En juin 2011, Florence Munger-Fourcaudot a été faite membre de la société de l'Ordre du Bleuet.

Une pionnière s'éteint

Âgée de 80 ans, Florence Munger, fondatrice de l'école de danse Florence Fourcaudot, est décédée le 4 janvier à l'hôpital de Chicoutimi. Son départ fait en sorte qu'elle ne pourra assister à l'inauguration du nouveau local à l'église Saint-Luc.
Mme Munger a fondé son école de danse en 1951. Elle offrait alors des cours gratuits. Dix années plus tard, elle mettait sur pied la société à but non lucratif qui porte son nom. Depuis plus de 60 ans, cette institution, qui possède une excellente réputation à travers le Québec, continue de former des danseurs et des danseuses.
«Toute jeune, Florence Munger a fait la connaissance de Mme Emma Proschek, une immigrante tchèque, qui lui a donné ses premiers cours de ballet. À la suite du départ de l'enseignante, Mme Munger a répondu à l'appel en donnant elle-même des cours, dès 1951, tout en se perfectionnant auprès des maîtres de l'époque, dont Maurice Morenoff. Ce fut alors le début d'une longue carrière en enseignement de la danse et de la direction de l'école», a écrit, hier, la directrice actuelle de l'école, Julie Morin.
Née le 17 juin 1933 sur la rue Saint-Vincent, à Chicoutimi, influencée par une mère mélomane, la danseuse a passé la très grande partie de sa vie à être bercée par la musique, apprenant à jouer du piano et du violon.
Ordre du Bleuet
Dans une allocution livrée lors de l'admission de Mme Munger à la société de l'Ordre du Bleuet, le 18 juin 2011, la présidente de l'organisme, Christiane Laforge, avait raconté que la jeune fille de 12 ans, en 1945, avait bravé l'interdit paternel et avait entrepris ses premiers pas de danse. Il faut croire qu'elle a eu raison de le faire, car des milliers d'enfants ont suivi ses pas au fil des années.
Il faut savoir que les choses étaient loin d'être faciles dans les années 50, surtout que la danse était alors perçue comme un péché.
«Nous n'avions pas le droit d'utiliser le mot ballet ou danse. On a donc dit art chorégraphique», a déjà mentionné Mme Munger.
Malgré tout, plusieurs personnes encouragent la danseuse et enseignante à progresser et à charger un prix mensuel de 3$ pour son travail. Mais elle craignait de perdre sa clientèle, surtout celle moins fortunée.
Après avoir créé le Studio d'art chorégraphique, Florence Munger l'a dirigé dans une certaine clandestinité face à ses détracteurs.
Aujourd'hui, l'école compte près de 550 élèves, mise sur 18 enseignants et du personnel de soutien. L'organisme a reçu un appui financier de 3,8 millions de dollars du gouvernement du Québec et de Saguenay pour sa relocalisation dans l'église Saint-Luc, dans le secteur nord de Chicoutimi.
«La dernière révérence de Florence Munger nous rappelle à quel point sa détermination et son audace, à une époque qualifiée de grande noirceur, ont fait d'elle une précurseure du développement et de l'avancement de la danse au Saguenay-Lac-Saint-Jean et nous inspire à poursuivre sur cette voie pour enrichir l'identité culturelle québécoise», a conclu Julie Morin.
Les funérailles se dérouleront à une date ultérieure à l'église Notre-Dame de Grâce et elle sera incinérée au crématorium de l'Alliance funéraire du Royauge et les cendres inhumées au cimetière Saint-François-Xavier.
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