Dre Johanne Harvey

Une pédiatre s'inquiète de la condition physique des jeunes

Les conclusions de la vaste étude du professeur Mario Leone de l'UQAC sur l'état de santé des jeunes Québécois, révélant que le VO2 MAX est moins performant qu'en 1982, illustrent avec beaucoup de justesse ce que les pédiatres constatent en cabinet. La responsable de la clinique de l'Adolescence de l'hôpital de Chicoutimi, la pédiatre Johanne Harvey, ne serait pas surprise que la situation soit pire que celle décrite par le chercheur.
« Les chiffres que nous avons ne comprennent pas les décrocheurs qui ne sont plus à l'école », tranche la pédiatre qui accueille ce constat avec un certain « découragement ». Elle a vu la situation se détériorer, au cours des 15 dernières années, alors que la clinique qu'elle supervise a été dans l'obligation d'abaisser l'âge des jeunes admis de 12 à 10 ans puisque les problèmes alimentaires atteignent des enfants de plus en plus jeunes.
« On voit des cas où un jeune de 15 ans a besoin de trois pilules pour contrôler l'hypertension, le diabète de type 2 et le cholestérol », affirme la pédiatre qui a consacré une partie de sa carrière aux troubles alimentaires et à l'obésité. Certes, reprend celle-ci, il y a une problématique dans les milieux défavorisés, mais les problèmes reliés à l'inactivité, la mauvaise alimentation et la sédentarisation accrues chez les jeunes sont présents dans toutes les classes sociales.
Risque intergénérationnel
Le constat réalisé par le professeur Leone dans la catégorie des adolescentes en milieu défavorisé attire l'attention du médecin. Ce sont de futures mères qui risquent d'être en mauvaise santé rapidement et surtout de reproduire des comportements. Aujourd'hui, reprend Johanne Harvey, on travaille pour que les bonnes habitudes de vie commencent au moment de la grossesse. Il y a à ses yeux dans ce constat un enjeu énorme de santé publique qui est à nos portes et qu'il faudra traiter, sans quoi on risque de se retrouver comme société avec des conséquences difficiles à mesurer.
« On doit faire le constat que les différents programmes ou mesures mis en place ne permettent pas d'atteindre ces clientèles », poursuit la pédiatre. Dre Harvey croit fortement à l'instauration de mesures spécifiques et adaptées aux différents milieux. Ce qui ne veut pas dire d'abandonner les grandes politiques comme les cours d'éducation physique obligatoires dans les écoles dispensées par des enseignants qualifiés.
« Quand on parle à un jeune, on se rend compte qu'il ne fait jamais l'heure prévue au programme. C'est souvent moins que ce qui est au programme, sans parler qu'il peut passer une partie du cours assis sur un banc. »
La pédiatre comprend, à la décharge des parents, que la vie d'aujourd'hui impose un rythme difficile à soutenir et surtout, laisse peu de temps pour des pauses en famille. « On peut juste se fixer comme objectif de prendre un bon repas en famille sans être dérangé par autre chose. Le petit déjeuner doit aussi demeurer un moment sacré. Tout commence par un bon petit déjeuner et on doit surtout maintenir ce service qui existe dans les écoles. C'est la base », plaide la médecin.
Le rôle des parents
L'école a un rôle à jouer dans cette prise de conscience pour corriger la situation, mais les parents sont définitivement les personnes les plus importantes. Les enfants ont besoin, selon elle, de modèles et il n'est pas interdit d'imposer aux enfants des règles pour les amener à faire plus d'activités. « C'est rendu que l'on voit des enfants de moins de deux ans passer beaucoup de temps devant des tablettes alors que la recommandation médicale est d'éviter de les exposer à ces écrans. »
Les parents ont aussi le pouvoir d'agir pour la nutrition. La pédiatre évoque les jus de fruits santé Oasis qui renferment des quantités impressionnantes de sucre. Il est facile de les remplacer par de l'eau : « Ça doit être une récompense occasionnelle. »
Malgré les chiffres décourageants révélés au cours des dernières semaines, Johanne Harvey maintient qu'il faut poursuivre les initiatives et surtout les recherches pour identifier des solutions efficaces pour intervenir auprès des jeunes et des familles.