La clinique vétérinaire Sagamie d’Alma peine à répondre à sa clientèle.
La clinique vétérinaire Sagamie d’Alma peine à répondre à sa clientèle.

Une pénurie de vétérinaires en région ralentit les consultations

Katherine Boulianne
Katherine Boulianne
Le Quotidien
Vous avez tenté de faire soigner Pitou ou Minou ces derniers temps, mais incapable d’obtenir un rendez-vous à votre clinique vétérinaire locale ? Rassurez-vous, vous n’êtes pas les seuls à devoir attendre patiemment qu’une place se libère.

« Actuellement, c’est trois semaines d’attente chez nous », répond la vétérinaire responsable des animaux de compagnie à la clinique vétérinaire Sagamie d’Alma, Dre Karol’Ann Gilbert. Celle-ci admet que ce délai est beaucoup trop long pour une consultation. Mais la clinique n’a pas d’autres choix, la main d’œuvre se fait rare. « Les gens sont impatients quand on leur dit que le rendez-vous sera peut-être seulement dans un mois. Nous aimerions qu’ils soient compréhensifs avec nous. Nous comprenons que la situation n’est pas facile en raison de l’attente et des mesures supplémentaires imposées partout, mais nous inventons des plages horaires pour essayer de recevoir tout le monde », explique Dre Gilbert.

Des treize vétérinaires qui pratiquent pour la clinique Sagamie, seulement deux d’entre eux sont dédiés aux animaux de compagnie, et la tâche est importante. « Nous nous occupons de la chirurgie, ainsi que de la médecine et des consultations », précise-t-elle. Bien que la solution évidente d’engager un vétérinaire supplémentaire s’impose d’elle-même, c’est beaucoup plus facile à dire qu’à faire... « Le manque de médecins vétérinaires en région est un problème qui dure depuis longtemps. La particularité ici, c’est que nous sommes loin des centres de référence des grandes villes, donc nous sommes obligés d’offrir un service d’urgence 24 heures sur 24. Ça demande une grande disponibilité pour un vétérinaire. En région il faut en faire plus et se débrouiller, c’est pour ça que ça fait peur à la relève, je crois », ajoute Karol’Ann Gilbert.

La docteure en médecine vétérinaire, Karol’Ann Gilbert

Lors du passage du Quotidien, une visite des locaux permet de constater que les coulisses de l’hôpital vétérinaire ont de quoi impressionner : bloc opératoire, dentisterie, équipement à la fine pointe de la technologie... Ce n’est pas le manque d’installations qui nuit au recrutement de personnel. « Ça fait partie de nos points forts ici. On sait que c’est plus agréable pour les vétérinaires de travailler avec de bons équipements », explique Dre Gilbert.

N’empêche que ça ne semble pas encore suffire pour attirer de la relève à l’établissement du chemin du Pont-Taché. Pourtant, toutes sortes de tactiques ont été tentées. Le coordonnateur de la clinique, Anthony Martel, raconte partager régulièrement des offres d’emplois, mais les candidatures n’arrivent pas. « J’ai participé récemment à une activité, un peu du type “speed-dating”, pour rencontrer plusieurs vétérinaires. Aucun n’a donné son nom après les entretiens. »

La clinique Sagamie n’est pas la seule à ramer pour trouver du personnel supplémentaire. Cette problématique de pénurie de main-d’œuvre est confirmée par l’Association des médecins vétérinaires du Québec. Son responsable des communications, et docteur en médecine vétérinaire, Michel Pépin, apporte toutefois une correction. « Il y en a de la relève chez les vétérinaires, mais ils vont tous dans les grands centres. Il n’est pas rare de voir 30 ou 40 offres d’emplois publiées par des cliniques régionales, et personne qui ne répond à aucune d’entre elles. »

Alors que la réponse au problème se retrouve peut-être dans la formation d’un plus grand nombre de finissants, un projet pilote amène de l’espoir. « L’Université du Québec à Rimouski pourrait bientôt offrir la formation en médecine vétérinaire, en collaboration avec l’Université de Montréal. Mais comme le projet est encore en cheminement, il y en a encore pour huit à dix ans avant de voir des finissants sortir de cette école », explique M. Pépin. Celui-ci termine par contre sur une note positive. « Avec la COVID-19, les grandes villes sont devenues moins attirantes pour beaucoup de gens. Peut-être que l’appel de la nature et des grands espaces amènera plus de vétérinaires à vouloir pratiquer en région. »