Alexandre Cloutier

Vente d'électricité : Cloutier accuse Rio Tinto de transgresser l'esprit de la loi

Alexandre Cloutier dénonce que le gouvernement autorise Rio Tinto «à transgresser l'esprit de la loi sur la nationalisation de l'électricité» lorsque l'entreprise vend pour 25 millions$ d'électricité à Hydro-Québec. Selon le député de Lac-Saint-Jean, la société d'État nage dans les surplus et n'a aucunement besoin de cette énergie.
M. Cloutier digère mal que «les Québécois sortent 25 M$ de leur poche pour enrichir Rio Tinto alors que la multinationale travaille à la réduction des emplois dans la région au lieu d'en créer comme elle devrait le faire». Le député rappelle que René Lévesque a accordé un statut particulier à certaines entreprises lors de la nationalisation pour favoriser la création d'emplois au Québec et non pour leur permettre de vendre de l'électricité.
«Quand René Lévesque a procédé à la nationalisation de l'électricité, il a permis à Alcan de conserver son réseau hydroélectrique uniquement pour la production d'aluminium. L'objectif était de créer des emplois au Québec. Aujourd'hui, la même logique s'applique et il y a des ententes avec le gouvernement du Québec pour des projets d'expansion à Alma et Jonquière. Au lieu de faire respecter les ententes, le gouvernement accepte qu'il y ait une vente des surplus d'électricité à Hydro-Québec qui n'a aucun besoin d'électricité», poursuit Alexandre Cloutier.
Lors du point de presse tenu mercredi, le directeur d'Énergie électrique, Jean-François Gauthier, a confirmé que l'entreprise, selon les contrats paraphés avec la société d'État, n'avait d'autres choix que de transférer à Hydro-Québec les surplus énergétiques. Alexandre Cloutier répond à cette obligation qu'il est toujours possible pour le gouvernement du Québec de revoir les contrats et de mettre de la pression sur la multinationale pour obtenir des investissements afin de créer des emplois.
«On se retrouve encore dans une situation qui n'a aucun sens. Hydro-Québec achète de l'électricité sans en avoir besoin. Ça n'a pas plus de sens de permettre à Rio Tinto de vendre pour 130 M$ d'électricité à Hydro-Québec lors d'un lock-out comme nous l'avons appris lors du conflit de l'aluminerie d'Alma.»
État des berges
Le député de Lac-Saint-Jean n'a pas été plus impressionné par le bilan sur l'état des berges. Globalement, Rio Tinto affirme qu'au terme de deux années de production record d'électricité, les plages ont enregistré des gains de largeur en raison d'un moins grand nombre de tempêtes qui peuvent avoir un impact significatif sur l'érosion. Alexandre Cloutier a de la difficulté à croire les conclusions de la multinationale et est persuadé que plusieurs riverains de Saint-Gédéon affichent le même scepticisme que lui face au bilan sur l'érosion des berges.
«Qu'est-ce que vous voulez que l'on dise? Il n'y a aucune contrepartie à la table pour nous dire ce qu'il en est vraiment», insiste le député qui avait initié le processus de demande de renouvellement du décret du programme de stabilisation des berges du lac Saint-Jean alors que le Parti québécois formait le gouvernement.
Le député note par la même occasion que Rio Tinto ne semble pas préoccupée par les problèmes d'érosion majeurs qui rendent des secteurs du parc de Pointe-Taillon vulnérables à l'érosion. C'est le cas de l'île Boulianne dont la face la plus exposée recule d'année en année.
Le ministre Arcand réplique
Le ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles du Québec, Pierre Arcand, ne partage pas le même point de vue que son collègue de Lac-Saint-Jean, Alexandre Cloutier, sur la vente des surplus d'électricité de Rio Tinto à Hydro-Québec.
Le ministre tenait à répliquer aux commentaires d'Alexandre Cloutier qui accuse le gouvernement et Rio Tinto de transgresser l'esprit de la loi sur la nationalisation de l'électricité. Une accusation que réfute sans hésitation le ministre Arcand qui pense au contraire que la situation est avantageuse pour le Québec.
« Nous sommes très surpris des propos du député de Lac-Saint-Jean. Ce dernier fait erreur lorsqu'il accuse le gouvernement et ses partenaires de transgresser la loi sur la nationalisation de l'électricité », laisse entendre le ministre Arcand dans un courriel transmis au Quotidien en fin d'après-midi, jeudi.
Selon le ministre, l'électricité est achetée de Rio Tinto et revendue à un coût similaire au coût de production d'Hydro-Québec. Lors du point de presse tenu mercredi, le patron d'Énergie électrique a expliqué que le prix de vente était fixé selon le tarif P13 d'Hydro-Québec. Il s'agit selon Jean-François Gauthier d'un tarif qui fluctue en fonction du prix de l'aluminium et de la valeur du dollar canadien.
« Contrairement au Parti québécois, nous voyons d'un bon oeil l'utilisation de cette énergie par Hydro-Québec. Il faut se rappeler que l'entente entre Hydro-Québec et Rio Tinto annoncée en décembre 2014 a permis de consolider près de 800 emplois de qualité dans la région », a poursuivi Pierre Arcand.
Le ministre Pierre Arcand juge que les propositions d'Alexandre Cloutier auraient pour effet d'exproprier l'entreprise. Il en arrive à la conclusion qu'il s'agit de la vision du développement économique de la formation souverainiste.