L'achat local est populaire dans le contexte de la pandémie de COVID-19.
L'achat local est populaire dans le contexte de la pandémie de COVID-19.

Une nouvelle façon de consommer

Thomas Dufour
Le Quotidien
Le marketing ne sera peut-être jamais plus comme avant. La pandémie de COVID-19 a changé les habitudes des consommateurs ainsi que les stratégies des agences de publicité.

Les gens ont des comportements plus responsables qu’avant, selon Myriam Ertz, professeure de marketing à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC). Hormis le recyclage – pour lequel on ne remarque pas d’amélioration –, tous les autres comportements semblent avoir progressé dans la population.

« Celui qui est ressorti le plus, c’est achat local, explique Mme Ertz. Les gens consomment moins aussi. »

Une question persiste : ces comportements dureront-ils dans le temps ? Cela reste à voir selon la chercheuse. Il faudra que trois conditions soient remplies.

Un : les consommateurs devront rester motivés à suivre ces changements. « Ça prend 30 jours changer une habitude. C’est certain qu’il y aura des comportements résiduels après la pandémie. »

Deux : il faudra que les entreprises encouragent leurs clients à adopter des habitudes responsables. « À part de la promotion beaucoup plus forte de l’achat local, il n’y a pas eu beaucoup de changement à ce niveau-là. » À titre d’exemple, Maxi et IGA ont lancé de larges campagnes de publicité pour inciter à manger des aliments de producteurs locaux.

Trois : il faudra que le milieu politique légifère pour interdire certaines pratiques. « Les gouvernements peuvent, par exemple, obliger les producteurs à récupérer les contenants vides. »

Un boum

À l’agence de publicité Saguenay Média, le téléphone ne dérougit pas. Depuis le début de l’été, l’entreprise enregistre des mois records. « On a du travail pour au moins sept mois encore », explique Mathieu Gilbert-Tremblay, conseiller en développement numérique.

Saguenay Média est passée de sept à huit employés pendant la pandémie et est en démarche pour embaucher une autre personne.

Les gens ont des comportements plus responsables qu’avant, selon Myriam Ertz, professeure de marketing à l’UQAC.

L’Agence Polka, de Saguenay, a gardé la plupart de ses clients. « Certains ont réduit leur budget. On a remodelé des campagnes, mais personne n’a annulé », indique Stéphane Riverin, directeur associé de l’agence.

Les activités de l’entreprise se déroulent rondement.

Changements de stratégie

C’est un fait connu : les jeunes achètent beaucoup en ligne. Avec la pandémie, ce sont les tranches plus âgées de la population qui ont investi le Web.

Le milieu des affaires a dû s’adapter. Pour beaucoup de petites et moyennes entreprises du Saguenay–Lac-Saint-Jean, la crise a été l’occasion de faire leur entrée sur le Web. « Beaucoup de PME voyaient leurs concurrents faire de la pub, à l’Agence Polka. Si ton voisin est debout et toi, tu es couché, il faut que tu fasses quelque chose », explique Stéphane Riverin.

La filiale Web de Polka, Arsenal Web, a été ensevelie sous les demandes de création de sites Internet. Les employés ont aussi donné plusieurs formations à des entrepreneurs pour leur montrer les rudiments du marketing en ligne. Ces formations étaient encouragées par les Sociétés d’aide au développement des collectivités (SADC), qui ont débloqué un budget pour que les entreprises se modernisent.

Ce n’est pas parce que le Web a pris une place importante qu’on assiste à la mort de la publicité traditionnelle, croit Stéphane Riverin.

Les journaux n’ont jamais été aussi lus ; la télévision jamais aussi regardée.

« Les gens étaient chez eux. Ils étaient captifs et avaient plus de temps. »

Pour ce qui est des panneaux publicitaires, la demande est moins forte qu’avant. « J’avais signé des contrats pour des affiches dans les rues avant la pandémie, affirme Mathieu Gilbert-Tremblay. On a décidé de retarder. »

Certains ont choisi de rassurer leurs clients, surtout au début de la crise. Plusieurs entreprises ont opté pour le désormais célèbre slogan « Ça va bien aller ». « On ne parlait pas d’eux autres pour vendre quelque chose, mais pour envoyer un message positif », dit M. Riverin.

La pandémie marquera aussi peut-être la fin de l’argent comptant. « Il y a eu une très forte hausse de l’utilisation de l’argent électronique », explique la professeure Myriam Ertz.