Une dalle «Made in USA»

Marc St-Hilaire
Marc St-Hilaire
Le Quotidien
Une dalle de pont faite d'aluminium, installée dans la Vallée de l'aluminium: voilà le projet-pilote dont rêvait le gouvernement. Celui-ci se réalisera dès cet automne, à Saint-Ambroise. Le hic, c'est que la fameuse dalle, la première du genre à être utilisée au Québec, aura été importée des États-Unis. Qui plus est, elle sera fabriquée à partir d'une technologie norvégienne, signée par le géant de l'extrusion Sapa.
En octobre 2012, le ministre des Transports et député de Jonquière à l'Assemblée nationale, Sylvain Gaudreault, levait le voile sur ce projet. L'annonce était mi-officieuse, mi-officielle, prononcée dans un discours devant une centaine d'acteurs de l'industrie, réunis à Montréal dans le cadre du cocktail annuel de l'Association de l'aluminium du Canada.
Pour le gouvernement, cette annonce démontrait une volonté ferme d'intégrer davantage l'aluminium dans ses infrastructures, tel que le mentionnait le ministre.
À cette époque, le projet n'était cependant qu'embryonnaire, «à l'étape de conception».
Selon une information obtenue par Le Quotidien, d'une source fiable qui ne souhaite pas se compromettre, tout a été mis en oeuvre de façon à honorer, dans les temps, l'engagement du ministre Gaudreault. Ce dernier a promis, en 2013, qu'on effectuerait des tests sur «une surface de roulement en aluminium qui pourrait être une alternative à celles en béton conventionnel».
Aucune information ne permet de conclure que l'élu ou son cabinet sont intervenus, de quelque façon que ce soit, auprès des fonctionnaires.
Quoi qu'il en soit, le 8 août dernier, c'est l'entreprise chicoutimienne Paul Pedneault Inc. qui a remporté l'appel d'offres pour contracter les travaux avec une soumission de 895 393$. Malgré son expertise reconnue à l'échelle du Québec, l'entreprise locale devra se résigner à acquérir, à l'étranger, la pièce maîtresse du petit pont de sept mètres.
Joint jeudi après-midi, le président de l'entreprise, Normand Pedneault, a refusé de préciser sur les détails ayant mené jusqu'à l'octroi de son contrat. Il a néanmoins admis que la complexité du mandat qui lui est accordé «est de beaucoup supérieure à celle de la réfection du pont d'aluminium de Shisphaw». Paul Pedneault Inc. est en effet responsable de la rénovation du chef-d'oeuvre architectural, un mandat de quelque 3,5 millions$.
«Avec le pont de Saint-Ambroise, nous nageons dans l'inconnu, a-t-il confié. C'est l'occasion de faire quelque chose de bien, mais c'est aussi assez risqué. Il y a encore plusieurs choses à analyser.»
Rendez-vous manqué
La construction du petit pont de Saint-Ambroise se veut également un rendez-vous manqué pour la grappe régionale dédiée à la recherche et au développement qui planche depuis des années sur la technologie de soudage de l'aluminium par friction-malaxage. De façon concrète, celle-ci permettra de concevoir des extrusions de grand gabarit destinées à la fabrication des ponts ou autres infrastructures, à partir de pièces de moindre dimension.
Selon différentes sources, deux ans de plus auraient suffi pour mener à terme un projet similaire, à partir des forces vives du Saguenay-Lac-Saint-Jean, notamment avec la construction imminente d'une usine d'extrusion au nouveau parc technologique d'Alma.