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Une pénurie de pharmaciens au CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean

Marc-Antoine Côté
Marc-Antoine Côté
Le Quotidien
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Sur 50 postes de pharmaciens au CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean, 12 restaient encore à combler au printemps. C’est le résultat d’une instabilité salariale qui perdure depuis plus de 20 ans pour cette profession au public, et qui rend difficile la compétition contre les bannières privées.

Ce taux de pénurie de 23%, démontré par l’Enquête annuelle de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec (APES), n’est pas propre à la région, lui qui se chiffre à 19% à l’échelle de la province. Il ne date pas non plus d’hier, alors qu’il était de 21% en 2019.

En fait, il faut remonter au début des années 2000 pour comprendre cette situation. À cette époque, la croissance considérable du volume d’ordonnances pousse le privé à hausser ses rémunérations, jusqu’à atteindre une différence salariale de 40 000 $ par année avec le public, à un certain moment.

« Ils sont venus chercher des jeunes sur les bancs d’école littéralement, en leur faisant signer dès leur entrée dans le programme de pharmacie à l’université des contrats les engageant à aller travailler pour eux à la sortie de leurs études. Et là c’est venu compétitionner avec nous qui tentions d’attirer ces mêmes jeunes-là vers le programme de maîtrise, parce que pour travailler dans les établissements de santé, idéalement, ça prend une maîtrise et c’est deux ans d’études supplémentaires », explique Linda Vaillant, pharmacienne et directrice générale de l’APES.

La pénurie observée depuis quelques années se veut une conséquence directe du creux de vague enregistré de 2000 à 2007. Des mesures de rémunération, progressivement mises en place par le gouvernement du Québec entre 2006 et 2012, sont au moins venues corriger le tir, rendant le salaire un peu plus « compétitif » dans les établissements de santé.

Linda Vaillant, pharmacienne et directrice générale de l’APES

Sauf que le statut temporaire de ces mesures semble éternel. Elles ont notamment dû être renégociées à la fin de l’entente de travail en mars 2020. Puis une autre fois à la fin septembre, pour n’être finalement reconduites que jusqu’au 31 octobre. À chaque fois, l’APES doit convaincre le gouvernement de leurs bienfaits. Et ce, même si un rapport réalisé conjointement par les deux partis arrivait à la conclusion, à l’automne 2019, que ces mesures salariales étaient « pertinentes » et « utiles ».

Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, elles peuvent représenter jusqu’à 30% du salaire d’un pharmacien en établissement. C’est donc près du tiers de la rémunération annuelle qui reste à la constante merci d’une future négociation.

« C’est difficile d’attirer les jeunes. Qui va s’engager dans un emploi en se faisant dire que le tiers de son salaire est temporaire, et qu’on ne sait pas ce qui va arriver après l’échéance ? [...] Chaque fois qu’il y a des débats autour du renouvellement, on envoie un message négatif à la relève. En 2020, il y a des jeunes qui ont décidé de ne pas se diriger vers le programme de maîtrise parce que ça les a inquiétés. Ils ont pris conscience du caractère temporaire du salaire et se sont dit que ça ne les intéressait pas. »

Si l’APES « tire la sonnette d’alarme », c’est que la pénurie nuit à la couverture de soins pharmaceutiques dans les établissements publics comme les CHSLD et les hôpitaux. À travers le Québec, par exemple, ce sont la moitié des salles d’urgence qui n’ont pas de pharmacien. De ce manque de personnel découlent ensuite plusieurs problématiques, à commencer par l’augmentation des risques d’incidents et d’accidents médicamenteux, l’allongement de la durée moyenne des hospitalisations et des coûts supplémentaires pour le système de santé.

À l’aube d’une autre négociation avec le gouvernement du Québec pour le renouvellement de l’entente de travail, l’APES croit l’occasion « rêvée » pour régler le problème une fois pour toutes.

« On ne demande pas plus d’argent à l’État. On veut que cette rémunération-là soit stable. Qu’on puisse dire aux jeunes que c’est ça leur salaire. On espère que le gouvernement va être prêt à se mettre à la table et à régler ça avec nous », affirme Linda Vaillant.