Une pénurie de suppléants

Les écoles du Saguenay-Lac-Saint-Jean font face à une pénurie d’enseignants suppléants. Une pénurie qui bouscule le quotidien de bien des professeurs du primaire et secondaire. Des vacances refusées, des formations annulées, des enseignants réguliers qui doivent remplacer dans d’autres classes. Les directions des commissions scolaires doivent prendre des décisions parfois difficiles pour maintenir les services d’enseignement.

« On est en effet dans une situation particulière. Les gestionnaires doivent refuser des congés. On a jamais vu ça. On doit aussi demander à des enseignants réguliers de faire de la suppléance. Des formations pour les enseignants ont même été annulées, car on ne trouvait pas de suppléants pour remplacer ces enseignants », donne en exemple Sylvain Ouellet, directeur général de la Commission scolaire du Pays-des-Bleuets.

Ce dernier précise toutefois que les demandes de congés pour des raisons maladies ou familiales ne peuvent être refusées. Des demandes qui ont d’ailleurs drastiquement augmenté.

« Il y a un manque de suppléants. Mais il faut également dire que les demandes de congé pour des raisons de soutien familial ont explosé. Les demandes de congé sans solde également. Par exemple, un congé de maternité prolongé ou un congé pour s’occuper de parents âgés. Ça explique une partie de la situation, mais c’est multifactoriel (voir autre texte) », ajoute M. Ouellet. 

Cette situation, la plupart des établissements d’enseignement de la région la vivent, de Saint-Félicien, à Alma en passant par Jonquière et La Baie.

« C’est un phénomène qui touche tout le monde et qui nous force à modifier nos façons de faire. Par exemple, on compensait en temps les enseignants qui s’impliquaient dans le parascolaire. Maintenant, on ne peut plus, car on n’a pas suffisamment de suppléants pour combler ce temps. On compense donc en argent. On fait également affaire avec des organismes externes pour nous aider dans le parascolaire. On va chercher tout ce qu’on peut aller chercher », commente Christine Flaherty, directrice générale adjointe à la Commission scolaire Lac-Saint-Jean.

Système de dépannage

Les écoles du Saguenay font face aux mêmes défis et les enseignants réguliers se voient de plus en plus obligés à remplacer dans d’autres classes pendant leurs périodes « libres », qui sont des périodes normalement prévues pour la préparation des classes.

« C’est un système de dépannage qui existe dans la convention collective. Ç’a toujours été là, mais ça n’a jamais vraiment été utilisé. On n’en a jamais eu besoin. Mais là on voit que ça commence à apparaître. Et évidemment, pour certains enseignants, ça ne fait pas leur affaire. Ils ont moins de temps pour préparer leurs cours », pointe Aline Beaudoin, présidente du Syndicat de l’enseignement du Saguenay.

La pénurie se fait particulièrement sentir dans les écoles secondaires et en anglais. Des professeurs qui n’ont pas étudié en enseignement de la langue seconde enseignent cette matière dans certaines écoles. 

« Les écoles ont deux choix devant cette pénurie. Les directions prennent des gens légalement qualifiés en enseignement, mais qui n’ont pas étudié dans ce champ de compétence. Par exemple, une enseignante du primaire qui a des connaissances en anglais peut enseigner. Ou, il y a l’option d’une tolérance d’engagement envers une personne qui a des compétences en cette matière, mais qui ne détient pas de qualifications pédagogiques. Donc une personne qui n’a pas étudié en enseignement », précise Mme Beaudoin.

Une situation qui a changé

Il y a quelques années à peine, les listes de suppléants en région étaient bien garnies. Elles ont baissé de moitié dans certaines commissions scolaires, alors que le nombre d’élèves est demeuré stable. Que s’est-il passé ?

Plus de postes 

Plusieurs facteurs expliquent le phénomène, notamment la création de nouveaux postes dans les écoles. Dans le dernier budget provincial, le gouvernement a autorisé l’ajout de « mesure dédiée, protégée ». 

« Chez nous, ça s’est concrétisé par 17 nouveaux emplois à temps complet. Ce qui est une excellente nouvelle pour les élèves », note Sylvain Ouellet de la CS du Pays-des-Bleuets, précisant que ce sont des suppléants qui ont comblé ces postes. 

« Il y a quelques années à peine on avait plus de suppléants. Mais la situation a changé. Notre banque est passée de 96 à 56 personnes. L’ajout de ressources explique en partie cette baisse. Heureusement, notre système de suppléance est centralisé, ce qui permet d’optimiser nos ressources », précise Mme Flaherty de la CS Lac-Saint-Jean. 

La direction de la CS du Pays-des-Bleuets compte d’ailleurs centraliser son système de suppléance pour être plus efficace. 

Moins de finissants

L’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) enregistre une baisse du nombre d’étudiants en enseignement. Cette année, 70 finissants (18 au campus de Sept-Îles) sortiront du programme en enseignement préscolaire et primaire. En enseignement des langues secondes et au secondaire, respectivement 15 et 21 étudiants termineront en 2018.

L’enseignement en éducation physique demeure la matière la plus populaire avec 34 finissants en 2018.

« Il est vrai que nous constatons depuis quelques années une diminution importante des inscriptions dans la plupart de nos programmes en enseignement. Préoccupée par la situation, la direction a déjà mis en branle un plan visant à recruter davantage d’étudiants dans les programmes en éducation, mais souhaite également mettre de l’avant différentes mesures visant à valoriser la profession d’enseignant », confirme Marie-Karlynn Laflamme, porte-parole de l’UQAC.

Les conditions et la valorisation

Comme le précise la porte-parole de l’UQAC, l’enseignement doit être davantage valorisé pour attirer des étudiants. Dans les dernières années, les perspectives n’étaient pas alléchantes pour les jeunes, 

« Pour obtenir une permanence, c’était pratiquement un parcours du combattant. La traversée peut être longue, ce qui a pu décourager des jeunes. Il y avait eu une baisse de clientèle dans les écoles, ce qui a fait en sorte qu’on a perdu des enseignants. Mais là, c’est stable et il y a des départs à la retraite », encourage M. Ouellet.

« Les conditions d’enseignement ne sont pas aussi attirantes qu’avant. On a de bons salaires, mais ça pourrait être mieux. Les enseignants ont aussi moins les coudées franches », croit pour sa part la présidente du Syndicat de l’enseignement du Saguenay, Aline Beaudoin.

Démographie

Comme tous les autres secteurs, l’enseignement n’est pas épargné par les défis démographiques de la région. Le nombre de jeunes professionnels est insuffisant pour pallier aux départs à la retraite dans plusieurs secteurs.

« On a des difficultés de recrutement non seulement en enseignement. Mais dans tous nos secteurs dans notre organisation. Pour s’assurer de notre relève de cadres, on a récemment monté une banque de noms. Pour 11 postes, on a reçu 44 CV. Ça fait quatre candidats par poste. C’est très peu. Et en pénurie, c’est tentant de prendre la personne du coin. Mais on ne peut pas, on parle d’éducation, d’enseignement. On a un souci de recruter des gens de qualité, enthousiaste envers ce travail. On travaille avec des humains », mentionne Sylvain Ouellet.