Des partisans du référendum célèbrent la fermeture d'un bureau de vote dans les rues de Barcelone.

Une Saguenéenne aux premières loges en Catalogne

« Une chose est sûre, c'est qu'aujourd'hui [dimanche], ce qui devait être un référendum pour le oui ou pour le non à l'indépendance, est plutôt devenu un référendum pour le droit de décider, pour le droit à la démocratie. »
Anne-Marie Pilote
Les Catalans étaient nombreux, dans la nuit de dimanche à lundi, sur la Plaça Catalunya, à Barcelone, où ils s'étaient regroupés dans l'attente des résultats du référendum, diffusés sur écran géant.
C'est ainsi qu'Anne-Marie Pilote, Saguenéenne d'origine, a résumé le mouvement dont elle a été témoin, depuis un peu plus d'une semaine, et particulièrement dimanche, jour J du référendum d'indépendance de la Catalogne, déclaré illégal par Madrid.
La jeune femme et son conjoint, Arnaud Montreuil, se trouvent à Barcelone depuis un peu plus d'une semaine. Tous deux doctorants, elle en communication à l'Université du Québec à Montréal, et lui en histoire médiévale en cotutelle auprès de l'Université d'Ottawa et de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, ils ont décidé, alors qu'ils se trouvaient à Paris, de se rendre à Barcelone pour vivre ce moment historique.
Ils ont réussi à obtenir une accréditation en tant qu'observateurs internationaux auprès de l'Association des maires indépendantistes de Catalogne. Le couple loge dans un appartement situé au coeur de la capitale catalane, à quelques minutes de la Plaça Catalunya, l'une des principales places publiques de Catalogne.
Un blogue
Anne-Marie Pilote et Arnaud Montreuil ont décidé de partager leur regard sur le référendum historique en lançant un blogue, intitulé Punctum visus (point de vue, en latin), accessible via le punctumvisus.wordpress.com.
Ils ont publié sept billets témoignant de leur expérience sur le terrain. Bien écrits, leurs textes mettent les tensions en contexte et permettent à toute personne n'ayant pas suivi la situation de comprendre rapidement et clairement les enjeux ainsi que les différents acteurs impliqués.
« Comme Québécois, on a toujours grandi avec l'idée du référendum et pour nous, c'était vraiment l'occasion de comprendre sur le terrain quelle était la réalité du référendum », a expliqué M. Montreuil, lors d'un entretien avec Le Quotidien via Skype, accordé vers minuit trente, heure de Barcelone, peu avant que la victoire à 90 % en faveur de l'indépendance ne soit annoncée.
À Gérone, au nord-est de Barcelone
Dimanche, ils ont été délégués à Gérone par l'Association des maires indépendantistes, une ville située au nord-est de Barcelone. Ils ont assisté à l'ouverture de bureaux de vote et à la confrontation entre la Guardia Civil (la Garde civile), fidèle à Madrid.
« On a pu assister à l'ouverture des bureaux de vote et on a assisté à des scènes de violence. On a assisté à des scènes de résilience et à des chaînes humaines de quelques centaines de personnes qui empêchaient la Guardia Civil de passer », a témoigné Mme Pilote, alors que le couple se trouvait devant la Plaça Catalunya, où les gens étaient rassemblés devant un écran géant, en attente des résultats.
« C'est tellement saisissant, parce ce qu'on ne s'y attend pas, ce sont des scènes qui sont brutales, a poursuivi son conjoint. Il y a déjà eu des tactiques d'intimidation. Ça fait déjà plus de 36 heures que les hélicoptères de la Guardia Civil survolent la ville. [...] C'est très rapide. La Guardia Civil débarquait et défonçait sans faire attention, ni aux personnes âges, ni aux femmes, et brisait les lignes de piquetage. » Dans une vidéo qu'il a publiée sur Facebook, on aperçoit les Catalans, pacifiques, être pris d'assaut par la garde civile.
« C'est vraiment un jour noir pour la démocratie et pour l'Europe. Les Catalans ont la profonde insatisfaction de ne pas avoir été soutenus, reconnus par la communauté internationale, mais surtout par l'Union européenne, dans laquelle ils vont vouloir adhérer comme État indépendant », a conclu Anne-Marie Pilote.
Le couple prévoit demeurer à Barcelone jusqu'à mardi, mais si les rumeurs de grève générale jusqu'au 12 octobre, qui circulaient dimanche à Barcelone, s'avèrent fondées, leur séjour dans la capitale catalane pourrait être prolongé.