Mgr René Guay a connu une première année passablement occupée, à la tête du Diocèse de Chicoutimi, depuis son ordination, le 2 février.

Une Église «plus humble»

« Notre Église, dans l’avenir, va être beaucoup plus pauvre, plus humble, plus dépendante. Mais ça, c’est plus proche de l’Évangile. Quand l’Église est trop puissante, qu’elle a trop de pouvoir, c’est parce qu’elle s’est éloignée de l’Évangile. »

Ces propos tenus par l’évêque du Diocèse de Chicoutimi, Mgr René Guay, reflètent à eux seuls le désir profond de celui qui célébrera une année d’épiscopat, le 2 février prochain : voir l’Église se rapprocher des communautés et la voir contribuer à leur maintien, même si leurs temples religieux devront parfois disparaître.

Le nouvel évêque du Diocèse de Chicoutimi possède maintenant ses propres armoiries, sculptées par un artiste régional, qui arborent la devise épiscopale qu’il avait choisie, lors de son ordination comme prêtre, en 1975.

Mgr Guay ne se le cache pas : des décisions difficiles devront être prises dans les prochaines années. Selon les dernières données de 2017, le diocèse comptait 65 paroisses, et environ 80 lieux de cultes sur son territoire, qui s’étend de Petit-Saguenay à Saint-Thomas-Didyme, le village natal de celui qui a été le premier évêque originaire de la région à être nommé à la tête du Diocèse de Chicoutimi.

Afin de sauvegarder des lieux de culte, des décisions devront être prises de pair avec les communautés, afin de chercher à marier de nouvelles vocations.

« Le risque, c’est de dire, si on laisse aller, on va tout perdre, a-t-il exprimé, en entrevue avec Le Quotidien, dimanche, en citant entre autres exemples les initiatives de communautés comme celles de Lac-Kénogami, afin de sauvegarder la chapelle Saint-Cyriac.

« Ça appartient au milieu, donc oui, que le milieu puisse profiter des activités du culte, liturgiques, pastorales, c’est le but, mais rien n’empêche qu’il y ait d’autres activités culturelles dans un édifice. Ça rend l’édifice encore davantage au service du milieu. Au lieu de barrer nos portes, ouvrons-les. »

Visite des unités pastorales

Lui qui avait promis d’être un évêque « sac à dos » a tenu à parcourir la région, dans les premiers mois de son mandat. Il a rencontré le personnel et les bénévoles des huit unités pastorales régionales, afin d’écouter leurs préoccupations, leurs enjeux, leurs questionnements. Pas question d’imposer des solutions, pour celui qui se dit encore être un évêque « en rodage ». Rapprocher l’Église des jeunes, assurer une relève au sein de l’Église et mettre de l’avant l’importance de la parole de Dieu sont des dossiers qu’il compte prioriser en 2019, à l’issue de sa tournée régionale.

Conscient des défis actuels de l’Église, il souhaite la voir les relever. Sa lecture du moment, Périphéries : Crises et nouveautés dans l’Église, d’Andrea Riccardi, qui traîne sur son bureau, est l’une des sources qui alimente sa réflexion.

Près de la population

Pour cet homme proche du peuple, que plusieurs appellent « Mgr René » ou simplement par son prénom, le contact avec la population lui permet de se ressourcer.

Après avoir passé une vingtaine d’années à oeuvrer auprès de prisonniers, comme membre de l’équipe pastorale de la prison de Chicoutimi, entre autres, il était important, pour lui, de célébrer pour les détenus une messe, à la veille de Noël, à la prison de Roberval. « Ça me manque », a-t-il laissé tomber, en parlant du contact avec les détenus.

Mgr René Guay a connu une première année passablement occupée, à la tête du Diocèse de Chicoutimi, depuis son ordination, le 2 février.

Il se promettait d’ailleurs, dans les prochains jours, de répondre à la lettre de voeux de Noël d’un de ses amis incarcérés, avec qui il a maintenu des liens, au fil des ans.

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AFFAIRE PAUL-ANDRÉ HARVEY: LA MUTUELLE DOIT REMPLIR SES OBLIGATIONS, CROIT LE DIOCÈSE

L’évêque de Chicoutimi, Mgr René Guay, assure que le Diocèse de Chicoutimi déploie tous les efforts nécessaires afin que la Mutuelle des fabriques remplisse ses obligations auprès des victimes de l’ex-prêtre pédophile Paul-André Harvey.

Le Diocèse de Chicoutimi fait face à un recours collectif de 14 M $, autorisé en 2016, intenté par les victimes de l’ex-prêtre, qui sont représentées par l’Association des jeunes victimes de l’Église (AJVE). Une centaine de victimes se sont manifestées à ce jour.

Un litige entre le diocèse et son assureur, l’Assurance mutuelle des fabriques de Québec, communément appelée la Mutuelle des fabriques, avait à l’époque laissé planer la possibilité d’une faillite du diocèse, si le tribunal le condamnait à dédommager les victimes.

« Actuellement, tous nos efforts sont faits pour que nos assureurs remplissent leurs obligations. Tous nos efforts sont faits de ce côté-là, nous autres on travaille pour ça, a assuré Mgr René Guay, en entrevue avec Le Quotidien, dimanche. Parce que c’est très clair : sans l’aide des assureurs, comment peut-on aider les victimes ? »

Il souhaiterait un dénouement rapide dans ce dossier. « Nous, c’est sûr qu’on souhaiterait un dénouement, le plus rapidement possible, pour passer à autre chose ; pour que les victimes passent à autre chose, en premier, pour elles », a-t-il souligné, en précisant que le tout était entre les mains de la Mutuelle des fabriques, qui assure la défense du diocèse dans ce dossier.

Bien qu’il ne puisse commenter davantage la situation, Mgr Guay a tenu à exprimer sa compassion envers les victimes de l’ex-prêtre Paul-André Harvey, qui est mort en mai 2018, en détention, à l’âge de 81 ans. « C’est sûr qu’il n’y a pas une journée, dans ma prière, dans ma réflexion, que je ne pense pas aux victimes », a-t-il partagé.

L’ex-prêtre pédophile Paul-André Harvey a été condamné en 2015 à six ans de pénitencier pour avoir plaidé coupable à 39 chefs d’accusation, de grossière indécence et d’attentat à la pudeur, entre autres. Depuis décembre dernier, neuf fabriques du Saguenay, l’Évêque catholique de Chicoutimi, la Corporation épiscopale catholique romaine de Chicoutimi et l’Assurance mutuelle des fabriques de Québec sont également visées par le recours collectif déposé par l’AJVE.

À l’échelle mondiale

Après les nouvelles révélations de scandales sexuels qui ont secoué l’Église catholique, à l’échelle mondiale, en 2018, l’évêque du Diocèse de Chicoutimi croit que l’Église doit s’assurer que ces situations ne se reproduisent plus. 

« Tu fais référence à un cas [Paul-André Harvey], mais tu t’aperçois que c’est une multitude de cas. Et là, ça devient dramatique. Dramatique d’abord pour ce que vivent les victimes ; dramatique pour l’Église, car elle ne remplit pas bien sa mission, à ce moment-là. L’Église est appelée à une conversion et à un changement profond. »

Mgr René Guay a assuré que si des soupçons de pédophilie lui étaient rapportés au sein du diocèse, il n’hésiterait pas à intervenir. « Le prêtre, dans les cinq prochaines minutes, est suspendu », a-t-il affirmé, en ajoutant que la tolérance zéro était de mise.

Il a bon espoir que les gestes concrets posés par le pape François, tels que la convocation des évêques en février 2019 au Vatican, sur le thème de la protection des mineurs face aux agressions sexuelles, permettront d’entamer les changements espérés au sein de l’Église.