La commissaire Michèle Audette était de passage au Saguenay-Lac-Saint-Jean, cette semaine. Invitée par le Cégep de Chicoutimi, elle a offert une conférence à la communauté étudiante, jeudi après-midi.

Une vision plus positive des Autochtones

Les gens du Saguenay-Lac-Saint-Jean se montrent plus ouverts aux Autochtones que les autres Québécois et Canadiens. C’est ce que Michèle Audet, commissaire à l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, a ressenti au moment de son passage dans la région, jeudi. Invitée par le Cégep de Chicoutimi, dans le cadre de la Semaine des Premiers peuples, la leader autochtone a présenté sa conférence, intitulée « Choisir l’ouverture à la différence au lieu de la tolérance ».

« Au début de la rencontre, on demande aux gens leurs perceptions. Qu’est-ce que vous entendez, qu’est-ce que vous pensez des Autochtones ? Ici, près de 95 % des commentaires étaient “full” positifs. Respect, humain, beauté, territoire, tout était là. Je n’ai jamais vu ça », lance d’emblée l’ancienne présidente des femmes autochtones du Québec.

« D’habitude, on me dit alcoolisme, fainéant, inceste. En vingt ans, c’était la première fois que j’entendais autant de mots positifs. Ça m’a déstabilisée. Mais c’est rassurant et encourageant. »

La présence, notamment, d’une communauté dynamique, Mastheuiatsh, et du Centre d’amitié autochtone à Saguenay ont joué un grand rôle dans cette ouverture, croit la commissaire. 

« Je pense que ça aide. Les gens ici se tendent la main entre eux. Il y a même un Cégep (Chicoutimi) qui dédie une semaine aux Premiers peuples. Ça crée des ponts, ça permet de démystifier certaines choses. Si on n’avait pas ça, ces choses-là ici, probablement que ça serait différent. »

Michèle Audette parcourt le pays depuis les derniers mois, dans le cadre de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées. Après son passage à Chicoutimi, elle devait se rendre à Vancouver pour une énième audience.

« Au Québec, il y a une belle solidarité avec les premières nations. Le racisme n’est pas le même à l’extérieur, dans d’autres provinces et territoires. Je sens une ouverture d’esprit et une implication ici. Des fois, les Québécois se sentent même trop coupables de ce qui s’est passé (dans le passé) alors qu’on ne devrait même pas se culpabiliser. Ça, je le ressens moins ailleurs », constate Mme Audette.

L’audience à Vancouver est la dernière prévue pour entendre les victimes. Au cours des 20 dernières années, rappelons-le, 20 000 femmes autochtones ont disparu dans des circonstances semblables. Cette enquête franchira un autre tournant avec les institutions. Les corps policiers et les services de santé et de protection de la jeunesse seront questionnés sur ces disparitions. 

« Pour bien réussir cette prochaine étape, il faut une prolongation du mandat. Cette prolongation a été demandée, mais on n’a pas reçu de réponse. Si c’est refusé, on devra faire seulement une audience. Ce n’est pas assez. Il faut aller dans plus d’une province. Dans de telles circonstances, ça sera difficile de faire le mandat qui nous a été demandé. Il manquera des éléments importants pour comprendre la problématique », insiste Mme Audette, espérant une réponse positive d’Ottawa.