Dr Go!, Dr Monde Entier et Dr Lily-Fleur Depeau

Une formation à la mémoire de Tristan

Il y a deux mois, Tristan Boily, huit ans, s'éteignait. Ce petit garçon brillant, rieur et enjoué a conquis le coeur des régionaux, lui qui, entouré de sa famille, a tout donné pour vaincre le cancer. La maladie l'a emporté, mais Tristan a laissé derrière lui un legs important. Grâce aux dons in memoriam versés à Clowns thérapeutiques Saguenay (CTS), son organisme chouchou, d'autres enfants malades pourront exprimer leurs émotions librement, peu importe leur nature, et retrouver l'estime d'eux-mêmes.
Le D<sup>r</sup> Lily-Fleur Depeau, alias Josée Gagnon, et son ami Tristan Boily.
Concrètement, une partie des sommes consenties par la famille aux Clowns thérapeutiques sera utilisée pour offrir une formation en « Slapstick » aux dix comédiens. Cette technique consiste à « se faire mal, sans se faire mal ». L'expert en la matière, Maxime Larose, alias Dr Pédalo, viendra de Montréal pour montrer aux Drs Lily-Fleur Depeau, Go ! , Monde Entier et à leurs collègues comment tomber d'une chaise, foncer dans une porte ou se gifler sans s'infliger de blessure. Le tout avec l'objectif de provoquer le rire ou de susciter l'émotion. 
« Tristan adorait lorsque les Drs clowns se faisaient mal ou se donnaient ''gentiment'' des coups. Ça le faisait toujours rire. Comme tous les jeunes de son âge. Ça le défoulait lorsqu'il souffrait », ont écrit les clowns sur leur page Facebook cette semaine. En entrevue, les cofondatrices de l'organisme, Josée Gagnon et Moïra Scheffer-Pineault, ont expliqué qu'elles cherchaient une façon de souligner leur attachement à l'égard de Tristan et de sceller cette affection profonde qui liait tout ce beau monde.
« On s'est dit : ''Ça n'a pas de bons sens que Tristan fasse ça pour nous. Qu'est-ce que nous, en retour, on pourrait faire pour lui ? '' », met en contexte Moïra Scheffer-Pineault, alias Dr Go !
Les Clowns thérapeutiques et Tristan, c'est une histoire de coeur qui va perdurer dans le temps, bien au-delà de la mort. Au cours des deux dernières années, les comédiens sont devenus très proches du bambin et de sa famille. Le garçon adorait jouer des tours à Lily-Fleur. Le personnage de Josée Gagnon est devenu son préféré et le duo a développé une réelle complicité, une relation basée sur les blagues et les mauvais tours. « Son trip, c'était de nous faire des coups », dit Josée Gagnon, qui a aussi développé un lien d'amitié avec Mario Boily et Caroline Tremblay, les parents de Tristan. 
Mémoire
La formation en « Slapstick » servira aux clowns dans le cadre de leur travail auprès des malades. Par ricochet, le milieu culturel en sera enrichi puisque les comédiens sont tous des professionnels du théâtre et foulent régulièrement les planches en région. 
« Pour le reste de notre vie, nos comédiens auront ce cadeau de Tristan et de sa famille. Encore une fois plus d'aptitudes et de cordes à leur arc, en leur redonnant tout le pouvoir sur nos actions. Puis, tous les enfants et familles de la pédiatrie pourront profiter de ces connaissances approfondies pour leur faire exprimer leurs émotions, quelles qu'elles soient. Merci Tristan ! », ont exprimé les clowns, qui sont devenus, en dix ans d'existence, des spécialistes de l'accompagnement en fin de vie.
Tristan Boily
Tous les yeux tournés vers les clowns
Avec Tristan, les Clowns thérapeutiques ont vécu des expériences qu'ils n'oublieront jamais. Les liens tissés avec la famille sont devenus si forts qu'après le décès du petit garçon, ils ont été invités à lui rendre hommage, deux fois plutôt qu'une. 
Dans un premier temps, les amis de Tristan ont pu veiller sa dépouille, lui dire au revoir et à quel point ils l'aimaient. Les clowns ont beaucoup ri, aussi, alors que les parents du garçon ont profité de l'occasion pour leur remettre des cadeaux achetés pour eux en voyage, que Tristan n'avait pas eu le temps d'offrir avant de partir. Des farces et attrapes, de la gomme au wasabi, autant de trucs pour faire naître un sourire en pied de nez à la maladie.
Deuxièmement, les clowns ont été invités à chanter aux funérailles de Tristan. C'est qu'au préalable, le Dr Monde Entier, campé par Jonathan Boies, avait écrit une chanson en l'honneur de ce petit héros. Le chevalier Tristan, un texte qui aborde la mort sous la lorgnette d'un enfant à la veille d'entreprendre une grande épopée, avait été lu par le bambin peu avant son décès. Ses parents ont demandé aux clowns thérapeutiques de la chanter à l'église. Josée Gagnon a collé sa voix aux mots de son collègue poète. La pièce a été livrée dans un contexte mariant rectitude et fantaisie, un amalgame d'humour et de peine au ton qui n'aurait pu être plus juste. Personne dans l'église n'est resté de glace. 
« L'atout du clown, c'est sa grande sensibilité et sa capacité de s'ajuster à toutes les situations. On a vu le bien que ça fait aux parents qu'on apporte quelque chose de plus personnel. On était là pour les funérailles d'un enfant de huit ans. Ça prenait une touche de fantaisie. Le père de Tristan nous a dit que ça lui ressemblait beaucoup », confie Josée Gagnon.
Gérer l'attachement selon ses capacités
Ne fais pas le travail des Clowns thérapeutiques qui veut. Les comédiens, tous professionnels, sont formés pour oeuvrer auprès des enfants et des personnes âgées avec pour objectif de leur permettre de s'exprimer. 
Les clowns ont participé à de nombreuses activités de formation et sont entourés d'un psychologue pour les accompagner dans la gestion de tous ces sentiments, parfois contradictoires, qui surgissent lorsque l'on côtoie la maladie et la mort de façon régulière. Ils sont devenus très bons dans ce qu'ils font et nombreuses sont les paires d'yeux à être tournées vers eux. À l'UQAC, par exemple, des chercheurs s'apprêtent à entreprendre un projet de recherche sur l'approche, unique, des Clowns thérapeutiques, basée sur l'estime de soi et non sur le rire.
« On oeuvre dans un contexte où, souvent, l'attachement est mal vu, où on encourage une certaine protection et une certaine distance. On sent que du point de vue des soins palliatifs au Québec, il y a un désir de changer les choses », note la cofondatrice Moïra Scheffer-Pineault.
Dans ce type d'intervention, chacun gère son attachement à un patient de façon différente et chaque personne trace ses propres limites. Dr Lily-Fleur, par exemple, confie qu'elle plonge dans ses relations à 100 pour cent. C'est Josée Gagnon qui lui procure la sensibilité et l'équilibre nécessaires pour le faire. 
« C'est très sain et positif. On est comme une petite famille. On est formés et outillés à l'interne pour prendre soin de nous. Pour faire ce que l'on fait, ça prend une profondeur. Ça prend aussi un regard périphérique. On est des clowns, mais il y a quelqu'un derrière. On se permet d'avoir de la peine. On n'a pas honte de ça », poursuit la comédienne.
Autre élément essentiel : la capacité de relativiser et de mettre les choses en perspective. 
« Notre but, c'est de redonner le pouvoir aux personnes que l'on voit. Il faut faire preuve de lucidité par rapport à notre rôle. On est à l'hôpital deux avant-midis par semaine. Même si parfois, on visite nos patients à domicile et que des amitiés professionnelles se créent, on n'est pas la famille », relativise Josée Gagnon. 
Chaque clown a sa personnalité. Lily-Fleur, par exemple, est une menteuse joueuse de tours. Peu importe ses particularités, chacun d'entre eux a saupoudré un peu de sa magie dans la vie de Tristan Boily, comme ce fut le cas pour d'autres enfants partis beaucoup trop tôt. Ils ont fait rire et pleurer. Ils ont diminué l'anxiété, dédramatisé, allégé les souffrances, facilité l'ingestion de médicaments et la poursuite des traitements. Dans le respect, ils ont propagé de la douceur, apporté un baume et une poésie aux malades et permis aux proches éprouvés par le deuil de se raccrocher à quelque chose de beau.