L’économiste Pierre Péloquin était le conférencier du Syndicat national des employés de l’aluminium d’Arvida (SNEAA-Unifor), mercredi.
L’économiste Pierre Péloquin était le conférencier du Syndicat national des employés de l’aluminium d’Arvida (SNEAA-Unifor), mercredi.

Vanter les vertus de l’aluminium vert

Denis Villeneuve
Denis Villeneuve
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
Le Saguenay–Lac-Saint-Jean réussira à susciter des investissements majeurs de la part de Rio Tinto en vantant les vertus de l’aluminium vert auprès des grands investisseurs, banques, autres institutions financières et fonds de pension, des organismes qui auront les oreilles sensibles aux changements climatiques à la suite des grands changements réglementaires qui surviendront.

Il s’agit du message essentiel livré par l’économiste Pierre Péloquin alors qu’il était le conférencier du Syndicat national des employés de l’aluminium d’Arvida (SNEAA-Unifor), mercredi. Le thème abordé lors de sa conférence était « Qu’est-ce qui pourrait aider ma région à s’aider ? »

Le professionnel, qui a œuvré comme administrateur de caisses de retraite et comme fiduciaire de placements institutionnels, a mentionné que les grandes sociétés multinationales et les caisses de retraite n’auront pas le choix, dans un avenir prochain, d’ajouter une nouvelle ligne à leur bilan financier, laquelle chiffrera la profitabilité durable de leurs opérations. Les banques centrales d’Angleterre, de la France et de la Hollande ainsi que la Caisse de dépôt et placement du Québec ont déjà adhéré aux principes d’investissement responsable et aux normes Environnement, société et gouvernance (ESG). « Des normes comptables se développent sur les façons de rendre conforme la présentation dans leur rapport », explique-t-il.

Après avoir abordé le sujet, M. Péloquin a décrit le mode de fonctionnement de Rio Tinto, qu’il qualifie de conglomérat financier international dirigé par d’excellents gestionnaires, mais qui ne sont pas de très bons entrepreneurs. « Ce sont des gestionnaires entourés d’avocats, contrairement aux entrepreneurs de la Californie qui, eux, sont entourés d’ingénieurs. Rio Tinto a la culture d’une entreprise dominante dans son environnement. Elle restreint ses investissements dans le développement de ses capacités de production. Elle est orientée vers la recherche de profits pour ses actionnaires. Le manque d’aspect entrepreneurial de Rio Tinto fait que votre région ne se développe pas. »

M. Péloquin rappelle que Rio Tinto a distribué en 2018 un total de 13,5 G$ en dividendes à ses actionnaires alors qu’elle a réalisé 5,4 G$ en investissements, tout en réduisant sa dette de 4,4 G$.

Il explique que l’entreprise exige que ses projets de réduction de coûts puissent s’autofinancer à l’intérieur d’un délai d’un an.

Elle utilise couramment l’argument du contexte du marché mondial de l’aluminium et l’envahissement par la Chine et d’autres pays du marché pour reporter des projets comme ceux de l’usine de billettes d’aluminium d’Alma ou les 16 cuves AP60 du Complexe Jonquière.

« Du point de vue de la région, il y a un manque à gagner du côté des investissements alors que vous avez le meilleur spot pour produire le meilleur aluminium au monde. »

L’économiste reproche à la région et à ses dirigeants de ne pas se servir assez de l’argument de la production de l’aluminium vert auprès des grands investisseurs et fonds de pension pour secouer l’inertie de Rio Tinto au niveau des investissements. « Lorsque des actionnaires se présentent aux assemblées générales annuelles de fonds de pension et demandent à leurs dirigeants qu’est-ce qu’ils ont fait pour améliorer leur bilan durable annuel, les administrateurs réfléchissent », a-t-il soulevé.

Devant le fait que le monde de l’investissement est très en avance dans sa gestion de la crise climatique, comparativement aux mondes social et politique, M. Péloquin suggère de pousser Rio Tinto à afficher une approche plus entrepreneuriale avec pour objectif de convaincre les marchés boursiers que cette entreprise a bien saisi les défis d’avenir, notamment en matière d’environnement.

La stratégie que devrait adopter la région, compte tenu de son excellente position en tant que productrice d’un aluminium vert, est de raviver la fibre entrepreneuriale de Rio Tinto.