Avec la mort d’un mâle adulte au début du mois de juillet, il ne reste que six caribous dans l’enclos de Val-d’Or.
Avec la mort d’un mâle adulte au début du mois de juillet, il ne reste que six caribous dans l’enclos de Val-d’Or.

Urgent besoin de pouponnières à caribous

Guillaume Roy
Guillaume Roy
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
Un des sept caribous mis en enclos à Val-d’Or est mort il y a deux semaines. Pour les biologistes, cette perte vient démontrer l’urgence de mettre en place des pouponnières à caribou pour regarnir les hardes en péril, comme celle de Val-d’Or, mais aussi celle de Charlevoix.

Le ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs (MFFP) a confirmé qu’un caribou mâle est mort le 7 juillet dans l’enclos où étaient logés les sept derniers caribous de la harde de Val-d’Or depuis la fin mars. Pour l’instant, la cause de la mort demeure inconnue. Les résultats de la nécropsie se font attendre. Le MFFP souligne par ailleurs que l’observation des six caribous toujours vivants, deux mâles, trois femelles et un faon, ne laisse présager aucun problème de santé apparent.

«Le ministère est préoccupé par la situation et s’assure de maintenir un suivi serré sur la condition des caribous dans l’enclos, a souligné Catherine Ippersiel, la relationniste de presse au MFFP. La perte d’un individu et le très faible effectif de cette population sont préoccupants».

Lors de l’annonce de la mise en enclos des caribous en février dernier, le ministre Pierre Dufour disait qu’un nouvel enclos de plus grande taille serait aménagé au mois de juin pour améliorer le confort des bêtes. Aucun signe de construction n’est en vue présentement, déplore Henri Jacob, président de l’Action boréale. «Pour l’instant, les caribous doivent survivre dans un enclos gros comme deux terrains de football, qui n’est pas conçu pour recevoir les caribous à long terme», dit-il, en ajoutant qu’aucun appel d’offres n’a encore été effectué pour la construction d’un nouvel enclos.

Au ministère, on souligne que la gestion de la COVID-19 a occasionné des retards et que le MFFP «était à finaliser les meilleurs scénarios visant à ériger un enclos de plus grande dimension afin d’assurer le confort de ces bêtes».

Selon Henri Jacob, qui a produit un plan de sauvetage de la harde de Val-d’Or à la demande du ministre Pierre Dufour en 2018, un enclos de près de 8000 hectares devrait être aménagé pour le bien-être des caribous. «Ça va être difficile de trouver un enclos aussi grand et ça va coûter très cher», dit-il.

L’écologiste estime que le MFFP aurait pu économiser ce montant s’il avait mis sur pied le plan de sauvetage qu’il a élaboré avec les biologistes Serge Couturier et Marcel Paré. En plus de restaurer un habitat propice pour le caribou avec l’arrêt des coupes forestières pendant cinq ans et la gestion des prédateurs, ces derniers proposaient la mise en place d’une pouponnière à caribous, où 25 bêtes seraient capturées dans une population plus au nord, à des fins de reproduction. En se reproduisant en captivités, les 25 caribous auraient permis de libérer une quinzaine de faons de 11 mois par année, pendant trois ans, pour regarnir la population de Val-d’Or. Les caribous adultes auraient par la suite été relocalisés dans leur harde d’origine, car ils sont très attachés à leur territoire.

C’est d’ailleurs l’instauration d’une pouponnière à caribou qui a permis de réintroduire la population des caribous avec succès dans Charlevoix en 1969. Après avoir connu une hausse de la population jusque dans les années 1990, la population chute continuellement et on retrouve aujourd’hui 23 caribous seulement.

Selon Martin-Hughes St-Laurent, un biologiste de l’Université du Québec à Rimouski spécialisé dans l’étude du caribou, il est important de penser dès maintenant à importer des caribous d’ailleurs, où les populations sont solides, pour diversifier la génétique et regarnir la harde. Pour conserver une bonne diversité génétique, en évitant les problèmes liés à la consanguinité, on estime qu’une population doit avoir, au minimum, 50 individus, un barème qui est loin d’être atteint pour les populations de Val-d’Or (6) et de Charlevoix (23).

L’implantation de pouponnières à caribou ne sera toutefois pas suffisante, car l’habitat doit aussi être restauré, ajoute le biologiste. Étant donné que les caribous sont très fidèles à leur territoire natal, il faudrait implanter des pouponnières dans chaque aire de répartition ou des populations locales sont à risque, pour que les jeunes s’habituent aux conditions d’habitat propres à leur aire de répartition, note Martin-Hugues St-Laurent. Selon ce dernier, la mort d’un caribou dans l’enclos de Val-d’Or devrait presser le gouvernement à agir dès que possible.

Henri Jacob estime que le MFFP agit avec amateurisme dans le dossier en ne prenant pas les choses au sérieux. Il souligne, par exemple, que le ministère a embauché deux jeunes techniciens qui sortaient à peine du cégep pour surveiller les caribous mis en enclos. Il se demande aussi si la diète, qui visait à incorporer graduellement plus de moulée au lichen, a été bien adaptée aux caribous.

Le MFFP n’a pas encore dévoilé son plan de match pour la sauvegarde de la population de Val-d’Or, mais les spécialistes estiment qu’il sera impossible d’y arriver sans implanter une ou plusieurs pouponnières à caribou.