L’usine de liquéfaction de gaz naturel de GNL Québec est projetée au port de Grande-Anse, à La Baie, au Saguenay.
L’usine de liquéfaction de gaz naturel de GNL Québec est projetée au port de Grande-Anse, à La Baie, au Saguenay.

Usine de GNL Québec: l’impact sur les proies du béluga inquiète des participants

Myriam Gauthier
Myriam Gauthier
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
Le Comité ZIP Saguenay-Charlevoix s’inquiète de l’impact qu’aurait le complexe de liquéfaction de gaz naturel de GNL Québec dans la seule zone de reproduction de l’éperlan arc-en-ciel dans le fjord du Saguenay, alors que l’espèce fait partie des proies dont se nourrit le béluga.

L’organisme a exposé ses préoccupations face à l’impact qu’aurait le projet de GNL Québec sur la biodiversité du fjord du Saguenay, mardi après-midi, devant le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) sur le projet d’usine de liquéfaction de gaz naturel de 9 G$ à Saguenay.

La presque totalité des intervenants de cette douzième séance en mode numérique se sont opposés au projet ou ont exprimé leurs préoccupations. Un seul intervenant, un citoyen du Saguenay-Lac-Saint-Jean, a donné son appui au projet. La séance qui comptait 14 interventions de citoyens, d’organismes environnementaux et de scientifiques a récolté un peu moins de 1000 visionnements sur Facebook.

Le Comité ZIP Saguenay-Charlevoix a expliqué lors de la séance que le secteur dans lequel serait situé le complexe d’Énergie Saguenay, au port de Grande-Anse sur la rivière Saguenay, est une zone importante pour la reproduction de l’éperlan arc-en-ciel et du capelan, qui font partie de l’alimentation du béluga.

L’aménagement des infrastructures maritimes liées au complexe industriel entraînerait la mise en suspension de sédiments dans cette zone, le « moyen Saguenay », qui est considérée comme sensible par l’organisme pour l’éperlan arc-en-ciel.

« Ça fait partie de la zone où, s’il y a du brassage de sédiments, ça risquerait de colmater des frayères et [c’]est la seule zone où il y a de la reproduction de l’éperlan arc-en-ciel dans le fjord. Donc pour toute la population d’éperlans du Saguenay, c’est là que se fait la reproduction, c’est là que les œufs sont déposés », a expliqué Raphaëlle Dancette, directrice générale de l’organisation.

Aire marine protégée

Le Comité ZIP Charlevoix-Saguenay, qui a mené des études sur l’éperlan arc-en-ciel dans les dernières années, s’inquiète d’autant plus de la situation après l’abandon par Québec, pour des considérations économiques, de la création d’une aire marine protégée dans ce secteur du Saguenay où l’usine d’Énergie Saguenay serait construite. Le projet d’aire marine protégée visait la protection de poissons-proies du béluga, selon La Presse.

Pour les représentantes de l’organisme, la protection du béluga doit entre autres passer par la considération des impacts sur la quantité et la qualité des proies de l’animal. Le déclin de la population de bélugas doit être interprété comme un « signal d’alarme » pour l’ensemble de l’écosystème, a indiqué Audrey Bédard, chargée de projet pour l’organisme, qui est dédié à la protection et à la restauration de la rivière Saguenay et de l’estuaire du Saint-Laurent dans le secteur de Charlevoix.

Raphaëlle Dancette, directrice générale du Comité ZIP Saguenay-Charlevoix, et Audrey Bédard, chargée de projet.

L’organisme Eurêko! de Chicoutimi, qui est actif à travers la région, s’est également opposé au projet de GNL Québec, qui lui apparaît « inacceptable d’un point de vue écologique, social, culturel ».

« Région laboratoire »

Dany St-Pierre, citoyen de Saint-Ludger-de-Milot, au Lac-Saint-Jean, est le seul intervenant à s’être prononcé en faveur du projet, mardi.

Il a suggéré que le Saguenay-Lac-Saint-Jean profite du projet de GNL Québec pour devenir une « région laboratoire » et un « leader mondial » de l’optimisation de l’utilisation du gaz naturel liquéfié, notamment dans le secteur des transports routiers et ferroviaires.

Par ailleurs, un participant à la séance a ramené à l’avant-plan, mardi, les critiques sur l’intégrité du président de la commission, Denis Bergeron. Le président l’a rapidement interrompu et l’a invité à se référer à la mise au point qui avait été effectuée sur le sujet lors de la première séance, le 26 septembre.

La seconde partie de l’audience sur le projet de GNL Québec se termine mercredi. La dernière et 13e séance aura lieu à 19h et sera diffusée sur la page Facebook et sur le site Internet du BAPE.

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UNE QUESTION MORALE POUR LES DÉCIDEURS

Le projet de GNL Québec place les décideurs politiques face à un choix moral sur la contribution du Québec à la lutte aux changements climatiques, selon Alexandre Gajevic Sayegh, professeur en science politique à l’Université Laval.

« Est-ce qu’on veut contribuer à accélérer cette transition ou est-ce qu’on veut la ralentir? », a résumé le chercheur.

Alors que plusieurs grandes économies mondiales souhaitent atteindre la carboneutralité d’ici 2050, la demande en gaz naturel est appelée à diminuer, a-t-il exposé, à l’image de plusieurs intervenants depuis le début des audiences.

« Il y a beaucoup de gens dans le secteur de l’énergie, dans l’industrie de l’énergie en général, qui sait que c’est un manque de demande et pas un manque d’offre qui va faire en sorte que la production de charbon, de pétrole et de gaz va diminuer », a-t-il expliqué.

Il serait selon lui « immoral d’imposer ce risque économique à la population » alors que le marché de l’énergie est actuellement en transition et que plusieurs investisseurs se tournent vers les énergies renouvelables.

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CONSIDÉRER LES CONSULTATIONS PLUTÔT QUE LES CONSEILS DE BANDE

Jeannette Pilot, une participante innue représentant le Collectif femmes pour le climat, a appelé le BAPE à considérer la consultation des peuples des Premières Nations plutôt que les avis des conseils de bande lorsqu’il est par exemple question de projets industriels ou miniers.

Les conseils de bande « jouent dans notre dos » et ne respectent pas l’avis du peuple autochtone, a-t-elle soutenu devant les commissaires. La femme innue a dénoncé les « abus de pouvoir » et la « corruption » des conseils de bande, ignorés par la population.

« Nous sommes un peuple très uni, mais avec les conseils de bande, les chefs coloniaux qui font des arrangements en arrière du dos des peuples, ils [signent] des ententes sans consultation, dans tous les projets ; Hydro-Québec, miniers », a-t-elle déploré.

« Je pense que le BAPE devrait considérer vraiment les projets – advenant que ça passe dans les territoires autochtones – qu’ils doivent consulter la population et non pas les conseils de bande », a-t-elle poursuivi.

Les propos de Mme Pilot font écho à ceux de deux membres des communautés innues de Mashteuiatsh et de Pessamit qui étaient intervenus lors de la première partie des audiences en septembre.

Rappelons que la semaine dernière, lors des audiences, les communautés innues de Mashteuiatsh, Pessamit et Essipit n’ont pas pris position sur le projet de GNL Québec.

Aucune entente n’a été signée et des consultations doivent être menées auprès des communautés, avaient exposé les représentants des trois Premières Nations.

Marie-Josée Béliveau et Jeannette Pilot, du Collectif femmes pour le climat.