Une envolée unique, silencieuse et lente

CHRONIQUE / Depuis quatre ans, le Festival de la gourgane d’Albanel mise sur les montgolfières pour se démarquer et ainsi attirer davantage de festivaliers. Et pour la première fois, l’organisation a proposé aux médias de vivre l’expérience à bord, une proposition que je n’ai pas pu refuser.

En déclenchant la manivelle au-dessus de sa tête, le pilote, Benoit Tarte, démarre un énorme brûleur qui réchauffe l’air dans la montgolfière. Quelques secondes plus tard, le ballon lève du sol et se laisse dériver par le vent. On voit les gens au camping municipal d’Albanel qui nous envoient la main. On peut aussi déjà voir le terrain de baseball, l’église, le village et les champs vallonneux s’étirer à perte de vue. Le soleil perce à travers les nuages, dévoilant les courbes du territoire et les petites vallées creuses entre les champs agricoles.

Si la barrière du panier en osier paraissait suffisamment haute lorsque je l’ai enjambée avant le départ, elle me semble maintenant plutôt basse, à environ un mètre de hauteur. En regardant dans l’objectif de la caméra, je suis pris d’un micromoment de vertige, et je m’accroche au cordage.

Plus on monte, plus le sentiment de vertige se dissipe. C’est un peu comme si on était rendu trop haut pour avoir peur.

Le cadran nous montre à quelle altitude nous sommes, et ça grimpe rapidement ; 1000, 2000, 3000, puis 4000 pieds d’altitude ! C’est l’équivalent de plus d’un kilomètre au-dessus du niveau du sol !

Les vents sont faibles, et on flotte au-dessus d’Albanel. En regardant au loin, on peut facilement apercevoir le lac Saint-Jean et les nombreuses grandes rivières du territoire, comme l’Ashuapmushuan, la Ticouapé et la Mistassini. La vue est grandiose avec un panorama à 360 degrés qui permet d’observer aussi bien Dolbeau-Mistassini que Saint-Félicien. La route qui mène à Girardville n’a jamais été aussi belle. Les champs brillent sous le soleil, et les différentes couleurs au sol nous laissent deviner ce qui s’y cultive. Les vaches se promènent dans les champs ; quelques tracteurs sont à l’oeuvre sous nos pieds.

Mario Fortin, le maire de Normandin, qui est dans la nacelle avec moi, en profite pour admirer sa ville d’un point de vue unique, prétendant au passage qu’il dirige la plus belle ville du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Mis à part les moments où le pilote active l’un des deux brûleurs de 25 millions de BTU, c’est le silence total, alors qu’on se laisse porter tranquillement au gré du vent. Après une trentaine de minutes dans les airs, on commence à redescendre en visant les champs à l’intersection de la route 169 et du 5e Rang.

Près du sol, le vent prend soudainement de la vigueur et nous pousse plus rapidement que pendant tout le reste du voyage. En s’approchant d’un champ aux herbes hautes, il est difficile de savoir où se trouve exactement le sol, et nous continuons notre descente. Alors que l’on pensait atterrir, nous frappons un petit monticule, et le vent se met à souffler davantage. Nous redécollons légèrement vers le champ voisin. Il est toutefois temps d’atterrir, car des arbres et un ruisseau se trouvent devant nous. Notre pilote ouvre le toit de la montgolfière en se laissant choir dans le fonds de la nacelle et réussit la belle manoeuvre malgré la turbulence. Un peu d’émotions fortes, après une envolée des plus calmes.

Fidèle à la tradition, Benoit sort une bouteille de champagne, en nous expliquant que cette pratique s’est perpétuée depuis les débuts de la montgolfière en 1783. À l’époque, les paysans étaient effrayés par les torches des montgolfières et pour les rassurer, les pilotes leur offraient du champagne. Ainsi, tous les passagers – ou presque – montant à bord d’une montgolfière reçoivent un verre de mousseux à leur arrivée… et quelques gouttes sur la tête, question de bien terminer son baptême de l’air à bord de ce drôle de moyen de transport.

Mais quelle étrange idée que celle de s’envoler, à plus d’un kilomètre au-dessus du plancher des vaches, dans un panier en osier avec quelques centaines de livres de propane à bord et deux immenses torches. D’autant plus qu’il est impossible de prévoir où l’on va atterrir, car il n’y a ni gouvernail ni dérive. Il faut simplement se laisser porter au gré du vent, en exploitant les mouvements de l’air, qui diffèrent selon l’altitude à laquelle on se trouve, m’a expliqué Benoit Tarte, un pilote de montgolfière professionnel.

Benoit et son père sont tombés en amour avec les montgolfières lorsqu’un ballon a atterri dans le champ de la ferme laitière familiale. Peu de temps après, son père a suivi son cours de pilote et acheté une montgolfière. Et Benoit a suivi le chemin tracé par son père.

Photo Le Progrès, Guillaume Roy

Rapidement, il a déniché un des rares emplois à plein temps dans le domaine en travaillant pour Remax, car au-delà de son image de marque, la boîte de courtiers immobiliers exploite les montgolfières comme outil marketing, avec 150 ballons en Amérique du Nord, dont deux au Québec.

Depuis plus de 20 ans, il parcourt la province pour s’envoler en l’air lors de festivals ou d’événements privés, avec sa femme, Annie Morin, et ses deux filles, Midori et Laurie, de 14 et 16 ans. « C’est un mode de vie, et ça nous permet de passer beaucoup de temps ensemble, tout en s’amusant », a commenté Benoit Tarte.

Voler en montgolfière permet de voir le territoire d’une manière unique, silencieuse et lente. Une façon de faire une pause pour voir la vie sous un autre angle. Pour les pilotes, chaque destination est unique, et ce métier offre des opportunités parfois extravagantes. Martin Unsworth, de Montréal Montgolfière, a par exemple travaillé pendant plusieurs années au Kenya, pour faire des safaris en montgolfière. Une façon plus qu’originale de découvrir la faune africaine !

Au cours de la fin de semaine, huit montgolfières parcourront le ciel d’Albanel, en début et en fin de journée, lorsque le vent est faible. Pour un montant de 200 $, vous pouvez aller essayer cette expérience unique. Et si vous êtes pris de vertiges, le festival offre plusieurs activités et spectacles gratuitement tout au long de la fin de semaine, dont une compétition de mud drag samedi et un gala de lutte dimanche après-midi. Vive la gourgane !