Amy Fournier est une jeune femme trans de 16 ans de Dolbeau-Mistassini. Elle utilise les réseaux sociaux pour parler de sa réalité et éduquer les jeunes sur ce sujet.
Amy Fournier est une jeune femme trans de 16 ans de Dolbeau-Mistassini. Elle utilise les réseaux sociaux pour parler de sa réalité et éduquer les jeunes sur ce sujet.

Une jeune trans de 16 ans veut sensibiliser 

Myriam Arsenault
Myriam Arsenault
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
Créer du contenu pour informer les jeunes sur la communauté LGBTQ+, c’est le défi que s’est lancé Amy Fournier, une jeune femme trans de 16 ans de Dolbeau-Mistassini. Son compte sur la plateforme TikTok, ‘‘amyxfou’’, compte déjà 40 000 abonnés, où elle répond aux questions les plus courantes sur la transidentité tout en partageant son quotidien.

Depuis qu’elle est enfant, Amy s’est toujours sentie différente des autres. Dès la garderie, ses goûts différaient bien de ceux des garçons de son âge.

Amy vivait un inconfort dans son propre corps, mais ne le comprenait pas. « Je savais qu’il y avait quelque chose qui clochait dans mon corps, mais je pensais que c’était moi le problème », a expliqué la jeune femme trans. Elle ne connaissait rien sur les femmes trans, qui était pour elle à l’époque, que des hommes qui se déguisent en femmes. Elle pensait donc qu’elle devait être homosexuelle.

Intimidation, tentative de suicide, rejet; son adolescence est marquée par l’homophobie et la transphobie. « Même dans les écoles, il y a souvent de la discrimination. Avant ma transition, je mettais du maquillage à l’école et un professeur est venu me voir pour me dire que c’était inapproprié pour un garçon de porter du maquillage dans un endroit public. Ça m’a fait un choc. L’école est censée être un endroit où tu te sens en sécurité et je ne pense pas que ce l’est pour les personnes LGBTQ+. Il faut que ça change », a-t-elle martelé.

Le parcours d’Amy Fournier a été parsemé d’embûches, mais la Dolmissoise est convaincue que les changements se feront avec l’éducation de la prochaine génération.

C’est en voyant la candidate de la téléréalité Occupation double, Khate Lessard, qu’elle a enfin pu mettre des mots sur ses maux. Elle s’est mise à faire une montagne de recherches, où elle a écouté les vidéos de l’influenceuse, suivi son parcours, appris sur sa prise d’hormones et ses opérations et sur son symptôme de dysphorie. « Quand j’ai entendu Khate parler de dysphorie pour la première fois, qu’elle a mis des mots sur ce malaise qu’on ressent par rapport à soi, j’a été vraiment interpellée là-dedans, c’était tout ce que je vivais », a-t-elle continué. Appuyée par sa travailleuse sociale et ses amis, elle a pu commencer sa transition.


« Avant ma transition, je mettais du maquillage à l’école et un professeur est venu me voir pour me dire que c’était inapproprié pour un garçon de porter du maquillage dans un endroit public. Ça m’a fait un choc. »
Amy Fournier

Une plateforme pour informer

La jeune femme trans pense qu’il faut passer par l’éducation pour que la mentalité des gens change. C’est donc sur la plateforme TikTok, où elle publie des vidéos, que la Dolmissoise partage son quotidien, tout en répondant aux questions les plus fréquentes sur les personnes trans.

« Je me suis dit que j’allais être une ressource pour aider les gens. Je me suis créé un compte TikTok, pour faire des vidéos sur la transition. Ma chaîne s’est rapidement transformée pour répondre aux questions des gens. Je prends leurs commentaires et je fais une vidéo pour y répondre », a-t-elle indiqué.

Elle compte un public de tout âge. « Si je réussis à changer la mentalité d’un seul parent, pour lui faire comprendre qu’être trans c’est normal, et que ce parent l’enseigne à son enfant, je serai très contente » a-t-elle indiqué. Elle pense aussi que les enfants qui tombent sur ses vidéos pourront faire leur propre idée sur la transidentité. « Je veux les sensibiliser, parce que ce sont eux qui changeront le monde par la suite », se réjouit-elle.

Tout ce qu’elle souhaite, c’est aider sa communauté, une vidéo à la fois. Elle pense bientôt alimenter aussi une chaîne YouTube, alors qu’elle s’est récemment acheté du matériel vidéo.

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LGBTQ + : VIVRE LA DIFFÉRENCE AU SAGUENAY–LAC-SAINT-JEAN

Être différent dans une région éloignée comme le Saguenay-Lac-Saint-Jean peut apporter des difficultés supplémentaires, selon le directeur général de Diversité 02, Daniel Gosselin. Le manque de modèles ainsi que le manque de lieux sûrs ne sont que des exemples d’embûches qui s’ajoutent au quotidien des personnes issues de la communauté LGBTQ+ qui y habitent.

« Le premier défi à surmonter pour la communauté LGBTQ+ du Saguenay-Lac-Saint-Jean est assurément le manque de modèles. Le jeune issu de cette communauté qui vit en région devient rapidement étiqueté le gai du village ou la trans de la ville, etc. », explique M. Gosselin, dans un entretien avec Le Quotidien

C’est une réalité que connaît bien Amy Fournier, une femme trans de 16 ans de Dolbeau-Mistassini. « C’est assez difficile d’être toujours étiqueté comme ça, on sent comme s’il n’y avait pas de place pour nous », a-t-elle exprimé. Ce sentiment s’amplifie par le fait qu’il n’y a aucun endroit pour les personnes LGBTQ+ dans la région.

Le manque de modèles et de connaissances fait que souvent, les jeunes LGBTQ+ du Saguenay-Lac-Saint-Jean se sentent souvent perdus, à l’adolescence, lorsqu’ils pensent à leur identité sexuelle et de genres. 

« Quand on entend le parcours d’Amy, on voit qu’il y a un réel manque de visibilité pour les personnes issues de la communauté LGBTQ+. Amy ne savait même pas que ça existait des femmes trans. On entend souvent dire qu’il y a trop d’étiquettes, mais ce ne sont pas des étiquettes, ce sont des mots sur l’identité. Quand tu es jeune, tu as besoin de t’identifier à un groupe. C’est le besoin de l’être humain de savoir qui on est, et d’être visible dans la société », a expliqué Daniel Gosselin. 

Les jeunes ne devraient pas se sentir seuls, car 13 à 17 % de la population est issue de la communauté LGBTQ+. M. Gosselin entend souvent que ce nombre est en augmentation, mais au contraire, c’est juste qu’auparavant, ces personnes étaient invisibles aux yeux de la société. « C’est plutôt que présentement, il y a des lois qui nous protègent. Il faut se rappeler qu’avant 1969, être homosexuel, c’était un crime », a-t-il laissé tomber.

Autant pour Amy que pour M. Gosselin, il n’y a pas de solutions miracles pour contrer l’homophobie et la transphobie, mais davantage de sensibilisation devrait être faite dans la région. Mais, même si Diversité 02 veut en faire davantage, elle manque de fonds.


Daniel Gosselin est le directeur général de Diversité 02, auparavant AGL-LGBT du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Diversité 02

Daniel Gosselin est le seul employé de Diversité 02, auparavant l’AGL-LGBT du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Il y travaille 25 heures par semaine. L’organisme est aussi le seul de la région spécifique aux personnes LGBTQ+. Les demandes d’accompagnement et d’entretien individuelles sont à la hausse, mais l’organisme ne peut fournir. « Les organismes LGBTQ+ sont sous-financés, Diversité 02 doit être reconnu et mieux financé pour répondre aux demandes qu’on reçoit », se désole-t-il.

Le financement aiderait certainement les jeunes de la région. « On veut offrir des services aux jeunes LGBTQ + de la région pour éviter qu’ils se rendent vers les grands centres pour avoir accès à ces services », explique M. Gosselin.

Diversité 02 a récemment changé son identité pour être plus incluse. Pour l’occasion, l’organisme organise le lancement de sa nouvelle identité, le 22 octobre prochain. L’auteur Kevin Lambert et l’actrice Gabrielle Boulianne Tremblay seront présents pour célébrer ce changement.

Les organismes LGBTQ+ devraient être mieux financés, afin de répondre aux besoins criants de la région, pense Daniel Gosselin.