Robert Michaud était de passage au Cercle de presse du Saguenay, jeudi, pour parler de la situation des bélugas du Saint-Laurent.

Une meilleure cohabitation grands projets et bélugas souhaitée

La protection du béluga doit être prise en considération dans la concrétisation des grands projets industriels appelés à se développer à Saguenay. Et au lieu de se lever en faux contre ces potentiels développements qui risquent d’augmenter le trafic maritime dans le fjord du Saguenay, Robert Michaud préfère trouver des pistes de solution vers une meilleure cohabitation.

Le directeur scientifique et président du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM) était de passage au Cerle de presse du Saguenay, jeudi matin, pour parler du sujet. Celui qui étudie le comportement des populations de bélugas dans le fleuve Saint-Laurent et à l’embouchure de la rivière Saguenay depuis 35 ans a pu remarquer qu’entre 2012 et 2016, le mammifère marin est passé d’une espèce menacée à une espèce en voie de disparition.

Le scientifique ne s’est pas prononcé contre les projets de Métaux BlackRock, d’Arianne Phosphate ou de GNL Québec. Il a rappelé que le GREMM est un organisme qui offre un regard objectif de la situation.

« La situation actuelle des bélugas n’a rien à voir avec le projet GNL Québec ; il n’est pas encore construit, a laissé tomber Robert Michaud. Les bélugas ne vont pas bien depuis un certain temps. Il faut y voir. Il faut éviter de sauter aux grandes conclusions et de faire des titres à grande sensation. »

M. Michaud a soulevé les trois principales menaces qui pèsent sur la survie du béluga, soit les changements climatiques, qui provoquent un manque de nourriture, la présence de contaminants dans l’eau et les bruits. Un milieu calme est nécessaire au bon développement du béluga, un animal essentiellement acoustique.

En ce sens, la diminution du bruit est un facteur auquel il est possible de s’attaquer, selon Robert Michaud. Le GREMM travaille sur des modèles de simulation pour étudier les déplacements des bélugas, dans une volonté d’offrir un environnement moins bruyant aux populations. Le bruit a des répercussions importantes chez l’animal, provoque du stress, empêche une communication efficace et nuit à la recherche de nourriture.

« Est-ce que réduire le bruit en augmentant le trafic maritime est possible ?, s’est questionné Robert Michaud. On a besoin de bonnes sciences pour obtenir des estimations concrètes des options possibles. On a également besoin d’avoir des outils pour évaluer les impacts des projets industriels. »

Le partage de navire, la diminution de la vitesse près des habitats du béluga et le passage des bateaux par convoi sont parmi les possibilités pour diminuer les impacts sonores.

« Nous avons des données probantes qui prouvent qu’un bateau qui navigue moins vite fait moins de bruit, mais il faut poursuivre les recherches pour obtenir plus de données », a exprimé le scientifique.

La population actuelle de bélugas dans le Saint-Laurent et le Saguenay est chiffrée à 889 par le GREMM. L’organisme dénote une diminution d’un à 1,5 pour cent par année, ce qui fait en sorte que le nombre n’a pas vraiment augmenté depuis les 30 dernières années. Robert Michaud a expliqué qu’en temps normal, un peuplement en santé aurait dû doubler au cours de la même période.

L’augmentation du taux de mortalité chez les nouveau-nés et chez les femelles enceintes a toutefois ralenti l’augmentation du nombre de bélugas.

Un pont à Tadoussac

Robert Michaud a été appelé à commenter le projet d’un pont reliant Baie-Sainte-Catherine et Tadoussac, à l’embouchure du Saguenay-Saint-Laurent. Le président du GREMM a convenu que la présence d’un pont diminuerait considérablement le bruit provoqué par les traversiers qui font des allers-retours constants entre les deux rives.

« Cet endroit est un habitat très important pour le béluga », a rappelé M. Michaud, ajoutant que le travail du GREMM n’était pas de joindre sa voix aux groupes qui militent en faveur d’un projet de pont.