À quelques jours de la retraite, l’inspecteur Denis Gilbert a patrouillé avec sa fille Marie-Ève, mercredi.
À quelques jours de la retraite, l’inspecteur Denis Gilbert a patrouillé avec sa fille Marie-Ève, mercredi.

Une patrouille père-fille au Service de police de Saguenay

L’inspecteur Denis Gilbert, responsable de la division des enquêtes criminelles au Service de police de Saguenay (SPS), a troqué son bureau pour l’autopatrouille, mercredi matin. Comme le veut la tradition, à quelques jours de la retraite, il a eu le bonheur de patrouiller avec sa fille Marie-Ève, policière depuis cinq ans.

Denis Gilbert a eu la puce à l’oreille quand il l’a vue arriver en même temps que lui dans le stationnement du Quartier général, à Arvida – Marie-Ève patrouille habituellement dans le secteur de La Baie. Même s’il a vu des collègues travailler avec leur enfant dans le passé à la veille de leur retraite, il dit quand même avoir été surpris de pouvoir le faire. Sous le regard amusé de ses collègues, il a donc revêtu l’uniforme de patrouilleur – qu’il n’avait pas porté depuis 14 ans – pour passer la journée avec Marie-Ève. Rencontrés sur l’heure du dîner, ils semblaient avoir du plaisir, eux qui ont dû répondre à quelques appels lors de l’avant-midi qui a été assez tranquille.

« On est la semaine, un mercredi, donc c’est quand même calme. Mais ça peut changer vite ! », précise M. Gilbert.

À quelques jours de la retraite, l’inspecteur Denis Gilbert a patrouillé avec sa fille Marie-Ève, mercredi.

Le policier a commencé sa carrière en 1986, à Jonquière. En 34 ans de services, il dit avoir vécu toutes sortes d’expériences. Difficile pour lui, donc, de discuter d’un événement en particulier. Oui, il a connu des drames, des accidents mortels, et même l’époque plus active du crime organisé avec les Missiles du Saguenay, rappelle-t-il. « Ils faisaient sentir leur présence et on faisait sentir la nôtre. On agissait pour assurer la sécurité de la population », dit-il.

« En 1988, j’ai vécu le tremblement de terre, le déluge en 1996, la fusion en 2002 et j’ai été gestionnaire pour le G7 de Charlevoix en 2018 », énumère-t-il, tout en précisant que la pandémie actuelle n’a pas de lien avec sa retraite.

Il mentionne toutefois que la fusion de 2002 a été tout un défi, car il a fallu ramifier les trois corps policiers de Chicoutimi, Jonquière et La Baie. Mais ça s’est fait avec « succès », assure-t-il.

En écoutant son père raconter les grands événements de sa carrière, Marie-Ève était très émue, devant même refouler quelques larmes. Elle a avoué que le fait de le voir évoluer comme policier, quand elle était jeune, n’est pas étranger à son choix de carrière. « Au fil des ans, ça m’a donné envie de faire la même chose », a dit celle qui embarquera sur une équipe de patrouilleurs auxiliaires cet été.

Veut-elle faire carrière aux enquêtes criminelles, comme son père ? Encore trop tôt pour le dire. Elle préfère acquérir de l’expérience et toucher différentes facettes du métier avant de prendre une décision.

« C’est important de faire de la patrouille pour se positionner », renchérit Denis Gilbert, qui dit ne pas avoir connu la pression des réseaux sociaux, à l’époque.

À quelques jours de la retraite, l’inspecteur Denis Gilbert a patrouillé avec sa fille Marie-Ève, mercredi.

« Il faut toujours prendre en considération qu’on peut être filmés », ajoute pour sa part Marie-Ève.

Santé mentale

Outre les réseaux sociaux, quand on lui demande ce qui a changé dans le métier, Denis Gilbert parle rapidement de santé mentale. Le matin, lorsqu’il décortique les appels qui sont entrés dans les heures précédentes, il constate que plusieurs cas ont été traités par les patrouilleurs pendant la nuit.

Mais pourquoi est-ce différent ? « Je ne sais pas. Avant, ils étaient peut-être plus pris en charge », suppose-t-il, ajoutant qu’il faut des qualités pour ce genre d’intervention.

Marie-Ève renchérit rapidement. « Nous faisons beaucoup de relations d’aide », dit-elle, avançant même que le fait d’être une femme peut parfois rassurer certaines personnes, notamment les victimes de violence conjugale.

Elle assure toutefois qu’elle ne sent pas de préjugés ou de discrimination face à son sexe. Oui, elle admet que certaines policières ont pu « avoir ça dur » dans le passé, mais elles sont aujourd’hui une quarantaine de femmes au Service de police de Saguenay et ça se passe bien, souligne-t-elle, ce que confirme son père.

« Comme dans tous les métiers, le temps a arrangé les choses. Certaines policières ont battu les sentiers pour celles qui ont suivi », a dit M. Gilbert.

Et qu’est-ce qui attend le nouveau retraité ? « Un été de vacances, du plein air, le chalet et profiter de la famille », conclut celui qui, visiblement, n’aime pas trop être le centre de l’attention !