Un employé s'affaire à l'aluminerie de Rio Tinto Alcan Alma.

Une question de rentabilité

Le directeur de la Société de la Vallée de l’aluminium (SVA), Julien Gendron, est surpris de la mise en vente de l’Aluminerie Dunkerque, en France, par Rio Tinto. Il ne croit cependant pas qu’il y ait des incidences pour les alumineries du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Celui qui connaît en profondeur l’industrie de l’aluminium mondiale, même s’il n’est pas « dans le secret des dieux chez Rio Tinto », affirme que cette aluminerie française, qui utilise la technologie AP37, est semblable à l’Usine Alma en terme de capacité avec ses 281 000 tonnes produites. C’était l’une des plus rentables d’Europe, selon lui. 

Le directeur de la SVA ajoute qu’au point de vue financier, Rio Tinto, un holding financier, cherche à opérer des installations aux rendements supérieurs comparativement à ce que recherchait Alcan à l’époque. « Les alumineries du Canada figurent dans le premier quartile mondial en terme de rentabilité, mais on ne sait jamais quand ils peuvent se départir de leur division aluminium », commente-t-il.

M. Gendron ajoute qu’avec un prix relativement bas à 2300 $ la tonne, le pire est possiblement derrière l’industrie. Il fait état de certaines prévisions voulant qu’en 2018, la rareté de l’aluminium sur les marchés sera le prélude à une montée des prix puisque les Chinois ont débuté il y a 18 mois un processus de fermeture de certaines alumineries en raison des graves problèmes environnementaux auxquels ils sont confrontés.

Un autre facteur favorable au marché de l’aluminium, plus précisément la feuille d’aluminium, a trait à la décision des constructeurs d’automobiles américains d’intégrer de plus en plus d’aluminium dans leurs produits. Une croissance annuelle de 5 à 9 % est anticipée à moyen terme. 

Les Américains sont en déficit de production du métal gris à la suite de nombreuses fermetures, mais considèrent que l’aluminium est un matériau stratégique pour leur sécurité. Comme 90 % de l’aluminium provenant de la région est exporté chez les voisins du sud, il n’y a pas lieu de s’inquiéter, affirme M. Gendron.

La grande question qui demeure pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean, selon lui, reste à savoir quand Rio Tinto procédera à des annonces d’investissements reliés à l’expansion de l’Usine Alma et la concrétisation des phases 2 et 3 de l’usine pilote AP60 du Complexe Jonquière. Il souligne que dernièrement, la haute direction avait avisé la région qu’il fallait attendre une période de consolidation du marché avant d’investir. 

De son côté, la porte-parole de Rio Tinto dans la région, Xuân-Lan Vu, a rappelé qu’en décembre dernier, Alf Barrios et Jean-Sébastien Jacques sont venus dire devant la communauté d’affaires que l’aluminium et le Saguenay-Lac-Saint-Jean sont au coeur de la stratégie aluminium de Rio Tinto.

Il n’a pas été possible d’obtenir de commentaires de la part d’Alain Gagnon, président du Syndicat national des Employés de l’Aluminium d’Arvida (SNEAA-Unifor).

Aluminerie Dunkerque

L’Aluminerie Dunkerque est située dans le nord de la France. Elle utilise la technologie AP37 et vient de célébrer ses 25 ans. Elle embauche 570 emplois et produit annuellement 281 000 tonnes d’aluminium coulé sous forme de plaques destinées au marché de l’automobile en Europe.

Dans des déclarations faites dans les médias européens au moment de l’annonce de la vente, le directeur général de Rio Tinto Aluminium, Alf Barrios, déclarait que l’offre représente la meilleure option pour le développement futur du site tout en apportant de la valeur à Rio Tinto alors que cette dernière continue à rationaliser son portefeuille. 

Chose certaine, l’acquéreur, Liberty House, un groupe oeuvrant dans le recyclage de métaux, la production d’acier et d’aluminium fondé en 1992 par l’homme d’affaires anglais Sanjeev Gupta, entend prendre de l’expansion sur le continent européen.

Selon Liberty House, des analyses détaillées permettent de considérer Dunkerque comme le meilleur site pour faire avancer sa stratégie automobile en aval. Aluminium Dunkerque dispose d’une exploitation d’aluminium de haute qualité, qui bénéficie d’une main-d’œuvre et d’un management d’excellence. Ces éléments seront des atouts essentiels lors du lancement d’ambitieux projets. 

Prétextant vouloir rationaliser sont portefeuille, Rio Tinto a annoncé la vente d’Aluminerie Dunkerque en France, dirigée depuis août 2016 par Gaby Poirier, ex-directeur général de l’usine Kitimat/Kémano en Colombie-Britannique.

Légère baisse de production

La production mondiale d’aluminium de Rio Tinto a connu une légère baisse au cours de l’année 2017 pour s’établir à 3 551 000 tonnes de métal gris comparativement à 3 600 000 tonnes en 2016.

Les données produites pour ses six alumineries établies au Canada font état d’une production de 1 596 000 tonnes de métal, en hausse de 14 000 tonnes comparativement à 2016.

Les données produites pour l’Usine Vaudreuil indiquent la production de 1 448 000 tonnes d’alumine en 2017 comparativement à 1 452 000 tonnes en 2016. 

En bref

Nouveau contrat de travail pour les syndiqués du Rona de Chicoutimi

(Laura Lévesque) Les syndiqués de la succursale Rona de Chicoutimi ont ratifié un nouveau contrat de travail. La nouvelle convention de cinq ans touche un peu moins d’une centaine d’employés. Selon la partie syndicale, les travailleurs ont conservé leurs acquis en plus de faire plusieurs gains, dont une augmentation de la prime de nuit de 0,25 $, un plancher d’emploi garanti et l’ajout d’une cinquième semaine de vacances après 20 ans de service. Les salariés bénéficieront également d’une augmentation de 8.75 % en cour de convention, incluant pour les salariés au maximum de l’échelle le maintien du montant forfaitaire de 0.5 %, selon les informations publiées par le syndicat des TUAC 501. « Il faut féliciter les membres de notre comité de négociation pour leur excellent travail à la table des négociations. La signature de ce contrat de travail valide notre engagement à défendre fermement les intérêts des travailleurs et des travailleuses du secteur des quincailleries ainsi qu’à contribuer à l’amélioration de leurs conditions de travail », souligne par voie de communiqué Daniel Nadeau, directeur des TUAC 501 pour l’est du Québec.