La Ville a acquis cet immeuble, construit en 1870, puis rénové dans les années 70, pour le démolir afin d’aménager un stationnement.

Une pétition pour stopper la démolition d'un immeuble

La volonté de Saguenay de démolir l’immeuble de la rue Racine où se trouvent les bureaux de La Maestria dans le but d’y aménager un stationnement ne fait pas l’unanimité. Une citoyenne de Chicoutimi, qui est aussi diplômée en histoire, lance une pétition dans l’espoir de stopper la démolition.

Sylvie Dussault a failli recracher son café lorsqu’elle a parcouru un article du Progrès, paru en février, au sujet du déménagement des bureaux du collectif artistique. Selon elle, trop peu d’efforts ont été déployés par la Ville au cours des dernières années pour préserver le patrimoine bâti de Saguenay. S’ajoutent à cela les «aberrations» commises sous le joug de la dernière administration municipale, qui a laissé le pic des démolisseurs abattre des immeubles recelant un potentiel historique.

«Cet édifice a été construit en 1870. Selon le répertoire du patrimoine bâti du ministère de la Culture et des Communications du Québec (MCCQ), il ne reste que 69 immeubles datant du XIXe siècle à Saguenay. Il y en aurait un seul à Jonquière, trois à Laterrière et seulement quatre à Chicoutimi. Tous les autres sont à La Baie. Pour une raison qu’on ignore, il y a eu un plus grand effort de préservation à La Baie. En 1989, il a été question de démolir trois maisons ancestrales de la rue Victoria. Ç’a soulevé une controverse et finalement, elles ont été déplacées», énonce Sylvie Dussault, passionnée par ce sujet. 

Elle ne manque pas de mettre sur le tapis la démolition de la maison Lévesque, au centre-ville de Chicoutimi, pour paver la voie à une résidence pour retraités.

En ligne

La pétition de Sylvie Dussault vient d’être mise en ligne sur le site Pétitions24.net. Elle espère recueillir suffisamment de signatures pour la déposer au conseil de ville. Déjà, la citoyenne a sensibilisé le cabinet de Josée Néron à l’importance de préserver cet édifice. Plusieurs familles de Chicoutimi ont habité l’immeuble, comme en font foi les actes notariés relevés par Sylvie Dussault sur le site internet du Registre foncier du Québec.

«C’est vrai que le 14-18 Racine a été modifié de façon considérable dans les années 70 et ce n’est peut-être pas si beau que ça en ce moment, mais il est temps que l’on voie les choses autrement en matière de patrimoine bâti. Ça prend une réflexion et ça presse. À un moment donné, il va être trop tard», fait-elle valoir. Sylvie Dussault a sensibilisé la Société historique dans ce dossier

Peine perdue

Russel-Aurore Bouchard, qui a milité pendant de nombreuses années pour la préservation du patrimoine bâti, considère l’initiative de Sylvie Dussault admirable. L’historienne croit cependant qu’il s’agit d’un combat perdu d’avance.

«Après avoir mené des luttes pendant 40 ans, j’ai compris qu’on ne pouvait gagner aucun de ces combats. Étant donné que l’histoire n’intéresse plus les gens, que la volonté politique n’y est pas et que tout est motivé par le désir de faire de l’argent, c’est une cause perdue», a martelé Russel-Aurore Bouchard, qui se désole d’assister à la «régression intellectuelle et des connaissances historiques» des régionaux.

Dans son Guide d’excursion et d’interprétation du patrimoine de Chicoutimi, publié en 1992, Russel-Aurore Bouchard consacre un chapitre à la maison J.-A. Truchon, construite au 192 Racine Ouest en 1906. L’immeuble a été démoli en 1989, en pleine nuit. En cours d’entrevue, Sylvie Dussault a fait référence à l’événement, qui a provoqué une véritable levée de boucliers à l’époque. 

Évaluation

Au cabinet de la mairesse Josée Néron, l’attachée politique Cindy Girard a expliqué que des vérifications sont en cours auprès de la Société historique et du ministère de la Culture et des Communications du Québec afin de voir si un aspect patrimonial en lien avec l’immeuble de La Maestria n’a pas échappé aux services municipaux.

«Mme Dussault a pris contact avec notre cabinet pour partager ses préoccupations. Nous avons pris le temps de l’écouter. Depuis, nous avons pris contact avec la Société historique pour déterminer, par exemple, si des événements marquants ont eu lieu dans cet immeuble, comme la naissance d’une personnalité qui a marqué l’histoire de la région», a résumé Cindy Girard. L’attachée de presse précise que la démolition n’est pas prévue à très court terme et que la Ville prendra le temps qu’il faut pour analyser le dossier.