La Jonquiéroise Louise Bouchard a passé cinq heures dans une cellule du Quartier général du Service de police de Saguenay et estime que sa détention n’était pas justifiée.

Une Jonquiéroise estime avoir été détenue illégalement

La Jonquiéroise Louise Bouchard estime avoir subi un traitement inhumain et s’est sentie « comme un animal, comme un chien en cage », après avoir été envoyée dans une cellule durant cinq heures au Quartier général du Service de police de Saguenay (SPS).

L’accusée de 53 ans demande un arrêt des procédures dans son dossier de conduite avec les facultés affaiblies, estimant avoir été détenue illégalement.

La requête en arrêt des procédures s’est terminée, mercredi, devant le juge Pierre Simard, de la Cour du Québec. Le magistrat, qui a pris l’affaire en délibéré, a entendu deux policiers dans cette histoire, le témoignage de l’accusée et les plaidoiries de Me Karen Inkel, du bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), et de Me Charles Cantin, en défense.

Le 29 janvier 2017, la conductrice est interceptée par les policiers de Saguenay sur le boulevard du Royaume, à Chicoutimi.

Au moment de l’interception, les agents remarquent des signes de facultés affaiblies et procèdent à l’arrestation de la conductrice.

Amenée au poste de police de Jonquière, Louise Bouchard est invitée à souffler dans l’appareil de détection d’alcool. Elle échoue le test à deux reprises, soufflant des taux de ,141 et de ,134.

Mercredi, la cliente de Me Cantin a témoigné à l’effet qu’elle a collaboré avec les policiers, savait ce qui se passait et savait très bien où elle se trouvait.

Durant son séjour, personne n’est allée voir si la conductrice automobile se portait bien.

Ce témoignage a été en bonne partie corroboré par l’agent Ian Savard, qui a fait passer les tests d’alcoolémie. Il a été en présence de l’accusée durant plus 30 minutes sans remarquer de situation particulière.

« Elle a offert une excellente collaboration et a compris les consignes et les explications. Je n’ai pas eu de problèmes à lui faire passer les tests », a indiqué le technicien qualifié.

Un premier policier était venu raconter que la femme était bouleversée et n’arrêtait pas de pleurer et qu’il la détenait pour sa sécurité.

« Ce n’est pas vrai. Je n’étais pas bouleversée et je ne pleurais pas. J’ai commencé à l’être lorsqu’ils m’ont dit que je serais placée en prison si je n’avais personne à appeler. Je leur ai demandé de me reconduire chez moi et ils m’ont dit qu’ils ne pouvaient pas. Je les ai suppliés. Tout ce que je voulais, c’était de retourner chez moi. »

« Je ne pouvais pas appeler mon chum, car on venait de le fêter et il n’était pas en état de venir me chercher. Il était 4 h du matin ; je ne voulais pas déranger personne. En plus, j’avais honte », a raconté la conductrice.

Louise Bouchard dit avoir été fouillée par une policière et conduite dans une cellule à 3 h 50 du matin. Elle y est demeurée jusqu’à 8 h 50, sans que personne ne vienne la voir.

« J’ai compris que je n’avais aucune alternative. Si je ne peux appeler personne, je m’en vais en cellule. J’étais comme une criminelle. C’est là que je leur ai dit de m’amener dans leur maudite prison », a repris l’accusée.

Celle-ci ne comprend toujours pas les raisons qui ont poussé les agents à la placer dans une cellule du Quartier général du SPS. Elle dit être encore en état de choc, a peur de la police dès qu’elle en voit une et a dû manquer le travail durant une semaine pour se remettre.

« C’est inhumain ce qu’ils m’ont fait vivre. Ils ont porté atteinte à mon intégrité. J’étais comme un animal en cage, comme un chien. Il n’y avait aucune raison pour que je passe une nuit en cellule sur un petit lit dur. Je ne souhaite pas ça à personne », a-t-elle ajouté.

« OUBLIÉE EN CELLULE », ESTIME LA DÉFENSE

« Les policiers de Saguenay ont tout simplement oublié madame Bouchard en cellule. Le rapport d’écrou dit que ma cliente a été envoyée en cellule à 3 h 50 du matin et en est sortie à 8 h 50. Il n’y a eu aucune visite, alors que ça aurait dû se faire. Ma cliente a été détenue illégalement, un point, c’est tout. »

Me Charles Cantin, qui représente les intérêts de la Jonquiéroise Louise Bouchard, croit que le juge Pierre Simard n’a d’autre choix que de mettre un terme aux procédures judiciaires dans le dossier de sa cliente.

Au bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), Me Karen Inkel croit que la détention était justifiée afin de protéger l’accusée.

« Ma cliente n’était pas dans un état d’ébriété suffisant pour l’incarcérer. Elle était consciente de ce qui se passait. Le policier a même dit que si on avait constaté que tout allait bien à 5 h du matin, ils auraient pu la libérer. »

« Le problème dans le dossier, c’est que nous avons des témoignages contradictoires du policier et de ma cliente. Mais vous ne pouvez pas ne pas croire le témoignage de ma cliente, qui se rapproche beaucoup de ce que le technicien qualifié (tests d’ivressomètre) a constaté. Elle collaborait très bien et a même fait une blague. Elle n’était pas en détresse comme cela a été précisé », a poursuivi Me Cantin.

Ce dernier est revenu sur le fait que sa cliente a eu de la difficulté à trouver son permis de conduire et ses enregistrements du véhicule, et sur le fait qu’elle était hésitante en marchant. 

« Elle a expliqué qu’elle était très nerveuse de savoir que la police la suivait. Elle a eu de la difficulté à trouver ses papiers en raison de la nervosité. Pour ce qui est de la démarche, elle portait des talons hauts et elle était stressée par la situation », a convenu Me Cantin.

Du côté de la Couronne, Me Karen Inkel prétend que la détention en cellule de la conductrice était justifiée.

« Le policier avait certaines inquiétudes. Elle semblait en détresse. Le patrouilleur possède une bonne expérience et n’a pas pris une décision à la légère. Comme la femme avait consommé des médicaments et de l’alcool, l’agent craignait qu’il lui arrive quelque chose de grave s’il la laissait retourner à la maison. Elle n’a pas été détenue arbitrairement », a précisé Me Inkel.

« Quant au fait qu’elle n’ait pas eu de visite durant la nuit, les policiers ne craignaient pas pour sa sécurité. Elle n’avait pas de lacets à ses souliers (possibilité de poser un geste irrévocable). Les agents préfèrent aussi laisser les gens dormir la nuit », dit-elle.

La Couronne ne croit pas que le remède à ce dossier soit l’arrêt des procédures. 

« Si le juge conclut qu’il y a eu une détention illégale, on pourrait exclure les taux d’alcoolémie, ce qui nous laisserait les facultés affaiblies (yeux rouges, bouche pâteuse, difficultés à trouver les papiers et à marcher) », ajoute la procureure de la Couronne.