Anne Gilbert-Thévard et Adrien Guibert-Barthez, de la Coalition Fjord, ainsi que de nombreux groupes environnementaux du Québec, réclament une évaluation environnementale complète pour les projets d’usine de liquéfaction de gaz naturel et de gazoduc dans la région.

Une évaluation exhaustive du projet Gazoduq réclamée

Une coalition d’organisations citoyennes et environnementales demande l’intervention du premier ministre du Québec, François Legault, afin d’obtenir une évaluation environnementale globale pour le projet d’usine de liquéfaction de gaz naturel au Saguenay, ainsi que pour le gazoduc de 700 kilomètres qu’entendent réaliser les filiales de GNL Québec.

La Coalition Fjord a convoqué les médias, mercredi, pour dénoncer la façon avec laquelle le promoteur Gazoduq, la filiale créée par GNL Québec pour le projet de gazoduc de 700 kilomètres, s’y prend pour « échapper » à une évaluation environnementale globale. L’entreprise a ainsi décidé de présenter aux gouvernements deux projets indépendants, même si le gazoduc et l’usine de liquéfaction constituent un tout.

La Coalition Fjord compte sur l’appui d’organismes comme Nature Québec, Greenpeace et le Fonds mondial pour la nature, pour ne nommer que ceux-là. Ces organisations ont été aux premières loges de l’opposition au projet d’Énergie Est, qui a été condamné par le premier ministre Legault.

« Nous le mentionnons depuis toujours, pas d’usine sans gazoduc et pas de gazoduc sans usine. Le premier ministre François Legault doit intervenir pour obtenir une seule évaluation. Nous voulons connaître les impacts du début à la fin du projet », a déclaré Anne Gilbert-Thévard, porte-parole de la Coalition Fjord.

Son co-porte-parole, Adrien Guibert-Barthez, a de son côté dénoncé la stratégie du promoteur de lancer une consultation en pleine période des Fêtes. En ce moment, le gouvernement du Québec demande aux citoyens de se prononcer sur la teneur des études d’impact à venir pour le projet de gazoduc de 700 kilomètres qui reliera l’est de l’Ontario au terminal de Grande-Anse.

« Les gens n’ont que 30 jours pour se prononcer, et le formulaire ne permet pas de bien s’exprimer. Il comprend seulement trois cases pouvant contenir 250 mots », ajoute Adrien Guibert-Barthez.

Dans le cadre de cette évaluation, les groupes de pression aimeraient que l’on mesure les impacts dans l’Ouest canadien qui découleront de la fracturation hydraulique du sous-sol pour extraire le gaz de schiste, les impacts de la construction du gazoduc, les risques associés à un terminal méthanier et à l’usine de liquéfaction, ainsi que l’augmentation de la navigation dans l’axe Saint-Laurent–Saguenay.

« Annoncer une consultation de 30 jours le 19 décembre, à la veille du congé des Fêtes, c’est de la mauvaise foi, de la poudre aux yeux pour faire croire qu’on va chercher le consentement de la population pourtant essentiel. Ce consentement à des projets gaziers n’existe pas. On l’a vu, en décembre, dans le sondage commandé par le promoteur », a repris Anne Gilbert-Thévard, qui ne voit pas comment l’opinion publique pourrait être retournée, malgré les stratégies de communication mises en place.

Le Fonds mondial pour la nature voit pour sa part une problématique plus large en tenant compte de l’ensemble des projets industriels qui sont en ce moment à l’étude dans le corridor du Saguenay. L’organisation note des contradictions dans cette vision du développement de cet axe maritime.

« Quand on cumule le projet avec les autres projets industriels sur le Saguenay, c’est incompatible avec la Loi sur les espèces en péril, qui protège l’habitat du béluga du Saint-Laurent, une espèce en voie de disparition. Il entre aussi en contradiction avec la Stratégie maritime du Québec, qui prévoit la création d’aires marines protégées et la limitation des impacts de la navigation », mentionne Sophie Paradis, directrice québécoise du Fonds mondial pour la nature.

Les opposants régionaux à ce projet sont conscients qu’il sera difficile de tenir tête à ce promoteur. Les élus municipaux et les membres du gouvernement Legault ont déjà évoqué les investissements de l’ordre de 14 G $ qui découleraient de la réalisation de ce projet de deux phases.

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UNE ÉTUDE D'IMPACT «DANS LES PROCHAINES SEMAINES»

(Pierre-Alexandre Maltais) - Devant la sortie médiatique des opposants au projet Énergie Saguenay, GNL Québec a rappelé qu’elle déposerait son étude d’impact sur l’environnement, incluant « une analyse globale des émissions de gaz à effet de serre (GES) », au cours des prochaines semaines. 

Développée à Montréal par des chercheurs universitaires indépendants, cette analyse de cycle de vie tiendra compte de la totalité du procédé et de la chaîne d’opération, de l’extraction à l’exportation du gaz naturel, en passant par le transport par gazoduc et la liquéfaction, assure la directrice des communications d’Énergie Saguenay, Stéphanie Fortin.

Cette dernière rappelle qu’Énergie Saguenay a commandé, de façon volontaire, cette étude afin « justement d’avoir une vue globale et d’ensemble des GES liés au projet. »

Selon la loi régissant les activités du Bureau des audiences publiques sur l’environnement (BAPE), les audiences sont définies projet par projet. Le projet d’usine de liquéfaction et celui de gazoduc sont deux projets distincts qui doivent être soumis de manière distincte, à des moments différents, selon l’entreprise. 

« Nous croyons que la tenue de deux BAPE assure au public d’avoir davantage d’informations précises et d’occasions pour s’informer et poser des questions. Énergie Saguenay et Gazoduq sont deux projets distincts, et deux BAPE permettent ainsi de mieux adresser les préoccupations régionales et locales », indique la porte-parole de la compagnie.

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UNE PRESSION POPULAIRE ESSENTIELLE

(Dominique Gobeil) - Selon Me Jean Baril, administrateur du Centre québécois du droit de l’environnement (CQDE), la demande des groupes environnementalistes pour que le projet de GNL Québec soit évalué dans son entièreté, conjointement par les instances fédérales et provinciales, est tout à fait légitime. 

Le CQDE est un organisme sans but lucratif indépendant, qui a pour mission d’informer les citoyens sur leurs droits environnementaux, et non de prendre position sur le bien-fondé d’un projet.

« Ce qui est prôné partout dans le monde en droit de l’environnement, c’est d’évaluer l’ensemble des composantes d’un projet en même temps. Sans le gazoduc, l’usine de liquéfaction n’est pas intéressante, et sans l’usine, le gazoduc non plus. Cependant, si on évalue les impacts de l’usine deux ans après avoir commencé le chantier du gazoduc, ça devient absurde de refuser le projet », analyse Me Baril, en entrevue téléphonique avec Le Quotidien.

À son avis, il est aussi logique que le processus d’évaluation fédéral et celui provincial aient lieu conjointement, avec des commissaires de chaque instance gouvernementale. « Ça permet d’éviter que les citoyens s’épuisent en multipliant les audiences. Il ne faut pas voir là une perte de temps ou d’argent pour les promoteurs. C’est mieux pour tout le monde, et on peut avoir un portrait global des avantages et des désavantages du projet. »

Dans un contexte où les promoteurs des différents aspects du projet ne sont pas tout à fait les mêmes, il peut être plus difficile d’obtenir une évaluation globale et conjointe. « Ça prend de la volonté politique, et pour que les deux paliers de gouvernement forcent les promoteurs, il faut de la pression populaire », estime Me Jean Baril. Dominique Gobeil

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SYLVAIN GAUDREAULT SOUTIENT LA CAUSE

(Pierre-Alexandre Maltais) - Le député péquiste de Jonquière et porte-parole de la deuxième opposition en matière d’environnement, Sylvain Gaudreault, estime que les demandes de la Coalition Fjord sont légitimes, lui qui avait soulevé l’importance d’une étude globale dès l’annonce du projet de gazoduc à la fin de l’année dernière. 

« Je suis très heureux de voir que les groupes environnementalistes soutiennent la proposition que j’avais faite dès le début. J’espère maintenant que le nouveau ministre de l’Environnement [Benoit Charette] tentera de marquer le coup. S’il veut montrer qu’il croit à l’environnement, c’est le bon moment », croit le député de Jonquière.