Une traversée réussie… grâce aux motoneiges

CHRONIQUE / Après la tempête de neige de mercredi, la Traversée du lac Saint-Jean à vélo aurait bien pu être reportée, mais grâce aux motoneigistes bénévoles qui ont damé la piste qui relie Roberval à Péribonka, 13 des 37 cyclistes ont réussi à atteindre la ligne d’arrivée.

Avez-vous déjà essayé de faire du fatbike dans la neige poudreuse ? N’essayez même pas, car vous n’y trouverez aucun plaisir et vous ne serez même pas en mesure de franchir plus de quelques mètres.

Comment est-ce possible de traverser un lac recouvert de plus de 20 cm de neige, sur une distance de 32 km ? Grâce au travail acharné de Jean-Marc Tremblay, l’homme qui a hérité du contrat de damer la piste entre Roberval et Péribonka. Avec son équipe de motoneigistes bénévoles, ils ont commencé le travail en plein milieu de la nuit, vers 3 h du matin, en tirant des grattes adaptées pour le fatbike et développées par Jean-Marc Tremblay.

Malgré les allers-retours incessants effectués par plusieurs motoneigistes, la piste demeurait impraticable à 8 h du matin, remarque David Lecointre, l’organisateur de l’événement.

Qu’à cela ne tienne, il a demandé au Club de motoneige Passe-Partout de Roberval s’il pouvait sortir son « sous-marin », une souffleuse utilisée pour damer les pistes de motoneiges, laquelle permet d’enlever une partie de la surface trop molle à l’aide d’une gratte hydraulique.

À 9 h 30, c’est la ministre du Tourisme, Mélanie Joly, qui a donné le départ de la traversée au Village sur glace de Roberval. Pour les premiers kilomètres, la surface était d’ailleurs d’une qualité impressionnante en sachant que 20 cm étaient tombés la veille. Avec un soleil pétant et aucun vent, la traversée s’annonçait alors particulièrement facile.

La ministre Mélanie Joly était de passage au Lac-Saint-Jean jeudi.

Au kilomètre huit, je rejoins le « sous-marin » du club Passe-partout, piloté par Luc Roy. « C’est l’fun de pouvoir aider pour permettre aux gens de faire de l’exercice et de participer à la réalisation d’un événement d’envergure internationale », a-t-il commenté, lorsque questionné sur son implication bénévole.

C’est justement grâce à des gens comme Luc et Jean-Marc que le fatbike connaît un tel essor au Québec, car sans pistes damées, on ne va nulle part sur un vélo, peu importe la largeur des roues.

Alors que les sports motorisés viennent parfois en conflit avec les sports non motorisés, le fatbike, et plus particulièrement la Traversée du lac en vélo, est un exemple patent de complémentarité. « Sans motoneiges, il n’y a pas de traversée », remarque David Lecointre, qui en sait quelque chose. Lors de la première édition, la piste n’était pas damée et seulement cinq personnes sur 21 avaient conquis le Piekouagami… en faisant la traversée à 80 % à la marche.

Des bâtisseurs, comme David Lecointre, avec les bénévoles et les travailleurs impliqués pour développer et damer les pistes, ont d’ailleurs fait en sorte que le Québec semble être LA destination mondiale de fatbike hivernal, selon une étude réalisée par Empire 47, un centre de fatbike de Lac-Delage, près de Québec. De 2014 à 2019, le nombre de kilomètres de sentiers a explosé au Québec, passant de 60 à 1266 km.

Cet engouement se fait même ressentir chez les manufacturiers de fatbike comme Specialized Canada, qui vend 50 % de ses fatbikes au Québec. Chez Felt, cette proportion est semblable avec 46 % des fatbikes vendus dans la belle province. Même son de cloche chez Devinci, un manufacturier de la région, qui vend 80 % de ses fatbike dans la province, une proportion beaucoup plus élevée que tous les autres types de vélos.

De plus en plus mou

Revenons à notre traversée du lac Saint-Jean. Si la première moitié du parcours s’est déroulée merveilleusement bien, le défi s’est avéré beaucoup plus difficile après le ravitaillement du km 16. Selon les données météorologiques, il est tombé 40 cm de neige à Péribonka mercredi, soit deux fois plus qu’à Roberval.

Malgré le travail acharné des motoneigistes, ils n’ont pas pu faire de magie. Plus on s’approchait de Péribonka, plus l’épaisseur de neige se faisait sentir. Pour la plupart des seize cyclistes européens qui prenaient part à l’événement, le baptême de feu du fatbike a été rude !

C’était en fait une expérience de concentration intense. Il fallait suivre le sillon laissé par les vélos devant nous, tout en évitant les zones où certains d’entre eux avaient dérapé, car rouler dans la neige molle équivalait à un dérapage en bonne et due forme.

Et le dérapage était bel et bien l’ennemi numéro un, car la perte de contrôle du vélo entraînait une dépense énergétique folle… surtout avec 25 km dans les jambes. Sans compter qu’il fallait redémarrer dans la neige molle. Pour éviter les zones molles, il fallait donc essayer de deviner où se trouvaient les zones les plus dures de la surface molle !

Plus j’avançais et plus c’était difficile. Les derniers kilomètres étaient pratiquement un calvaire, d’autant plus que je pouvais voir l’arche d’arrivée au loin. Chaque mètre devait être conquis chèrement et après quatre heures à rouler, j’ai finalement atteint Péribonka, fier de mon accomplissement. À ma grande surprise, j’étais le quatrième à franchir la ligne d’arrivée, car les premiers ont pris trois heures quarante minutes à traverser le lac, signe des conditions difficiles. Au final, 13 des 37 cyclistes ont franchi le fil d’arrivée.

« Si tout le monde traversait le lac facilement, ça ne serait plus une aventure », a lancé David Lecointre après la course. Certains cyclistes affichaient une certaine déception d’avoir dû quitter le lac, après avoir raté un temps de contrôle, mais ça nourrissait aussi le désir de revenir pour conquérir le Piekouagami.

La double traversée remise

En secret, les organisateurs caressaient l’idée de tester la double traversée du lac Saint-Jean, dans le but d’offrir un nouveau produit pour les futures traversées. Toutefois, les conditions difficiles les ont forcés à remettre le projet à une prochaine édition. L’idée reste toutefois bien vivante pour offrir un défi encore plus grand aux athlètes d’endurance, a mentionné David Lecointre.

Avec 10 autres centimètres de neige et des vents de l’est à plus de 30 km/h, attendus vendredi, la traversée sera encore plus difficile. Espérons que les motoneigistes pourront faire des miracles pour permettre à un maximum de cyclistes de traverser le lac.

En terminant, je tiens à remercier tous les bénévoles qui ont assuré la sécurité et qui nous ont servi de l’eau, du bouillon de poulet et des vivres de course. Grâce à vous, cet événement permet de vivre la chaleur des gens du lac.