La présence de camions-citernes de la Fromagerie Boivin s’alimentant à une borne-fontaine à l’intersection des rues Beaujolais et Saint-Émile a soulevé de la suspicion chez certains citoyens.

Une pénurie d’eau potable à Sainte-Rose-du-Nord

Depuis trois semaines, le petit village de Sainte-Rose-du-Nord connaît d’importants problèmes d’eau potable. Les citoyens doivent être approvisionnés à même les bornes-fontaines de Saguenay à l’aide de camions-citernes et de bidons de 18 litres.

Le maire Laurent Thibeault avoue que depuis la mi-août, il gère une situation exceptionnelle causée par le fait que les deux puits alimentant la municipalité à même des failles rocheuses ont atteint de bas niveaux jamais vus jusqu’à maintenant. Ces puits se situent à 300 mètres de profondeur et à environ quatre kilomètres de distance du centre du village. « Selon les hypothèses émises par des hydrogéologues, il est possible qu’il y ait bouchage dans les failles attribuables à de l’ensablement. Il y a bien des hypothèses à l’effet que nos réservoirs ne suffisent plus à remplir nos puits », explique M. Thibeault.

Parmi elles, en raison de la croissance de l’affluence touristique, la consommation d’eau par tête d’habitant a augmenté considérablement. La présence de gîtes, de restaurants, d’établissements agricoles, d’un terrain de camping et d’autobus de touristes qui se rendent au quai, tout cela conjugué au fait que le mois d’août a été passablement sec, ont pu contribuer à la baisse des niveaux d’eau. Selon les données fournies, les puits, qui sont remplis au maximum à un niveau de 100 mètres, descendent habituellement à un niveau de 50 mètres en période estivale. Au milieu du mois d’août, le niveau était à 17 mètres, une situation où les pompes cessent de fonctionner afin d’éviter qu’elles ne se détériorent par échauffement.

Gestion de crise

Devant la situation, M. Thibeault avoue qu’il n’a eu d’autre choix que de gérer une crise afin de poursuivre l’approvisionnement de la municipalité en eau potable. « J’ai demandé à notre directrice générale de rentrer de vacances prématurément. J’ai communiqué avec la ministre (Andrée) Laforest pour tenter de débloquer de l’argent afin de creuser de nouveaux puits à même le programme de la taxe sur l’essence. Nous avons embauché un géologue et nous avons eu la collaboration des fonctionnaires, de la Sécurité civile et du député François Tremblay. On n’a pas arrêté depuis une semaine », explique-t-il.

Depuis plus d’une semaine, des camions-citernes transportent régulièrement de l’eau potable en direction de Sainte-Rose-du-Nord.

Pour recharger les puits asséchés, Sainte-Rose-du-Nord a demandé la collaboration de Saguenay afin de lui fournir des camions-citernes capables de transporter de l’eau répondant aux normes sanitaires, des équipements dont ne dispose pas la Ville.

Au cabinet de la mairesse Josée Néron, la porte-parole Cindy Girard a indiqué qu’il avait été suggéré de faire appel à des transporteurs de produits laitiers comme Nutrinor ou la Fromagerie Boivin. Saguenay s’est montrée disposée à fournir l’eau gracieusement à même les bornes-fontaines du secteur nord, dont une se situe à l’angle des rues Beaujolais et Saint-Émile.

C’est ainsi que, régulièrement, des camions-citernes de la Fromagerie Boivin transportent quotidiennement 36 000 litres d’eau vers les réservoirs de Sainte-Rose-du-Nord. Pour répondre aux besoins de consommation domestique, les citoyens ont également accès à des contenants de 18 litres d’eau potable, précise M. Thibeault.

Il ajoute que la situation de pénurie perdure encore puisqu’il est impossible de recourir aux services de puisatiers privés, ceux-ci étant fort occupés pendant la période estivale. Lundi prochain, des travaux de forage auront lieu pour remédier à la situation.

M. Thibeault mentionne que la situation est sous contrôle puisque personne n’a manqué d’eau, même si des avis de réduction volontaire de consommation ont été émis à la population.

DES CITOYENS INQUIETS 

(Pierre-Alexandre Maltais) Une dizaine de citoyens préoccupés par le problème d’approvisionnement en eau potable de leur municipalité se sont réunis pour exprimer leurs inquiétudes, mercredi soir, à la salle communautaire de Sainte-Rose-du-Nord.

« Les citoyens sont inquiets. On est entourés d’eau et on manque d’eau », a exprimé l’une des résidantes de l’endroit, Marie Blackburn. 

Le maire de la municipalité, Laurent Thibault, avait convié ses concitoyens mercredi soir pour répondre aux questionnements concernant le fait que Sainte-Rose-du-Nord soit forcée de s’approvisionner en eau potable via le réseau d’aqueduc de Chicoutimi-Nord, faute de réserves suffisantes dans les deux puits de la localité. Selon les données fournies par la mairie, il semble que la consommation d’eau atteigne un pic de 191 000 litres par jour au plus fort de la saison touristique, soit un rythme insoutenable pour subvenir aux besoins locaux. 

Le maire de Sainte-Rose-du-Nord, Laurent Thibault, a répondu aux questions de ses concitoyens mercredi soir.

« On est un des villages avec la plus grande consommation d’eau par habitant », a ainsi lancé le maire Thibault. 

Il a aussi indiqué que sa municipalité aurait droit à du financement de la part du fédéral de l’ordre de 300 000 $ pour trouver une solution au problème, qui passera probablement par l’ajout d’un puits supplémentaire advenant le cas où cette avenue soit choisie au terme des études menées par l’hydrogéologue embauché par la municipalité. 

Chose certaine, il n’est « pas question » d’utiliser l’eau de surface ni de puiser dans la nappe phréatique sous le village pour trouver de l’eau fraîche, a confirmé le maire Thibault. 

Parmi les citoyens présents mercredi, certains ont proposé certaines idées pour tenter de freiner la consommation d’eau locale. L’utilisation accrue des toilettes publiques sèches, comme ce fut le cas cet été dans le secteur du quai, a eu une bonne réception parmi les citoyens présents. 

La sensibilisation citoyenne à l’importance de ne pas gaspiller l’eau, par exemple en installant des toilettes à faible débit dans les maisons, a aussi été soulevée.

Une dizaine de résidants de Sainte-Rose-du-Nord se sont déplacés mercredi pour exprimer leurs inquiétudes.