Valorisation du nuehlueun: Sandrine Tailleur salue les efforts de Mashteuiatsh

La professeure au département des arts et des lettres à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), Sandrine Tailleur, voit d’un bon oeil tous les efforts mis de l’avant par la communauté autochtone de Mashteuiatsh au Lac-Saint-Jean afin de revaloriser le nehlueun.

« Les efforts ne seront jamais suffisants, mais c’est super positif. À l’intérieur même de leur communauté, il faut revitaliser la langue. En plus, il y a une ouverture. Ils se sont réapproprié leur langue et sont prêts à la partager. Ce ne sont pas toutes les communautés qui sont rendues à cette étape », mentionne celle qui est également cotitulaire de la Chaire de recherche sur la parole autochtone.

La professeure de linguistique indique que la langue innue se porte plutôt bien, de manière globale, alors que le taux de rétention s’élève à 85,2 % pour l’ensemble des communautés. « Ceux qui naissent avec cette langue continuent de la pratiquer autant à la maison que dans la communauté », explique-t-elle.

Sandrine Tailleur

La situation varie entre les différentes communautés alors que le taux de rétention est notamment plus élevé sur la Côte-Nord qu’à Mashteuiatsh. Les données non-officielles qui circulent font état d’un taux de rétention d’environ 30% pour l’unique communauté autochtone du Lac-Saint-Jean.

Mme Tailleur expose, en se basant sur le recensement de 2016, qu’un peu moins de 8% de la population de Mashteuiatsh a l’innu comme langue maternelle et qu’environ 18% est en mesure de le parler. Elle ajoute que cette langue autochtone représente la langue maternelle de 80,7% de la population de la communauté de Uashat-Maliotenam (Sept-Îles).

Sandrine Tailleur croit que la revitalisation est le plus grand défi pour Mashteuiatsh, qui doit enseigner la langue tandis que d’autres communautés font plutôt face à des enjeux de préservation de la langue.

Elle est d’avis que la standardisation de la langue représente une étape énorme pour les Pekuakamiulnuatsh. « Toutes les communautés doivent y passer. Avant d’enseigner la langue, il faut avoir une base écrite », mentionne Mme Tailleur. Celle qui a participé à la mise sur pied d’un cours de langue innue ajoute que la création de dictionnaires, de grammaires et de ressources permet aux membres de la communauté d’enseigner leur propre langue. « Ça part des communautés qui, en plus, ont recours à des experts en linguistique et en technologies. Ce sont de beaux exemples de collaboration. C’est beau de voir où en sont rendues les communautés », souligne-t-elle.

Les allochtones qui se lancent dans l’apprentissage d’une langue algonquienne constateront rapidement qu’il n’y a aucun repère avec le français. « Quand il y a autant de différences entre les langues, on peut comprendre à quel point il y a des différences entre les cultures et de différentes façons de voir la vie », conclut la professeure à l’Université du Québec à Chicoutimi, Sandrine Tailleur, qui rappelle que la langue innue est étroitement liée aux traces et aux douleurs du passé.