Les cinq participants à la table ronde du colloque du Centre d’étude de la forêt, Alison Munson, Nicolas Meagher, Manuel Kak’wa Kurtness, Lorie Ouellet et Sylvain Chouinard ont convenu qu’il était possible de faire de la place pour tout le monde dans la forêt québécoise. ­

Une forêt à multiples vocations

La forêt ne doit plus être considérée uniquement comme un réservoir de ressources ligneuses dans un contexte où l’influence des changements climatiques risque de transformer radicalement le paysage de conifères destinés à la production de bois d’oeuvre et de pâtes et papiers.

Malgré cette transformation et le changement envisagé de vocation, la récolte forestière est identifiée comme une activité qu’il faut observer en raison des caractéristiques particulières du matériau bois et de son incidence sur la lutte aux changements climatiques. Il s’agit des conclusions qu’il faut tirer d’une table ronde tenue dans le cadre du colloque du Centre d’étude de la forêt du réseau de l’Université du Québec (UQ). La question posée était : « Comment concilier les différentes fonctions de la forêt pour les prochaines générations ? »

La professeure Alison Munson, de l’Université Laval, qui est spécialisée en écologie, juge que la forêt risque de changer grandement au cours des prochaines années. Selon elle, la forêt sera possiblement remplacée par d’autres types d’arbres, et le paysage forestier risque ainsi de devenir celui d’une forêt de feuillus avec d’autres changements.

Dans cette foulée, sa collègue Lorie Ouellet, de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), qui est spécialisée en plein air, propose de modifier l’angle d’analyse de ce que rapporte la forêt. Elle a cité l’exemple d’un État américain où le gouvernement a décidé de mesurer ce que rapportaient les différentes utilisations des forêts. Ils ont ainsi comparé les revenus provenant des activités de plein air, entre autres, à ceux de la récolte forestière. Ils ont découvert que les revenus autres dépassaient ceux de la récolte. Ils ont ainsi entrepris un virage de conservation.

La professeure de l’UQAC souhaite que l’on soit en mesure d’identifier clairement sur les cartes les sites propices à des activités de plein air. « Quand on descend une rivière qui suit une route en canot, et qu’il y a du bruit, ce n’est pas idéal. On devrait faire attention quand on planifie les routes », a proposé la professeure, tout en signalant que toute l’industrie du tourisme d’aventure était en progression dans le monde.

La forêt a toujours une vocation industrielle importante au Québec, mais la planification de la récolte a de son côté grandement évolué. Les communautés ont maintenant accès aux instances.

Tables de consultation

Le représentant du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, Sylvain Chouinard, a souligné une grande réussite au chapitre de la consultation. Il s’agit des tables GIR (gestion intégrée des ressources), actives dans les régions. Ces tables permettent à une multitude d’utilisateurs de la forêt publique de se faire entendre en vue de la préparation des plans de coupe.

Le fonctionnaire admet que certains cas de mécontentement sont mis en évidence dans les médias, mais rappelle que pratiquement tous les problèmes d’utilisation entre l’industrie et les autres utilisateurs sont réglés dans le cadre de consultations.

PFR

Le directeur régional des opérations forestières de Produits forestiers Résolu (PFR), Nicolas Meagher, affirme que son entreprise travaille en fonction des principes du développement durable et de la sécurité de ses employés. PFR est un joueur majeur dans la forêt régionale avec des approvisionnements de plus de trois millions de mètres cubes.

« Nous avons besoin de prévisibilité », a résumé le directeur des opérations forestières. La prévisibilité permet à l’entreprise de projeter dans le temps ses opérations et d’harmoniser ses interventions sur le territoire. L’entreprise doit aussi être en mesure d’assurer les investissements dans ses usines en disposant de la matière ligneuse suffisante pour être en mesure de réaliser des opérations rentables.

Le chef cuisinier Manuel Kak’wa Kurtness a pour sa part traité de la forêt comme une composante indissociable de la culture montagnaise, même si les membres de sa communauté ne retourneront jamais entièrement aux pratiques ancestrales. Il voit la forêt comme un vaste garde-manger, dont il faut prendre soin et exploiter avec parcimonie.