Une gestion à 14 pieds moins efficace, selon Rio Tinto

La gestion du lac Saint-Jean à un niveau de 14 pieds pendant la saison estivale rendrait les ouvrages de stabilisation beaucoup moins efficaces en plus de générer une perte de production d'énergie importante pour la production des alumineries.
Au chapitre des systèmes de stabilisation, la problématique relève de la conception des ouvrages érigés au cours des 30 dernières années dans le cadre des différentes interventions en bordure du lac Saint-Jean. L'ingénieur Marc Villeneuve, président de la firme Lasalle NHC, consultant principal de Rio Tinto en matière d'hydraulique, a résumé cette nouvelle réalité du lac Saint-Jean qui réduit de façon significative la possibilité d'une gestion du niveau à 14 pieds.
Le spécialiste a expliqué devant le BAPE qu'une grande majorité des ouvrages ont été conçus avec une gestion au niveau de 17,5 pieds selon le contenu du contrat de 1922 et la loi qui a confirmé ces droits. Ce n'est que depuis quelques années que l'entreprise a modifié cette conception en fonction d'un niveau à 16,5 pieds. 
L'érosion est provoquée par deux types de mouvement. Il y a les vagues qui frappent directement la rive et provoquent de l'érosion. L'autre mouvement est latéral et concerne surtout le déplacement le long de la berge du sable (dérive latérale) ou autre matériau. Ce sont en général les épis qui permettent de contrer le second phénomène et de maintenir les plages en équilibre.
Selon l'ingénieur, à partir d'un niveau de 14 pieds et moins, les ouvrages utilisés pour contrer le mouvement latéral seraient beaucoup moins performants qu'à des niveaux supérieurs à 14 pieds.
Ce niveau de 14 pieds, selon l'ingénieur en hydrologie de Rio Tinto, Bruno Larouche, est problématique pour la gestion de la production d'énergie, principalement pour Isle-Maligne et celles sur le Saguenay.
D'après les données fournies jeudi, la production d'énergie nécessite qu'il passe 435 mètres cubes secondes dans la Péribonka qui s'additionne à un volume additionnel de 815 mètres cubes d'eau seconde dans le lac Saint-Jean pour obtenir les 1250 mètres cubes dans les centrales d'Isle-Maligne et Shipshaw.
Le niveau à 14 pieds rend cette équation plus difficile à soutenir pendant la période estivale en raison de la réduction des apports d'eau pendant l'été. Les apports naturels moyens au lac Saint-Jean sont trop bas pendant la saison estivale pour se maintenir à 815 mètres cubes seconde (Ashuapmushuan, Mistassini, Métabetchouan, Ouiatchouan). Avec des précipitations pratiquement permanentes, le début des apports atteint à peine un peu plus de 600 mètres cubes seconde.
De façon plus globale et en situation de gestion normale, le réseau de production d'électricité est déficitaire à partir du moment où les apports naturels sont sous la barre des 85 %.
Les différents chiffres présentés depuis le début de la commission démontrent que la marge de manoeuvre entre la production énergétique, les apports d'eau et le fonctionnement optimal de l'ensemble du réseau hydroélectrique est mince. Il faut préciser que Rio Tinto ne contrôle que 25 % des apports d'eau naturels du lac Saint Jean.
Pour les statistiques, il faut savoir que les grands réservoirs d'amont (Manouane et Passes-Dangereuses) constituent une réserve d'eau dont le volume est de huit kilomètres cubes. La réserve utile du lac Saint-Jean est quant à elle de cinq kilomètres cubes. Depuis la mise en service de l'usine d'Alma, Rio Tinto est acheteur net d'électricité de 73 mégawatts par année en moyenne.
Lors de la séance de mercredi soir, le président de la commission, Michel Germain, n'a pas caché que le niveau idéal de gestion était définitivement une « question à 1000 $ ».
En fait, tous les scénarios de gestion analysés depuis 1985 font référence à des niveaux de 14 à 16,5 pieds puisque les apports d'eau naturels du lac Saint-Jean, sauf les années exceptionnelles d'apports naturels ou de sécheresse, ne permettent pas de sortir de cette fourchette de niveaux.
En marge du BAPE
La production d'électricité pour les alumineries est la première activité économique associée à l'aménagement hydroélectrique du lac Saint-Jean. La seconde pour les communautés est la villégiature alors que la population des municipalités riveraines explose en été et, encore là, la création d'un réservoir a permis ce développement intense. La pêche sportive est sans contredit au troisième rang pour l'importance des retombées économiques et elle se développe maintenant en hiver avec la pêche blanche. L'importance de cette activité économique n'a pas transpiré du premier volet des audiences publiques alors qu'il a été peu question des impacts positifs ou négatifs des travaux de stabilisation des berges réalisés au cours des 30 dernières années sur le plan d'eau. Les biologistes du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs ont clairement fait connaître leur point de vue à la multinationale quant aux lacunes des études de suivi des petits poissons ou menés dans les questions transmises au promoteur après le dépôt de l'étude d'impact. Le même constat pourrait être fait en ce qui concerne les milieux humides, lesquels sont des zones de premier plan en matière de biodiversité. Il sera intéressant de voir si la commission, dans son rapport, se permettra de demander au gouvernement d'exiger un suivi faunique mieux articulé dans les conditions d'octroi du décret.
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Le président de la commission, Michel Germain, a fait référence à quelques reprises au caractère très particulier de cet exercice qui ne ressemble en rien à un BAPE ordinaire. La nature particulière du projet et le régime des droits en place rendent cet exercice vertigineux. À lui seul, le régime des droits qui donne à Rio Tinto le pouvoir absolu de gérer le lac Saint-Jean jusqu'à la cote de 17,5 pieds nécessite que le promoteur accepte de s'entendre sur un scénario de gestion. Rio Tinto pourrait dans les faits contester toute tentative du gouvernement de lui imposer des niveaux de gestion différents de ceux reconnus dans le contrat et la loi. Le décret de 1985 avait été accompagné d'une entente négociée avec Alcan. La nouvelle génération de décrets doit comprendre les conditions, donc inclure les niveaux de gestion. Il sera intéressant de vérifier la façon dont le gouvernement et Rio Tinto vont réussir à confirmer cette entente dans un texte légal.
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Les riverains du lac Saint-Jean et Rio Tinto risquent de débattre pendant encore de nombreuses années sur l'effet du niveau du lac Saint-Jean sur l'érosion. Les riverains considèrent que le niveau a un impact sur l'érosion, comme c'était le cas devant le BAPE en 1985, et conservent cette idée du phénomène. De son côté, l'entreprise conclut, en fonction du suivi du comportement des berges, que le niveau du lac n'a pas d'impact à long terme sur l'érosion. L'entreprise considère qu'il s'agit de l'un de ses principaux arguments et n'entend visiblement pas changer de position à court terme. C'est tout simplement irréconciliable comme positions pour les deux parties.
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La première partie des travaux de la commission du BAPE sur le Programme de stabilisation des berges du lac Saint-Jean a pris fin jeudi avec les questions aux promoteurs et ministères concernés par le projet. Les citoyens ou groupes intéressés ont jusqu'au 26 mai à 16 h pour informer le bureau de leur intention de présenter un mémoire. La date limite de la transmission du mémoire est le 8 juin. La partie de la présentation des mémoires débutera à compter du 13 juin à Alma et du 19 juin à Saint-Félicien. La commission compte déposer au ministre de l'Environnement son rapport final (incluant ses recommandations) le 7 septembre et la publication aura lieu 15 jours après le dépôt au ministre.