Une permission d’ouvrir qui ne règle pas tout pour les installations hivernales

Marc-Antoine Côté
Marc-Antoine Côté
Le Quotidien
Le ministère du Tourisme annonçait en grande pompe vendredi que bon nombre d’installations hivernales pourraient ouvrir leurs portes cette année, zone rouge ou non. Notamment les centres de glisse et les relais de motoneige, pour qui la saison ne s’annonce toutefois pas rose pour autant.

Frédéric Perron, directeur général du Mont-Bélu estime que c’est un privilège pour les centres comme le sien de pouvoir ouvrir malgré la situation, bien qu’il ne s’agira pas d’une « saison normale ».

Sa station a fait l’objet d’un peu de grogne cette semaine sur les médias sociaux, après avoir annoncé qu’aucun billet saisonnier ne serait vendu cet hiver. Une décision qui s’explique par le chiffre magique de 350 personnes auquel le directeur général et son équipe sont arrivés. Soit la limite de skieurs et planchistes qu’ils pourront accueillir tout en respectant les normes de distanciation sociale.

Avec cette baisse obligée d’achalandage, combinée aux frais supplémentaires reliés à la désinfection, au nombre d’employés nécessaires pour faire respecter les restrictions sur le site et l’interdiction d’ouvrir le restaurant en zone rouge, Frédéric Perron entrevoit une baisse de revenus se chiffrant entre 50 000 et 100 000 dollars pour cet hiver.

Une situation décevante, vu l’affluence qui était envisagée.

« Habituellement on a entre 700 et 800 membres par saison, souligne-t-il. Cette année, les autres directions ont environ 30 % d’augmentation, ce qui nous amenait entre 1200 et 1300 membres. Forcément si on a juste 350 personnes qui peuvent se présenter en station, ça va marcher sur réservations. Il faut également tenir un registre de ceux qui viennent, prendre nom, téléphone et adresse, pour que la Santé publique puisse enquêter en cas d’éclosion. »

Des relais de motoneige peu optimistes

Malgré la permission d’ouvrir leurs installations, les propriétaires de relais de motoneige ne crient pas victoire pour autant. C’est qu’ils ne savent toujours pas s’ils pourront vendre nourriture et boissons, leurs seules sources de revenus.

Le Mont-Bélu sera soumis à plusieurs contraintes cet hiver.

Et la concessionnaire du relais de motoneige du Camping de Jonquière, Manon Normandeau, ne se fait pas d’illusion, elle qui se dit « pas mal certaine » qu’il ne leur sera pas permis de vendre de telles consommations.

« Disons qu’ils nous permettent d’ouvrir nos restaurants et nos bars, ceux qui sont en ville et qui ont des restaurants à l’année vont être mécontents », souligne celle qui parle d’une certaine zone grise par rapport au statut de son établissement, qui pourrait amener certains restaurateurs situés près de sentiers de motoneige à vouloir être considérés comme des relais.

Manon Normandeau n’a qu’à faire quelques calculs pour comprendre qu’une ouverture dans les conditions annoncées ne fait aucun sens pour elle et ses homologues, financièrement parlant.

« J’ai compté, juste ouvrir sans vendre rien, par mois, mes dépenses montent à 8400 dollars. Parce qu’il faut payer l’électricité, dans un relais de motoneiges la porte ouvre et ferme souvent, et la roulette d’Hydro, elle roule. Il faut payer un employé qui est là, disons 12 heures par jour, un concierge aussi, parce qu’avec les bottes, la neige, il faut nettoyer le plancher. On doit également payer notre droit au sentier, qui coûte environ 1300 dollars. »

La concessionnaire avait envisagé adapter ses installations pour se tourner vers une formule à emporter, comme lors de la dernière période estivale, en mettant par exemple des chapiteaux et en faisant des feux à l’extérieur pour permettre aux passants de se réchauffer. Mais encore une fois, ces mesures engendreraient trop de dépenses par rapport aux revenus qui en résulteraient.

« C’est sûr que moi je n’ouvre pas si j’ai à débourser comme ça. »

Un avis que partage sa consœur Cynthia Bouchard, copropriétaire du resto-bar La Grenouille.

Les relais de motoneige ne pourront probablement pas ouvrir leur restaurant.

« Si on ne peut pas vendre de boissons ou de nourriture, on ne peut pas ouvrir. On ne peut pas faire rouler une bâtisse qui a zéro rentabilité », conclut-elle.