Yameogo Bassirou, résidant de Jonquière originaire de Burkina Faso, a perdu son fils de 13 ans et sa femme dans la tragédie de l'avion d'Air Algérie.

Une vie à reconstruire

Le fils de 13 ans et la femme de Yameogo Bassirou, un Burkinabé résidant à Jonquière, ont perdu la vie dans l'écrasement d'un avion d'Air Algérie au nord du Mali. Sa famille devait ainsi lui rendre une première visite en sol québécois depuis son arrivée il y a deux ans et demi. Un coup de fil, et la vie qu'il tentait de construire pour son entourage venait de s'écrouler.
Kouanda Kadidia et Yameogo Aboubacar se trouvaient à bord de l'appareil. Cette première visite concordait également avec les demandes de parrainage en vue de l'obtention d'un permis d'immigration.
« C'est ma famille. C'est mon tout. C'était inimaginable. On ne peut pas estimer ce qu'ils représentaient pour moi. C'est pour eux que je me battais », a laissé échapper Yameogo Bassirou, lorsque joint, hier.
Natif de Koudougou, au Burkina Faso, M. Bassirou se trouvait alors à Montréal, où il devait accueillir son fils et sa femme. Il sera de retour à Jonquière aujourd'hui, afin de préparer une visite dans son pays d'origine. Il ira rejoindre sa famille pour vivre son deuil.
L'homme de 38 ans offrait de courtes réponses, hier, au bout du fil. Sous le choc par la tragédie des derniers jours, il a préféré ne pas trop parler de ses souvenirs avec sa famille pour éviter d'accentuer ses blessures.
Il a néanmoins décrit son fils de 13 ans comme un jeune homme dynamique et sa femme, une couturière de 31 ans à Koudougou, de bonne épouse. « Je leur parlais par téléphone, mais ne les avais pas vus depuis plus de deux ans. Ma femme et moi nous sommes mariés en 2000. On s'entendait à merveille et on voulait construire notre vie ici. Les anecdotes, je n'ai pas envie de me les rappeler pour le moment », a-t-il confié.
« Je tiens le coup. C'est très dur à supporter. Je ne peux rien faire d'autre que de m'en remettre à Dieu, a-t-il ajouté. Je suis abattu. Ça fait vraiment mal et on va pleurer beaucoup, c'est sûr. »
« L'intention était qu'ils viennent me rejoindre et qu'on se construise une vie. Le parrainage était presque à terme. Si la tragédie n'était pas survenue, ils seraient arrivés bientôt », admet-il, non sans douleur. Son rêve s'est donc transformé en cauchemar.
Yameogo Bassirou réside à Jonquière depuis octobre seulement. Il étudie au Centre de formation professionnelle de Jonquière en mécanique de machines fixes. Il travaille également les fins de semaine au motel Princesse.
M. Bassirou entend demeurer dans la région et se construire une nouvelle vie. « J'ai tout laissé derrière moi pour venir ici : mon emploi, mon pays et ma famille. Je ne retournerai pas là-bas, surtout que je viens de perdre ma famille », dit-il.
Comme si un malheur ne venait pas seul, un de ses amis a connu le même sort. Le Burnkinabé, qui réside à Gatineau, a perdu sa femme et ses deux enfants dans la tragédie. « C'était mon ami. Je l'ai connu au Québec. Il est arrivé en 2012 au Canada. Lui, il part ce soir pour le Burkina Faso », a livré M. Bassirou.
En matière de support, le résidant de Jonquière ne peut bénéficier des cellules de crise offertes par le gouvernement, car sa famille ne réside pas au pays. La compagnie aérienne, pour sa part, offre une aide financière pour que les personnes endeuillées puissent retourner auprès de leur famille.
M. Bassirou a tenu à lancer un message en guise de conclusion. « Je veux demander qu'on prenne les précautions lorsqu'il y a des préoccupations, des zones dangereuses et des conditions météorologiques plus difficiles, et que c'est possible de le savoir. Il n'y a pas de raison de risquer des vies. On devrait annuler les vols », a-t-il soutenu.
Aucune des personnes à bord n'a survécu à la catastrophe, mais une boîte noire a été retrouvée vendredi au milieu des débris de l'avion désintégré, ce qui aidera à déterminer les causes de sa chute. Au total, cinq Québécois se trouvaient parmi les passagers.