La Garderie Nature devait être construite tout près du parc des Mille lieux de la colline, à Chicoutimi-Nord.

Une garderie se fait refuser un permis

Le rêve de Karine Gravel de construire une garderie avec une pédagogie basée sur la proximité de la nature tombe à l’eau. Celle qui veut réinventer les services de garde et en faire un réel « projet de société » s’est fait refuser son permis d’exploitation, vendredi dernier.

La garderie, qui aurait été située à Chicoutimi-Nord, en face du parc des Mille lieux de la colline, attendait une attestation du ministère de la Famille pour le début de sa construction. Dans un monde idéal, les travaux du bâtiment, que Karine Gravel décrit comme « créatif et épuré », auraient débuté au printemps.

Le rêve de Karine Gravel se bute cependant à des obstacles administratifs. On lui a refusé son permis d’exploitation, parce qu’il y aurait trop de garderies dans le secteur où elle désire en construire une. « Le secteur utilisé pour le calcul contient aussi Jonquière et Chicoutimi. Ça fausse les données », croit-elle, ajoutant que la garderie aurait répondu à un besoin à Chicoutimi-Nord.

Les calculs du ministère ne tiendraient pas la route, selon Mme Gravel. « En calculant le nombre d’enfants qu’il y a sur la rive nord et le nombre de places en services de garde, on se rend compte qu’environ 75 % des enfants doivent se trouver une garderie qui est loin de chez eux. » Selon elle, cette façon d’attribuer les permis désavantage les résidants qui habitent sur la rive nord.

Nouveau genre
Avec la Garderie Nature, Karine Gravel avait une vision. Elle voulait mettre en avant un type de service de garde différent, axé sur la proximité de la nature et sur le jeu libre. « C’est un modèle qui existe ailleurs dans le monde, depuis les années 50 et 60. On en trouve plusieurs en Scandinavie, en Europe. Le but est de permettre aux enfants de s’amuser, près la forêt, sans trop de contraintes. »

Selon les recherches de Mme Gravel, le fait de jouer à l’extérieur possède de nombreux bienfaits. « Quand les enfants s’amusent dehors, ils sont capables de collaborer et d’être actifs plus longtemps. Le jeu est aussi de plus grande intensité. Les jeunes apprennent à prendre des risques sains », pense Karine Gravel.

Intérêt
« Il y avait une centaine de parents qui s’étaient montrés intéressés. Quand on parle de notre projet, tout le monde dit : ‘‘Wow ! ’’. » Elle fait d’ailleurs appel à ces parents pour mettre de la pression sur le ministère de la Famille.

Deux universités (Chicoutimi et Trois-Rivières) et des établissements collégiaux souhaiteraient s’impliquer dans l’aventure.

Elle demande aux parents de communiquer avec le ministère pour faire part de leur désaccord.

Une pétition circule aussi sur Internet.

Vendredi, celle-ci avait recueilli une centaine de signatures.

+

L’OFFRE DÉPASSE LA DEMANDE

Le refus de donner un permis d’exploitation à Garderie Nature a été fait selon les règles, affirme le ministère de la Famille du Québec.

Le processus d’attribution de permis de garderie a été modifié, à la suite de l’adoption du projet de loi 143. 

L’ensemble du territoire québécois a été divisé en différents secteurs et des comités consultatifs ont été créés dans chacun d’eux. 

Faisabilité, pertinence et qualité

Le porte-parole du ministère, Alexandre Noël, explique que les permis sont attribués selon des critères de faisabilité, de pertinence et de qualité. 

Autrement dit, les comités examinent si un projet est viable économiquement et s’il répond à un besoin, pour ensuite faire ses recommandations.

« Selon les chiffres que nous avons présentement, à Chicoutimi-Nord, il y aurait un léger surplus de places. L’offre de places en services de garde représenterait de 105 % à 110 % des besoins », précise Alexandre Noël.

Ces chiffres, qui servent à établir une estimation statistique de la demande et de l’offre, sont révisés deux fois par année. 

Il est donc possible de déposer une nouvelle demande pour le même projet, qui peut être accepté.

Entre-temps, Karine Gravel avait dix jours pour contester la décision et faire valoir son point de vue au ministère de la Famille.