Le dirigeant de Produits Forestiers Résolu, Richard Garneau.

Une situation « sérieuse », dit Garneau

Le président et chef de la direction de Produits forestiers Résolu, Richard Garneau, juge que la situation des papeteries de Dolbeau et Kénogami « est sérieuse ». Il réagit ainsi à la suite de la décision d'un comité spécial de l'ALÉNA qui en est arrivé à la conclusion que la surtaxe de 17,1 % devait être maintenue sur les exportations de papier surcalandré (papier glacé) aux États-Unis à partir des usines régionales.
Au cours d'un entretien avec Le Quotidien, Richard Garneau n'a pas dissimulé son inquiétude devant cette situation. Depuis l'imposition de la surtaxe, Résolu a été dans l'obligation de déposer auprès du gouvernement américain pas moins de 43 M $ ou 100 $ la tonne de papier exportée. Ces montants seront récupérés si le Département américain du commerce en arrive à la conclusion que Résolu n'a pas transgressé les règles du commerce sur l'octroi de subventions aux entreprises.
Selon Richard Garneau, malgré les recommandations du comité de l'ALÉNA de vérifier certains éléments, les usines de Résolu conserveront cette pénalité qui gruge les liquidités de l'entreprise. Ce sont des sommes dont la papetière ne peut pas disposer pour réaliser des investissements dans ses usines.
« Dans le meilleur des scénarios, nous allons présenter au Département du commerce nos preuves voulant que l'achat de Fibrec (usine de pâte de Saint-Félicien) a été une prise de contrôle hostile, et qu'il n'y a pas eu de subvention justifiant l'imposition d'une surtaxe aussi élevée. Selon ce qui pourrait arriver, nous risquons de devoir verser cette surtaxe jusqu'en juin 2018. C'est un autre montant de 43 M $ que nous allons devoir déposer auprès du gouvernement américain et qui va gruger nos liquidités », reprend le président de Résolu.
Pendant cette attente où l'entreprise canadienne devra présenter ses preuves voulant qu'elle n'ait pas été subventionnée, les entreprises qui exploitent des usines dans les mêmes grades de papier pourront se rabattre sur la clientèle de Résolu. Le même comité de l'ALÉNA en est arrivé à la conclusion que l'usine de Catalyst dans l'Ouest canadien n'avait plus à payer de surtaxe sur ses exportations alors que les usines d'Irving, pour le papier surcalandré, vont voir passer la surtaxe de 18 à 5 %. Selon Richard Garneau, il s'agit d'avantages qu'il sera difficile de contrer dans un marché où la demande baisse de 10 % par année. Ces contraintes vont rendre l'exploitation des deux papeteries québécoises très difficiles au cours des prochains mois.
Richard Garneau croit que le gouvernement canadien est en mesure de venir en aide à Résolu dans cette affaire et surtout d'aider l'entreprise à conserver ses deux usines québécoises en production. Ottawa pourrait selon le patron de Résolu intervenir auprès du gouvernement américain afin que le Département du commerce fasse preuve de diligence pour mener sa vérification administrative auprès de la papetière et ainsi prendre connaissance des preuves que Résolu est disposée à présenter pour démontrer que la papetière n'a pas reçu d'aide de l'État permettant de supporter sa production de papier surcalandré.
En plus des deux entreprises dont la surtaxe sera réduite ou éliminée, Résolu doit continuer de concurrencer sur le marché de Port Hawkesbury paper dont l'usine de la Nouvelle-Écosse a bénéficié d'une subvention de 125 M $ en plus d'avoir été délestée d'une obligation de 130 M $ pour les régimes de retraite. Il s'agit de l'usine la plus performante en Amérique du Nord avec une capacité de près de 400 000 tonnes métriques qui est en mesure de produire tous les grades de papier.
C'est la relance de cette usine construite par la Scandinave Stora et fermée pour des raisons de rentabilité qui a amené des papetières américaines à déposer des plaintes en vertu des ententes sur le commerce international. Selon Richard Garneau, tout le problème découle de cette intervention du gouvernement provincial de la Nouvelle-Écosse.
« Une injustice totale », clame le syndicat
Le président du syndicat de la papeterie de Dolbeau de Produits forestiers Résolu, Pascal Cloutier, estime injuste la décision d'un comité de l'ALÉNA de maintenir la surtaxe sur le papier surcalandré aux usines de Résolu et de retirer presque entièrement celle d'autres usines canadiennes.
« Je ne comprends plus rien. C'est une injustice totale ! On se fait avoir à tour de bras ! Je n'ai pas été en mesure de me faire expliquer les raisons qui ont mené à cette décision », a commenté, furieux, le président Cloutier.
Mercredi, il a confié que les travailleurs de l'usine étaient inquiets à la suite de l'annonce de cette autre tuile. Pascal Cloutier n'a pas vu venir cette analyse du comité de l'ALÉNA qui devait évaluer si le Département du commerce américain avait le droit d'imposer une surtaxe sur le papier surcalandré. « Où prennent-ils leurs arguments ? Sur quoi se base-t-il ? À l'époque, on disait que c'est parce qu'on utilisait de la pâte kraft de Saint-Félicien pour fabriquer du papier et que cette usine avait reçu une aide financière. On n'utilisait même pas de cette pâte. C'est n'importe quoi », déplore-t-il.
Le syndicaliste se demande bien ce que fait le gouvernement fédéral pour soutenir l'industrie forestière. « Lorsque nous avions rencontré la ministre Freeland (ministre du Commerce international à l'époque), elle nous avait dit que c'était une priorité. Rien n'a été fait. Hier, j'ai téléphoné à plein de places au gouvernement fédéral et je n'ai pas eu de réponses », a-t-il affirmé.
Cloutier espère donc que le premier ministre Philippe Couillard et le député fédéral Denis Lebel vont prendre cette nouvelle menace pour les usines de Dolbeau et Kénogami très au sérieux.