère toutes les formes de taxation en plus des impôts — TPS et TVQ, taxes municipales et scolaires, sans oublier l’essence et l’alcool —, est-ce que cela reste vrai ou est-ce que ça devient une fake news?» demande Daniel Guilbault, de Saint-Augustin-de-Desmaures.

LES FAITS

Cela dépend du point de comparaison que l’on adopte. Toutefois, c’est généralement «les plus taxés au Canada» ou «en Amérique du Nord» que l’on entend, et, de ce point de vue, l’affirmation est factuellement exacte. Chaque année, la Chaire en fiscalité et en finances publiques (CFFP) de l’Université de Sherbrooke publie un Bilan de la fiscalité au Québec, qui additionne toutes les recettes fiscales collectées dans la Belle Province par tous les ordres de gouvernement, et ce tant auprès des particuliers que des entreprises.

Dans sa dernière mouture, ce bilan montre que 155,8 milliards $ ont été prélevés en taxes diverses et en impôts en 2017 au Québec, ce qui représente 37,3 % du produit intérieur brut (PIB, soit la «taille» de notre économie). Aucune autre province n’a une fiscalité totale aussi lourde (la moyenne du reste du Canada est de 32 %), bien que la Nouvelle-Écosse s’en approche (36,2 %).

Ailleurs en Amérique du Nord, les États-Unis (27,1 %) et le Mexique (16,2 %) sont loin derrière — ou «devant», cela dépend du point de vue. Notons que la fiscalité varie d’un État à l’autre chez l’Oncle Sam, mais même dans celui qui est généralement considéré comme le plus taxé, soit New York, les taxes et impôts représentent à peine 30 % du PIB.

J’ai trouvé seulement deux sources en désaccord avec l’idée que les Québécois sont les plus taxés en Amérique. La première est une «note» de l’Institut de recherche et d’information socio-économique (IRIS, idéologiquement très orienté), qui en 2013 faisait notamment valoir qu’au Québec les ménages à faibles revenus sont moins imposés qu’ailleurs. C’est vrai, mais cette note ne considérait que l’impôt sur le revenu et certaines cotisations, et pas les autres formes de taxation.

La seconde est un texte du professeur de comptabilité de l’UQAM Léo-Paul Lauzon, affirmant qu’il faut inclure les services étatiques dans ces calculs. Si les Américains paient moins d’impôts, plaide-t-il, c’est en partie parce que leur système de santé est privé, si bien qu’il faudrait donc inclure leurs primes d’assurance privée et leurs frais de soins pour comparer des «pommes avec des pommes».

Le point n’est pas sans mérite, car il est vrai que certaines «dépenses» sont inévitables — on ne choisit pas d’envoyer ou non son enfant à l’école, par exemple —, la seule question étant de savoir si l’argent est versé au public ou à une entreprise. Mais cet argument implique aussi d’étirer la notion de taxes jusqu’à parler d’«impôts privés», comme le fait M. Lauzon, alors que les impôts ont toujours été, par définition, des sommes versées au public. Si l’on s’en tient à la définition classique, le Québec est clairement l’endroit le plus taxé en Amérique.

Par contre, cela devient moins vrai quand on élargit la comparaison. Toujours d’après le Bilan de la CFFP, 14 États européens ont une «pression fiscale» plus forte que nous, allant de l’Allemagne (37,5 % du PIB) jusqu’au Danemark (46 %) et la France (46,2 %). Précisons toutefois à cet égard que le Québec demeure quand même plus taxé que la moyenne du G7 (35,7 %) et de l’OCDE (34,2 %).

LE VERDICT

Vrai, dans la mesure où on prend le Canada ou l’Amérique du Nord comme point de comparaison, comme c’est généralement le cas. Cependant, si l’on compare le poids des taxes au Québec à celui d’ensembles économiques comme l’OCDE ou le G7, alors non, nous ne sommes pas «les plus taxés» (même si on l’est plus que la moyenne).

Vérification faite

Vérification faite: a-t-on vraiment besoin de 52 000 chauffeurs de camion au Québec?

L'AFFIRMATION

«Il circule une information voulant que le Québec aurait besoin de 52 000 chauffeurs de camion d’ici 2020. Ce chiffre est assez énorme étant donné la taille du Québec. Il y aurait environ 80 000 camionneurs présentement, alors comment peut-on arriver à un chiffre de 52 000? L’Association du camionnage du Québec (ACQ) est parfois citée comme étant la source, mais je n’ai jamais trouvé l’original», demande Nicolas Choquette, de Saint-Félix-de-Kingsey (Centre-du-Québec). Le hasard faisant drôlement les choses, il se trouve que le maire de Québec Régis Labeaume a indiqué mardi que le principal frein au déneigement est «le manque de chauffeurs». Alors voyons voir.

LES FAITS

L’ACQ est bel et bien la source de cette statistique, confirme son porte-parole Axel Rioux. Il s’agit d’une estimation qui a été faite en 2015 et qui concernait les emplois qui seraient disponibles dans cette industrie sur un horizon de 5  ans — donc la date de 2020 est la bonne.

Cependant, a précisé M. Rioux dans un échange de courriels, le chiffre de 52 000 inclut «TOUS les métiers de l’industrie», et pas seulement les camionneurs. Cela inclut par exemple les mécaniciens, les manutentionnaires, les répartiteurs, etc. Mais ce sont tout de même les conducteurs qui sont, de loin, les plus nombreux. M. Rioux souligne par ailleurs que son organisation ne représente pas les chauffeurs qui travaillent dans le déneigement, qui sont regroupés dans une autre association — des «camionneurs artisans», celle-là. En outre, ce chiffre de 2015 était basé sur des données datant de 2012.

Il demeure tout de même que tout le secteur souffre d’une pénurie de main-d’œuvre. Dans un «diagnostic» publié lui aussi en 2015, le Comité sectoriel de main-d’œuvre de l’industrie du transport routier (CAMO-route) prévoyait plus de 22 000 embauches pour des conducteurs avec des permis de classe 1 pour les années 2016 et 2017 — donc un rythme d’environ 10 000 par année, ce qui n’est pas très différent des chiffres de l’ACQ. Signe que l’industrie peine à retenir ses travailleurs, la moitié de ces emplois disponibles s’expliquait par le «roulement de personnel» et 14 % par les retraites.

Pas étonnant, donc que 44 % des entreprises sondées pour ce «diagnostic» ont dit avoir éprouvé des difficultés de recrutement — c’était même 86 % de celles qui comptent plus de 100 employés. «Les postes qui semblent être les plus difficiles à combler sont les postes de conducteurs/conductrices ayant un permis de classe 1 ou un permis de classe 3», lit-on dans le document.

Le monde du camionnage ne se renouvelle pas bien non plus : les 45 à 64 ans représentent 52 à 56 % des conducteurs (cela varie un peu selon le type de marchandises transportées), contre 34 à 37 % pour les 26-44 ans.

Mentionnons pour finir que le CAMO-route travaille sur un nouveau «diagnostic» avec des données plus à jour. On verra si cela change le portrait, mais la pénurie ne semble pas sur le point de se résorber. Dernier signe en date : pas plus tard qu’en janvier dernier, l’Ontario Trucking Association a lancé un appel aux gouvernements pour permettre l’embauche de camionneurs étrangers.

LE VERDICT

Plutôt vrai. Le chiffre de 52 000 embauches sur cinq ans de l’ACQ n’inclut pas que les camionneurs, mais ceux-ci sont majoritaires dans le portrait et le rythme d’environ 10 000 camionneurs par année est cohérent avec le diagnostic le plus récent de l’industrie. En outre, il est manifeste que le secteur traverse une pénurie de main-d’œuvre.

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DES INFOS À VÉRIFIER?

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Vérification faite

Vérification faite: les déversements d’eaux usées n'ont pas d’impacts?

L’AFFIRMATION: Chaque fois qu’elle doit déverser des eaux usées directement dans le fleuve, la Ville de Québec a l’habitude de comparer les volumes rejetés au débit moyen du fleuve (12 millions de litres à la seconde) afin de montrer que cela ne peut pas avoir d’impact significatif. «Les citoyens n’en verront pas d’effet», lisait-on dans un communiqué du 15 février 2019 (125 millions de litres déversés); l’opération «n’aura pas d’incidence sur l’environnement ni sur la qualité du milieu», indiquait un communiqué du 10 décembre dernier (13 millions de litres); «il n’y a pas d’impact pour la faune ou la flore», assurait une porte-parole de la Ville en février 2018 (46 millions de litres). Alors voyons voir s’il n’y a vraiment «rien là».

LES FAITS

Quand on les considère un à un, on peut certainement avoir l’impression que ces déversements d’eaux usées n’ont pas ou très peu d’effet. Et il est vrai que si, par exemple, l’on déverse l’équivalent de 1 seconde du débit du fleuve en l’étalant sur 10 heures, comme la Ville de Québec l’a fait en décembre dernier, l’impact sur l’environnement devrait logiquement être minime, localisé et bien limité dans le temps.

Mais il y a deux éléments importants à considérer, ici, souligne Gilbert Cabana, professeur au département des sciences environnementales de l’UQTR qui mène justement des travaux sur l’écoulement des bassins versants et les écosystèmes aquatiques. D’abord, dit-il, «il est extrêmement difficile d’établir quel est l’effet d’un déversement d’eaux usées qui dure 24 ou 48 heures parce que, à part aux endroits où il peut y avoir des dépôts, ce n’est pas chronique et que ça part avec le courant. […] C’est comme si vous aviez un voisin qui faisait brûler quelque chose qui sent mauvais et que vous aviez peur que la fumée vous donne le cancer : s’il ne fait ça qu’une seule fois, ça va être très difficile de savoir si cela a eu un effet sur vous.»

Mais ensuite, et plus important, ces déversements ne sont pas isolés, loin de là : en 2017, on en a compté pas moins de 62 000 (planifiés ou non) au Québec, d’après les données les plus récentes du ministère de l’Environnement. Même si l’on accepte l’idée que leur impact individuel est minime, il demeure que chacun fait partie de ce qui est manifestement une «habitude» chez les municipalités du Québec. Celles-ci rejettent continuellement des eaux usées non traitées dans le fleuve et les rivières parce que leurs systèmes d’égouts et/ou de traitement des eaux sont vétustes, insuffisants ou mal conçus, dit M. Cabana.

L’impact à long terme de ces déversements chroniques est, lui aussi, très difficile à cerner. «On sait par exemple qu’il y a bien des cours d’eau, comme la rivière Saint-Charles à Québec, qui sont dégradés dans leur partie aval, mais les causes sont multiples : agricultures, industries dans certains cas, etc. Et il est fort possible que les surverses viennent ajouter au problème, mais séparer l’effet de tous ces facteurs est extrêmement ardu», dit M. Cabana.

En fait illustre le chercheur, les déversements sont à ce point la norme que ce qui fut pour ainsi dire la «mère de tous les flushgates», soit un déversement dans le fleuve de 5 milliards de litres par la Ville de Montréal en 2015, n’a eu presque aucun effet mesurable. «J’ai pris des mesures avant, pendant et après le déversement. Le meilleur traceur dans ce cas-là, c’était les coliformes fécaux. […] Dans la zone en aval de Montréal, il n’y a eu presque aucun changement, hormis un petit pic qui a duré quelques jours. Mais ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’effet, c’est simplement qu’on envoie ce genre de déversements-là dans le fleuve à chaque jour depuis des décennies.»

Bref, c’est le même principe que d’ajouter 100 cuillerées à table de sel dans la soupe : si on en remet une 101e par-dessus, personne ne verra la différence, mais cela ne signifiera pas que la soupe est bonne.

À l’occasion du flushgate de 2015, d’ailleurs, des experts de l’École polytechnique de Montréal et du Groupe de recherche interuniversitaire en limnologie et en environnement aquatique (GRIL) avaient mis en garde contre l’effet cumulatif de ces déversements sur l’environnement.

LE VERDICT

Pas clair. Considérés un par un, il n’est pas déraisonnable de penser que chacun de ces déversements n’a qu’un impact limité. Mais les experts ont des raisons de penser que ces déversements chroniques, lorsque pris tous ensemble, sont bel et bien nuisibles, bien que ce soit difficile à prouver.

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Vérification faite

Vérification faite: interdit de boire jusqu’à deux heures après avoir conduit?

L’AFFIRMATION: «J’ai entendu parler à la radio d’un changement dans les lois concernant la conduite automobile et l’alcool. Il semblerait que la loi dit maintenant que l’on doit rester sobre durant deux heures APRÈS avoir conduit. Est-ce seulement une rumeur?» demande Denis Michaud, de Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier. On a vérifié.

LES FAITS

Il s’agit effectivement d’une «rumeur», mais elle a quand même un fond de vérité. Dans le Code criminel, l’article 320.14 interdit à quiconque de conduire lorsque ses facultés sont affaiblies par l’alcool ou la drogue, et son alinéa b) parle effectivement l’alcoolémie après la conduite. Il se lit comme suit : 

«sous réserve du paragraphe (5), [une personne commet une infraction si elle] a, dans les deux heures suivant le moment où il a cessé de conduire un moyen de transport, une alcoolémie égale ou supérieure à 80 mg d’alcool par 100 ml de sang [ndlr : c’est le fameux 0,08]».

Dans des documents explicatifs de Justice Canada, on apprend qu’il s’agit d’une nouvelle disposition qui est entrée en vigueur en décembre dernier. Le but visé était d’empêcher ce que les milieux juridiques appelaient la «défense du dernier verre».

«Il arrivait que des gens soufflent à 85 ou 90 mg rendus au poste de police [donc après la conduite, ndlr], mais comme ils avaient bu un ou une couple de verres juste avant de prendre leur auto et que l’alcool prend du temps avant de passer dans le sang, la Couronne ne parvenait pas à prouver qu’ils dépassaient la limite au moment de la conduite», explique l’avocate de la défense Myralie Roussin, du cabinet de Québec Beaudry Roussin Avocats. Mais il est évident, admet Me Roussin, que «ce n’est pas logique de prendre un dernier verre juste avant de partir, ce n’est pas ça, l’esprit de la loi».

«Il n’était pas rare non plus que des gens qui avaient fait un accident viennent dire : «J’ai consommé de l’alcool après l’accident parce que j’étais stressé», et là la poursuite n’était pas capable démontrer qu’ils dépassaient la limite permise au moment où ils conduisaient», ajoute MRoussin.

C’est pour mettre un terme à ce genre de défense que le Code criminel a été changé.

Cependant, ce n’est pas là toute l’histoire : ce nouveau passage de la loi, comme on l’a remarqué, commence par «sous réserve du paragraphe 5». Alors qu’y a-t-il dans ce paragraphe 5? Ceci :

«Nul ne commet l’infraction prévue à l’alinéa [qui parle de la période de 2 heures] si, à la fois :

 a) il a consommé de l’alcool après avoir cessé de conduire le moyen de transport;

 b) il n’avait pas de raison de croire, au moment où il a cessé de conduire le moyen de transport, qu’il aurait à fournir un échantillon d’haleine ou de sang;

 c) sa consommation d’alcool concorde (...) avec une alcoolémie inférieure à 80 mg d’alcool par 100 ml de sang lors de la conduite.»

Il faut vraiment que ces trois conditions soient réunies pour se soustraire à l’alinéa b), dit Me Roussin.

Mais cela signifie essentiellement que non, une personne qui boit modérément ou pas du tout lors un souper chez des amis n’a pas besoin, une fois revenue chez elle, d’attendre deux heures avant de se verser un généreux night cap (ou même deux). Cependant, quelqu’un qui ferait un accrochage proche de sa résidence et qui irait attendre les policiers chez lui en s’ouvrant une bière ne pourrait pas invoquer le paragraphe 5, parce que l’accrochage implique qu’un test d’haleine pourrait s’en venir. De même, si cette même personne avait un taux d’alcoolémie très élevé (disons 200 mg), le paragraphe 5 ne lui serait d’aucune aide parce que la bière ouverte après son retour à la maison ne peut pas expliquer à elle seule son taux de 0,200.

LE VERDICT

Faux. Il y a bien un passage du Code criminel qui parle de «deux heures suivant le moment où [l’on] a cessé de conduire», mais il n’interdit pas de boire une fois arrivé chez soi. Il vise surtout à éliminer la défense du dernier verre et un autre passage exclut explicitement les gens qui n’ont pas conduit en état d’ébriété et qui arrivent chez eux sans encombre.

Vérification faite

Vérification faite: pas moins de suicides qu’avant?

L'AFFIRMATION

«C’est faux de penser qu’il y a moins de suicides aujourd’hui au Québec», a indiqué cette semaine le groupe Zéro suicide au Québec (ZSQ) dans deux communiqués différents, en réaction à des articles de presse qui faisaient état d’une baisse. L’organisme fait valoir qu’à peu près autant de gens ont mis fin à leurs jours en 2016, soit 1046, qu’en 1981 (1047). Il cite également une étude récente de l’Université de Montréal suggérant que le nombre des suicides pourrait être sous-estimé par des marges allant jusqu’à 40 % dans certaines provinces canadiennes. Alors que s’achève la Semaine de prévention du suicide, voyons de quoi il retourne.

LES FAITS

Les chiffres mentionnés par ZSQ viennent du dernier rapport de la Santé publique sur le suicide et, vérification faite, ils sont exacts : le décompte brut des suicides est pratiquement le même pour les années 1981 et 2016.

Cependant cela manque de contexte. Ce n’est pas en 1981 que le nombre de suicides a atteint un sommet au Québec, mais bien en 1999 (avec 1620), et il a décru depuis. En outre, ces chiffres-là ne tiennent pas compte de l’augmentation de la population, qui a est passée de 6,5 millions d’habitants en 1981 à 8,2 millions en 2016. Quand on intègre ça au portrait, on obtient un taux qui a diminué de 17 décès par 100 000 habitants en 1981 (et même 22/100 000 hab. en 1999) à 12 par 100 000 en 2016.

ZSQ a par ailleurs raison, jusqu’à un certain point, de dire que le nombre de suicides est vraisemblablement sous-estimé. L’étude qu’il cite a été publiée récemment dans la revue médicale Injury Prevention (bit.ly/2DglBhn). Ses auteurs, menés par la chercheuse de l’UdeM Nathalie Auger, y signalent qu’il existe une catégorie statistique qui pourrait bien «cacher» un certain nombre de suicides, soit les «décès par traumatisme d’intention indéterminée», pour lesquels on n’est pas capable de dire s’il s’agissait d’un accident ou d’un geste volontaire. Cette étude-là, y lit-on, «n’a pas déterminé jusqu’à quel point des suicides sont mal classés», mais voulait simplement «sensibiliser» les communautés médicale et scientifique à ce problème.

Ses conclusions ont toutefois trouvé un appui dans une autre étude canadienne parue elle aussi dans Injury Prevention (bit.ly/2t8B7XU). En Ontario, conclut ce second article, le profil démographique de ces «intentions indéterminées» ressemble beaucoup à celui des suicides : hommes plus touchés que les femmes, taux qui atteignent des sommets aux mêmes tranches d’âge et risque accru par plusieurs facteurs communs (pauvreté, instabilité résidentielle, etc.). Il est donc plus que probable qu’il y ait, dans cette catégorie statistique, des suicides mal classés.

Le hic, cependant, c’est que ces «décès indéterminés» sont très rares et qu’il y en a moins au Québec que dans les autres provinces. Dans l’article de Mme Auger, cela représente 1 décès par 100 000 personnes ici contre deux à trois fois plus dans le reste du Canada. Comme ses données portent sur une période assez reculée (1991-2001), nous avons demandé des chiffres plus récents à la Santé publique. Résultat : au cours des 25 dernières années, ce type de mortalité est survenu au rythme de 0,5 à 1 par 100 000 hab. (à part deux «pics» de 1,3 et 1,4, au début des années 2000).

Bref, il est impossible que ces «décès indéterminés» aient 

dissimulé une hausse marquée des suicides au Québec ou qu’ils aient créé l’illusion d’une forte baisse qui serait, en réalité, fausse.

LE VERDICT

Bien que les chiffres soient exacts et que les intentions de Zéro suicide, qui regroupe des proches de gens s’étant enlevé la vie, soient manifestement au-dessus de tout reproche, ces statistiques manquent de contexte. On peut certainement déplorer, comme le fait ZSQ, qu’il y ait toujours trois personnes par jour qui commettent l’irréparable au Québec et que ce soit trois de trop. Mais il demeure clair que le suicide a reculé depuis 20 ans.

Vous ou vos proches avez besoin d’aide? N’hésitez pas à joindre l’Association québécoise de prévention du suicide au

1 866 APPELLE (277-3553).

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DES INFOS À VÉRIFIER?

La déclaration d’un ministre vous paraît douteuse? Une information qui circule vous semble exagérée, non fondée? Écrivez à notre journaliste (jfcliche@lesoleil.com). La rubrique «Vérification faite» prendra le temps de fouiller les faits, en profondeur, afin de vous donner l’heure juste. Car nous non plus, on n’aime pas les fausses nouvelles.

Vérification faite

Vérification faite: les gens brillants aussi font des bêtises

L’AFFIRMATION

«J’ai lu quelque part que les “premiers de classe” sont plus vulnérables aux addictions que ceux qui ont des difficultés d’apprentissage? Et j’ai personnellement vu beaucoup de jeunes qui avaient tout pour réussir, des “bollés” comme on dit, mais qui sont tombés dans la consommation de drogues et qui ont détruit leur vie. Alors est-ce que c’est vrai?» demande Michel St-Amant, de Rawdon.

LES FAITS

«C’est une question qui a l’air très simple à première vue, mais en fait elle est très complexe», dit d’emblée Claude Rouillard, chercheur et spécialiste des dépendances à l’Université Laval. Les capacités mentales et les succès scolaires sont liés à une foule d’autres facteurs, notamment socio-économiques, qui vont à leur tour influencer les habitudes de consommation. Dans ce genre de cas, il est toujours très difficile de départager le rôle que chaque facteur joue individuellement.

Il y a tout de même quelques travaux qui s’y sont attaqués. Trois études britanniques (bit.ly/2GarwHN, bit.ly/2TlCkqa, bit.ly/2CQg40N) suivant des cohortes nées en 1946, 1958 et 1970 ont trouvé que les gens qui montraient de fortes capacités cognitives pendant l’enfance ou l’adolescence avaient ensuite plus de problèmes d’alcool à l’âge adulte — à 30 , 42 ou 53 ans, ces études ne faisaient pas leurs suivis aux mêmes âges. Une autre étude britannique a trouvé le même genre d’association entre le QI à 11 ans et l’usage de drogues illégales à 42 ans.

Vérification faite

Vérification faite: «Trois agressions sexuelles sur 1000»...

L'AFFIRMATION

«Les dernières données de Statistique Canada de 2014 indiquent seulement 5 % de signalements pour l’ensemble des agressions et 3 agressions sexuelles déclarées sur 1000 se solderaient par une condamnation», a indiqué Guy A. Lepage, lors de son émission «Tout le monde en parle» de dimanche dernier. M. Lepage recevait un groupe de députées des quatre principaux partis qui veulent mieux adapter le système de justice aux particularités des victimes de violences sexuelles.

LES FAITS

Ces données émanent effectivement de Statistique Canada, plus précisément de son Enquête sociale générale (ESG) qui comporte un volet sur la «victimisation». Il s’agit d’une sorte de gros sondage où plus de 30 000 personnes sont interviewées, et trois questions de l’ESG de 2014 portaient sur les agressions sexuelles subies au cours des 12 derniers mois. StatCan a constaté un taux d’agression sexuelle de 22 par 1000 personnes (nettement plus élevé pour les femmes : 37 par 1000), et l’agence fédérale a ensuite appliqué ce taux à la population canadienne afin d’estimer le nombre total d’agressions sexuelles 

survenues au Canada en 2014, soit environ 633 000. En comparant ce chiffre aux données policières et judiciaires, StatCan a effectivement conclu que seulement 1 agression sexuelle sur 20 a été signalée à la police et que 3 «agressions sexuelles déclarées» sur 1000 se terminent en condamnation.

Mais il y a quelques points à signaler, ici. D’abord, l’expression «agression sexuelle déclarée» est souvent comprise comme l’équivalent de «plainte à la police» — la députée péquiste Véronique Hivon l’a d’ailleurs présenté de cette manière en décembre dernier, mais c’est faux. On parle ici d’agression «déclarée» à Statistique Canada, pas à un service de police.

Ensuite, les questions posées ratissaient assez large, incluant toute personne ayant été «touché (e), empoigné (e), agrippé (e), embrassé (e) ou caressé (e) contre [son] gré» d’une manière sexuelle. Ce n’est pas une mauvaise chose en soi puisque le sujet est sérieux et qu’il est important d’en mesurer tout le spectre de gravité. Mais il faut garder à l’esprit que cela inclut des cas où le terme «agression» ne convient peut-être pas vraiment.

D’ailleurs, quand StatCan a demandé aux victimes pourquoi elles n’avaient pas porté plainte, les réponses les plus fréquentes furent : «Le délit était anodin et ne valait pas la peine d’être signalé» (71 % des cas) et «affaire privée réglée de façon informelle» (67 %). Nous avons donc affaire à des chiffres qui regroupent plusieurs gestes différents sous le vocable agression.

Remarquez, cela ne diminue pas la gravité d’une bonne partie de ces comportements, cela n’implique pas que les contacts non désirés doivent être tolérés ou banalisés, et cela ne signifie pas davantage que la démarche des quatre députées pour adapter le système de justice est nécessairement sans fondement. Ainsi, même si l’on soustrait les 71 % de cas trop anodins pour faire l’objet d’une plainte, on reste quand même avec «3 agressions sur 290» qui se soldent par une condamnation — ce qui demeure a priori extrêmement bas.

Notons aussi que plusieurs des raisons de ne pas porter plainte données à l’ESG suggèrent une honte des victimes et une méfiance à l’égard de l’appareil judiciaire, comme «communiquer avec la police était embêtant» (45 %), «l’agresseur ne serait pas reconnu coupable ni puni de façon adéquate» (40 %) ou «avait peur du processus judiciaire» (34 %).

Mais même s’il est assez manifeste qu’un problème existe, les statistiques citées par M. Lepage en gonflent tout de même l’ampleur.

LE VERDICT

Pas faux à la base, mais exagéré. Près des trois quarts des «agressions» sexuelles qui ne sont pas signalées à la police ou qui ne se soldent pas par des condamnations sont jugées par les victimes elles-mêmes comme trop «anodines» pour être rapportées, ce que les chiffres cités à TLMEP ne disaient pas. Cela n’empêche toutefois pas que le système de justice puisse avoir un problème à accueillir les plaintes pour agressions sexuelles.

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DES INFOS À VÉRIFIER?

La déclaration d'un ministre vous paraît douteuse? Une information qui circule vous semble exagérée, non fondée? Écrivez à notre journaliste (jfcliche@lesoleil.com). La rubrique «Vérification faite» prendra le temps de fouiller les faits, en profondeur, afin de vous donner l’heure juste. Car nous non plus, on n'aime pas les fausses nouvelles.

Sports

Vérification faite: la défense gagne les championnats?

L'AFFIRMATION

«L’attaque vend des billets. La défensive gagne des championnats», a déjà dit le légendaire entraîneur de football collégial Paul Bryant. La citation a été reprise un nombre incalculable de fois depuis, au point de devenir l’un des clichés les plus usés du monde du sport. Cependant, le week-end dernier, quatre des meilleures attaques de la NFL (1re, 2e, 5e et 8e en verges gagnées) se sont qualifiées pour les demi-finales, et aucune de ces équipes ne s’est illustrée en défensive cette année (entre les 14e et 31e rangs). Alors que les deux places pour le Super Bowl se jouent ce dimanche, voyons si c’était l’exception qui confirme la règle, ou si ce vieux dicton n’a juste jamais été vrai...

LES FAITS

Si c’est la défensive qui «gagne des championnats», alors c’est qu’elle confère un avantage particulier pendant les éliminatoires, et les meilleures unités défensives devraient donc être surreprésentées dans les finales de conférences (les deux demi-finales). À l’inverse, si l’attaque n’est pas un ingrédient aussi important du succès dans l’après-saison, alors les meilleures offensives ne devraient pas être très présentes en demi-finale — en tout cas, moins que les «grosses» défensives.

Mais ce n’est pas ce qu’on voit. Nous avons remonté jusqu’à la saison 2002 de la NFL (la première disputée dans le format actuel à 32 équipes) et avons identifié les quatre demi-finalistes de chaque année. Nous avons ensuite noté à quel rang l’attaque et la défense de chacune de ces équipes (en verges) s’étaient classées pendant la saison régulière précédente.

Résultat : de 2002 à 2018, le «carré d’as» de la NFL avait en moyenne le rang 10,2 en attaque et 11,1 en défense. Donc dans l’ensemble, ces équipes étaient à peu près équivalentes dans les deux phases du jeu — avec même un léger penchant pour l’attaque, et non pour la défensive.

C’est en droite ligne avec d’autres analyses du même genre (en plus poussé) qui ont été faites dans le passé. En 2015, par exemple, deux chercheurs américains ont fait paraître dans la revue Perceptual and Motor Skills une étude [https ://bit.ly/2MgIrtl] montrant que, tant au football qu’au basketball, les succès à l’attaque pendant la saison régulière prédisent aussi bien que la défensive les succès à venir en séries. De la même manière, en 2012, un économiste et un journaliste du site Freakonomics [https ://bit.ly/1dWmJAi] ont examiné la question sous plusieurs angles et ont eux aussi conclu que la défensive je joue pas un rôle plus déterminant que l’attaque en éliminatoires. Parmi les nombreuses statistiques qu’ils invoquent : sur 427 matches de séries disputés lors des 45 premières années du Super Bowl, la meilleure attaque l’a emporté 62 % du temps, contre 58 % pour la meilleure défensive, ce qui est très comparable (la somme fait plus que 100 % parce qu’il y a eu des parties où la même équipe était supérieure dans les deux phases du jeu).

Bref, le but du jeu est de finir le match avec plus de points que l’adversaire, et il ne fait pas de différence que l’on y parvienne en en marquant plus ou en en concédant moins.

Cela dit, il n’est pas impossible que cette parité entre l’attaque et la défensive soit moins vraie maintenant. Dans la première moitié de notre période, de 2002 à 2010, les demi-finalistes de la NFL possédaient environ la 12e meilleure attaque de la ligue en moyenne, et la 9e meilleure défensive. Mais la NFL a ajusté ses règles et leur application depuis de manière à favoriser l’attaque (en particulier par la passe). Si bien que depuis 2011, le carré d’as du football américain se classe en moyenne au rang 8,2 en attaque, mais seulement 13,3e rang en défensive.

C’est un gros écart, mais il faut dire ici que le sous-échantillon est assez petit, si bien que ce pourrait être simplement dû au hasard.

VERDICT

Pas vrai. Rien, dans l’histoire de la NFL, ne porte à croire que la défensive confère un avantage particulier dans les séries de championnats.

Vérification faite

Vérification faite: un mur «anti-drogue»?

L’AFFIRMATION: «Notre frontière sud est un pipeline pour de grandes quantités de drogues illicites, incluant la méthamphétamine, l’héroïne, la cocaïne et le fentanyl», a déclaré le président américain, Donald Trump, lors de son discours à la nation de mardi soir. M. Trump plaidait alors pour l’érection d’un mur à la frontière mexicaine afin de stopper l’entrée aux États-Unis de ce qu’il décrit comme un flot ininterrompu d’immigrants illégaux, de criminalité et de drogue. La réforme proposée par M. Trump inclut également d’autres mesures, comme l’ajout d’agents et de ressources à la frontière, mais il a décrit le mur comme «absolument critique pour la sécurité frontalière» et a indiqué que le mur se repayerait lui-même en réduisant les coûts sociaux liés à la drogue.

LES FAITS

Il ne fait aucun doute qu’une grande partie des drogues qui entrent aux États-Unis passent par la frontière mexicaine, comme M. Trump l’a dit. Il ne fait pas davantage de doute que les quantités impliquées sont impressionnantes : en date du 31 août dernier, l’Agence américaine de protection des douanes et des frontières (CBP) s’enlignait pour saisir un total (annualisé) de près de 600 tonnes de drogues diverses. Et c’est sans compter, bien sûr, les stupéfiants qui passent sans se faire prendre.

En termes de quantités, la principale drogue saisie par les services frontaliers américains est la marijuana. Les dernières données pour 2018 montrent que les patrouilles frontalières (chargées de la surveillance entre les postes frontières) en ont saisi environ 1,5 fois plus que les agents qui travaillent aux douanes elles-mêmes. De ce strict point de vue, M. Trump semble avoir raison.

Cependant, il y a de moins en moins de marijuana qui traverse la frontière mexicaine depuis quelques années, et la chute est très prononcée : près des deux tiers de moins (- 63 %) depuis 2013. Selon un rapport du Cato Institute, cela s’explique par la légalisation du cannabis dans plusieurs États américains, la production interne ayant remplacé le plus clair du trafic transfrontalier illégal.

Et pour les quatre stupéfiants nommés par le président américain lundi, c’est clairement plus par les routes et les postes frontaliers qu’ils entrent aux États-Unis, et non par les zones plus ou moins sauvages non surveillées où le mur serait construit. Toujours d’après le CPB, au 31 août dernier, les douaniers américains avaient saisi 7,5 fois plus de cocaïne que les patrouilles frontalières, 9 fois plus d’héroïne, 6,5 fois plus de méthamphétamine et 4 fois plus de fentanyl.

Cela concorde avec ce que disait en octobre dernier un rapport de la Drug Enforcement Administration (bit.ly/2KJlKNI, p. 99) : «La méthode la plus communément employée par ces [organisations criminelles transfrontalières mexicaines] implique de transporter les drogues illicites par les [points d’entrée officiels] dans des voitures ayant des compartiments cachés ou dans des camions-remorque, au milieu de marchandises légales.»

LE VERDICT

Déformant. L’idée qu’un mur nuirait au passage de la drogue n’est pas totalement dénuée de sens, puisque les trafiquants de cannabis (principal stupéfiant de cette contrebande, en poids) semblent souvent éviter les postes frontières. Mais les statistiques de saisies montrent que les autres drogues entrent très principalement par les douanes, ce qui signifie qu’un mur ne changerait pas grand-chose. Cependant, d’autres mesures proposées par M. Trump, comme l’embauche de nouveaux agents frontaliers, pourraient aider à cet égard.

Hockey

Vérification faite: une échappée, un but automatique?

L’affirmation «T’es vraiment mauvais. Bravo, tu as fait perdre la partie à tout le pays.» Le capitaine de l’équipe canadienne au Championnat mondial de hockey junior, Maxime Comtois, a été la cible de virulentes attaques sur les réseaux sociaux après avoir échoué sur un tir de punition en prolongation contre la Finlande, mercredi — le Canada a ensuite perdu le match. Le message sous-entendu dans la plupart des cas est qu’on est en droit de s’attendre à ce qu’un lancer de punition soit converti, comme si le fait de marquer était la règle en pareille circonstance. Alors voyons voir.

Les faits

Depuis la saison 2005-2006, la LNH règle les matches nuls par des tirs de barrage. Techniquement, ceux-ci ne sont pas des «lancers de punition» (accordés pendant la partie quand une faute est commise sur un joueur en échappée), mais l’exercice est le même : on laisse le joueur seul contre le gardien, le temps d’un tir. Alors cela nous donne un échantillon de plusieurs milliers de lancers pour juger si c’est vraiment la norme de compter en pareilles circonstances.

Et la réponse est non. Sur 13 380 tirs de barrage pris depuis 2005-2006 dans la LNH, seulement 4420 ont été convertis, une proportion de 33 %.

Si l’on veut vraiment comparer des pommes avec des pommes et s’en tenir strictement aux lancers de punition, le portrait ne change pas. Depuis 2005-2006, 40 attaquants de la LNH se sont vus accorder au moins 4 tirs de punition, mais ils n’ont marqué que 27 % du temps : 63 buts en 233 occasions. Pourtant, la plupart des 40 hockeyeurs sur cette liste sont ou étaient d’excellents joueurs offensifs.

Le Verdict

Non, on ne peut pas vraiment s’attendre à ce qu’un lancer de punition donne automatiquement un but. Le taux de réussite, autour de 30 %, est nettement supérieur à celui des lancers «réguliers» (9 à 10 % en général), mais il reste que les gardiens ont le dessus deux fois plus souvent que les attaquants en échappée. La norme, ce serait donc plutôt ça.

Actualités

Vérification faite sur le prix de l’essence: vous avez dit «20 ¢ de trop»?

L’AFFIRMATION: «Les automobilistes québécois paient depuis des années un prix beaucoup plus élevé à la pompe, entre 15 à 20 ¢ de trop, en raison d’un calcul erroné de la Régie de l’énergie», affirmaient les médias de Québecor plus tôt ce mois-ci. L’affaire a eu un grand retentissement. Le premier ministre François Legault s’est dit «très choqué» et son ministre de l’Énergie, Jonatan Julien, a indiqué qu’il allait demander à la Régie de l’énergie de corriger son erreur le plus rapidement possible. Alors voyons voir s’il y avait bien une erreur — et qui l’a commise.

LES FAITS

La Régie de l’énergie calcule chaque jour une sorte de prix de référence, qui se veut une estimation du prix auquel les stations-service achètent l’essence et de ses composantes (taxes, matières premières, coût du raffinage, marges, etc.). Ce n’est pas la Régie qui fixe les prix, notons-le, mais bien le marché. Ses calculs ne servent qu’à donner une idée de ce à quoi devrait ressembler (en principe et approximativement) un prix à la pompe raisonnable.

Actualités

Vérification faite: alors, contraignant ou pas, ce «pacte» sur les migrations?

L’affirmation: «On dit 46 fois dans le texte [du Pacte de Marrakech sur les migrations] : “Nous nous engageons à...” Ça, ce n’est pas non contraignant», a dit André Sirois, avocat auprès de l’ONU et ancien conseiller juridique de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié, sur les ondes de QUB cette semaine. À ses yeux, le Pacte «impose aux pays qui acceptent déjà des migrants […] d’en faire plus pour les immigrants» et pourrait «forcer le Canada à accepter toute la misère du monde». Les propos de Me Sirois ont été rapportés sur toutes les tribunes de Québecor. Il a aussi signé des lettres ouvertes dans Le Devoir et dans La Presse, en plus d’accorder une entrevue à Radio-Canada. Alors, voyons si sa lecture des choses est partagée par d’autres juristes, ou si les médias québécois ont donné une très grande place à une interprétation marginale.

Les faits

Le Pacte de Marrakech, qui doit en principe être adopté la semaine prochaine à l’assemblée générale de l’ONU, est décrit par ses défenseurs comme étant «non contraignant» pour les États signataires — ce qui signifie qu’un gouvernement qui en dérogerait ne ferait face à aucune conséquence. Et le fait est que le texte lui-même est explicite à cet égard. Son paragraphe 7 indique qu’il «établit un cadre de coopération juridiquement non contraignant», et son paragraphe 15c «réaffirme le droit souverain des États de définir leurs politiques migratoires nationales».

Tous les juristes consultés par Le Soleil — Stéphane Beaulac, de l’Université de Montréal, ainsi que Charles-Emmanuel Côté et Julia Grignon, de l’Université Laval — s’entendent sur ce point. Le fait que ses signataires «s’engagent» à diverses choses ne rend pas le texte plus contraignant, assure Mme Grignon, car «il y a plein d’autres documents et résolutions de l’ONU où les États se disent “préoccupés” et “résolus à agir”, mais ça ne les rend pas contraignants pour autant».

Les traités comme des accords de libre-échange, et les conventions, comme la Convention de Genève, viennent avec des contraintes pour les États signataires. Le Pacte sur les migrations ne sera rien de plus qu’une résolution de l’ONU — et ces résolutions ne sont pas contraignantes.

Cela dit, nuance tout de même M. Beaulac, cela ne veut pas dire «que le Pacte ne peut pas avoir d’impact juridique sur le droit interne, y compris au Canada et au Québec. [...] Un fonctionnaire et, ultimement, un ou une juge pourrait se référer au Pacte afin d’aider à résoudre un problème lié à l’interprétation et l’application de la loi et/ou réglementation de droit interne; dans ce cas, le Pacte constituerait un élément «pertinent et persuasif» dans la considération du dossier en droit interne».

Ainsi, dit M. Beaulac, «les engagements pris par le Canada dans ce document [en l’occurrence, donner accès aux services de base, prévu à l’objectif 15 du Pacte] pourraient devenir pertinents en droit interne, par rapport à [un] dossier précis […tel que] une question relative à un migrant illégal ou demandeur d’asile [par exemple avoir droit ou non aux garderies subventionnées au Québec, pendant l’étude de son dossier]».

Ses collègues de l’Université Laval en conviennent, mais tous deux soulignent que l’effet, s’il y en a un, ne pourra pas être grand. Un juge ne pourrait s’appuyer sur le Pacte de Marrakech que s’il doit interpréter une loi — dans les cas où la loi est déjà claire, le Pacte ne pourrait avoir aucune influence, dit M. Côté. En outre, les tribunaux resteront libres de s’inspirer ou non de ce document, rien ne les y obligera. «Alors au final, ce sont des effets qui sont assez faibles, je dirais», résume M. Côté.

Celui-ci estime enfin que les propos de Me Sirois sont «un peu charriés», alors que sa collègue Grignon en qualifie certains passages de carrément «grotesques». «C’est une contre-vérité grave de laisser penser à la population qu’on va se faire envahir à cause de ce Pacte», dénonce-t-elle.

Le Verdict

Faux. Même si le Pacte de Marrakech pourra avoir une influence potentielle sur le droit canadien, il faudra pour cela qu’un juge canadien décide de s’y référer (sans y être obligé), et il ne pourra le faire que dans les cas où la loi n’est pas claire (ce qui n’arrive pas si souvent). Il faudrait étirer passablement la notion de contrainte pour voir là-dedans les clefs qui forceraient l’ouverture des frontières canadiennes.

Auto

Vérification faite : Combien d’électricité pour un litre d’essence?

L’affirmation: Notre chronique «Science au quotidien» de lundi dernier a fait beaucoup réagir. Nous y répondions à la question d’un lecteur qui voulait savoir combien d’électricité il faudrait pour alimenter le parc automobile du Québec si nous passions tous au tout-électrique demain matin. En mettant les choses au pire, nous calculions que cela représenterait environ un huitième de la production totale d’Hydro-Québec — ce qui est beaucoup, mais quand même assez facilement gérable. De nombreux lecteurs nous ont ensuite écrit pour nous dire que nous avions oublié de compter l’électricité qu’il faut dépenser pour extraire le pétrole, le raffiner et transporter l’essence. Certains ont avancé le chiffre de 2 kilowatts-heure par litre de carburant, d’autres 4 kwh/l et même 6 ou 7 kwh/l. Les uns parlaient uniquement du raffinage, les autres de l’ensemble de la chaîne. Mais l’idée était toujours la même : l’électricité épargnée en abandonnant le pétrole compenserait presque entièrement la consommation des voitures électriques. C’est d’ailleurs là une thèse qui court depuis longtemps sur les réseaux sociaux, alors il vaut la peine d’y regarder de plus près.

Les faits

L’origine de cette croyance, parce qu’il semble bien que ce soit surtout cela, remonterait à un tweet du fondateur de Tesla, l’homme d’affaires Elon Musk, selon une brève enquête menée en 2011 par le Council on Foreign Relations (CFR, https://on.cfr.org/2BEIwDk). Le hic, c’est que les 6 kwh/l dont parlait alors
M. Musk référaient aux dépenses totales en énergie (et pas seulement en électricité) de l’industrie pétrolière et des raffineries.

Et les chiffres donnent raison au CFR. En 2006, d’après des données gouvernementales américaines (https://bit.ly/2rdnaXO), les raffineries américaines ont dépensé un grand total de 1 million de kWh pour raffiner 15 millions de barils de pétrole par jour — un peu moins de la moitié de ce volume finissait en carburant. Mais l’électricité représente seulement 15 % de cette énergie, le plus clair était des combustibles fossiles que l’industrie fait brûler. Finalement, cela fait 0,4 kWh/l pour le raffinage.

Même si l’on tient compte de tout le «cycle de vie» de l’essence, la facture d’électricité reste faible. D’après un rapport de la Commission européenne paru en 2013, pour chaque baril de pétrole qui sort du sol, on doit «sacrifier» environ 20 % de son énergie pour l’extraire du sol, le transporter, le raffiner et, enfin, distribuer le carburant. Cela représente environ 4 kwh par litre d’essence, mais le plus clair (environ 16 % sur les 20) de cette énergie est dépensée lors de l’extraction et du raffinage, soit des étapes où l’industrie tire très principalement son énergie des hydrocarbures (pour la machinerie, pour chauffer le pétrole lors du raffinage, etc.), et non de l’électricité.

Le Verdict

Faux. Entre le moment où l’on sort le pétrole du sol et celui où l’automobiliste fait le plein, il y a bel et bien quelques kwh qui sont dépensés pour chaque litre d’essence produite, mais ce sont presque entièrement des combustibles fossiles, et non de l’électricité, qui fournissent cette énergie. Ça peut faire un argument de plus pour l’auto électrique, mais c’est une autre histoire...

Environnement

Gazoduc: pas de bénéfice environnemental?

L'AFFIRMATION: «Si [le gaz canadien] vient remplacer en Europe, par exemple, des machines ou des usines qui fonctionnent avec du charbon ou du mazout, là, il peut y avoir un gain net en matière de GES [gaz à effet de serre, ndlr] qui peut être intéressant», a déclaré récemment le député péquiste Sylvain Gaudreault à l’agence QMI (Quebecor), en réaction à l’annonce d’un projet de gazoduc qui traverserait l’Abitibi pour amener du gaz naturel des Prairies jusqu’à une future usine de liquéfaction, au Saguenay. Dès le lendemain, cependant, Le Devoir citait «des experts» disant que les bénéfices environnementaux «seront pratiquement nuls». Alors voyons voir…

LES FAITS

Le gaz naturel est principalement constitué de méthane (CH4). Comme il y a moins d’atomes de carbone dans le méthane que dans d’autres combustibles fossiles, en particulier le charbon, le gaz naturel émet environ deux fois moins de CO2, principal responsable du réchauffement climatique, lorsqu’on le brûle. D’après des chiffres du GIEC, pour chaque kilowatt-heure d’électricité produite, une centrale au gaz émet l’équivalent de 370 grammes de CO2, contre 760 g/kWh pour une centrale au charbon. À cause de cela, le gaz naturel est souvent décrit comme un «pas dans la bonne direction» : il faudra éventuellement s’en passer parce qu’il pollue mais, en attendant, il permet de réaliser des gains environnementaux s’il remplace le charbon.

Monde

Vérification faite: Trump confond météo et climat

PARIS - Le président américain Donald Trump a (évidemment) profité du froid exceptionnel de la semaine dernière pour remettre en question l’existence du réchauffement climatique. Il se trompe.

TRUMP: «Il n’a jamais fait aussi froid lors de la parade de l’Action de grâce à New York. C’est une des Actions de grâce les plus froides jamais vues!» (Sur Twitter, jeudi)