Une période difficile pour les éleveurs du Saguenay-Lac-Saint-Jean

Bêtes trop grosses, retard dans l’abattage, maladies : les éleveurs du Saguenay-Lac-Saint-Jean sont aux prises avec plusieurs problèmes depuis le début de la pandémie.

« On va perdre des joueurs. Je sais pas qui, mais on va en perdre », explique Mario Théberge, président de l’Union des producteurs agricoles (UPA) du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Avec le confinement, les éleveurs ont pris du retard dans l’abattage des bêtes qui continuent de grossir. Cet état des faits occasionne des problèmes. « Les Saint-Hubert veulent de la volaille à deux kilos, pas plus », dit M. Théberge à titre d’exemple. Même problématique dans les épiceries : les morceaux de viande doivent avoir des dimensions précises. Résultat : le prix de la viande baisse.

Il y a deux semaines, il y avait 150 000 porcs en attente d’être abattus au Québec.

Les éleveurs doivent payer les coûts pour garder les bêtes plus longtemps. « Au lieu de loger trente bêtes, tu en as une quarantaine : après un mois y aura plus de foin », dit le président régional de l’UPA.

Cette augmentation du nombre d’animaux facilite aussi la propagation de maladies. « Le fait de mettre des porcelets avec des porcs adultes cause plus de maladies », explique Louis-Philippe Roy, deuxième vice-président des Éleveurs de porcs du Québec.

Les producteurs doivent donc dépenser pour soigner les bêtes. Celles qui finiront pas mourir ne pourront pas être vendues sur le marché. Chaque année, c’est 50 millions de dollars que doivent dépenser les éleveurs pour traiter le Syndrome respiratoire du porc (SRP).

Depuis un mois, le retard dans l’abattage est rattrapé tranquillement.

Les subventions américaines à l’agriculture font mal aux producteurs québécois. « On est dans un système à deux poids, deux mesures », explique M. Théberge. Le prix des bêtes est souvent dicté par le marché de nos voisins du sud, ce qui complique la vie des producteurs.

À la fin du mois d’avril, les éleveurs de porc du Québec pensaient devoir en venir à l’euthanasie de 100 000 bêtes en attente. Pour l’instant, les éleveurs n’ont pas eu recours à cette mesure draconienne. « On a tout fait pour ne pas en arriver là», explique Louis-Philippe Roy.

Les producteurs comptent en partie sur l’achat local pour les encourager. « Présentement, il y a une conscientisation sur l’achat local, est-ce que ça va se transposer au long terme? Je ne sais pas », affirme Mario Théberge.

Les éleveurs devront aussi composer avec la rareté de la main-d’oeuvre cet été.

Même si la tempête est en partie passée pour les éleveurs, l’incertitude demeure. Certains producteurs voient difficilement comment ils pourront payer pour la modernisation de leurs installations pour se plier aux normes.

« C’est déjà un secteur où les bénéfices sont limités, affirme M. Roy. J’en connais quelques-uns qui ont décidé de se retirer. »

En 2017, l’agriculture avait généré 23 milliards de dollars en PIB au Québec et créé 223 000 emplois. Pour le secteur du porc, c’est 2,3 milliards de dollars de retombées par année 26 000 personnes employées.