Une solution au temps supplémentaire obligatoire

La présidente régionale de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), Julie Bouchard, estime que la baisse du ratio patients-infirmière dans les hôpitaux de la région permettra de stabiliser les équipes tout en diminuant la problématique du temps supplémentaire obligatoire.

«Nous allons réaliser un projet pilote au CHSLD de Bagotville pour commencer. Un projet en médecine aura lieu en Mauricie et ainsi de suite. Il faut que ça soit bien fait si l’on veut que cette initiative ait un véritable effet positif sur la réduction de la charge de travail», croit Julie Bouchard.

En ce moment, les ratios «Philippe Voyer» sont appliqués dans les établissements de santé du Québec. On parle de ratios de l’ordre d’un duo de professionnels (infirmière-infirmière auxiliaire), pour une fourchette de 25 à 32 patients dans un CHSLD de jour. Le ratio est d’un duo de professionnels pour 13 à 14 patients sur un département de médecine. 

«Pour les CHSLD, il est prévu de ramener le ratio à un duo de professionnels pour une fourchette de 20 à 27 patients et pour un département de médecine, il sera ramené à un duo de professionnels pour quatre à cinq patients. Ce n’est pas parce que les ratios diminuent qu’il faudra nécessairement beaucoup plus d’infirmières dans la région. L’effet se fera surtout sentir dans la création de postes réguliers», croit la présidente.

La situation dans la région est différente de celle des grands centres comme Montréal ou Québec. Les postes à temps complet sont pratiquement tous occupés au CIUSSS, ainsi que les postes à temps partiel, plusieurs étant de trois ou quatre quarts de travail par semaine. Il y a ainsi plusieurs postes à temps partiel moins intéressants pour les infirmières.

«Quand les infirmières vont constater que la surcharge de travail diminue et qu’elles pourront donner des soins sécuritairement, elles vont certainement reconsidérer leur disponibilité pour occuper des postes réguliers. Nous avons toujours plaidé l’importance de stabiliser les équipes de travail au lieu de recourir à des formules comme des équipes volantes. C’est évident que les infirmières qui sont sur ces équipes vont préférer travailler dans des milieux plus stables.»

Selon Julie Bouchard, il y a 15 ans, on ne faisait jamais allusion aux accidents dans les hôpitaux. Les professionnelles travaillaient avec des ratios plus bas et avaient le temps de dispenser les soins aux patients, alors que la mise en place des ratios élevés était uniquement basée sur le principe d’utiliser au maximum les ressources. Cette façon de gérer a conduit à la crise qui sévit en ce moment dans pratiquement tous les hôpitaux du Québec.

«Les gens rentraient au travail de bonne humeur et avaient du plaisir à côtoyer les patients. Le temps supplémentaire n’existait pas. On faisait un quart de travail en temps supplémentaire quand on acceptait de le faire puisqu’il n’y avait pas de problème. Nous sommes convaincus que la solution que nous avons proposée au gouvernement avec une diminution des ratios va nous permettre de résoudre facilement de nombreux problèmes en offrant des soins sécuritairement autant pour les patients que pour les professionnels.»

Julie Bouchard affirme que les projets qui seront mis en place au cours des prochains mois nécessitent un suivi. Dès que les nouveaux ratios vont entrer en vigueur à La Baie, une équipe de la FIQ sera déployée afin de suivre l’évolution du projet pour s’assurer qu’il soit une réussite.

La Fédération syndicale a observé la situation ailleurs dans le monde. Julie Bouchard souligne que les systèmes de santé qui ont effectué ce virage en réduisant les ratios patients-professionnels ont rapidement constaté une amélioration au sein des équipes de travail. Elle ne voit pas pourquoi ce qui a bien fonctionné ailleurs dans le monde ne fonctionnerait pas au Québec.