Les policiers Bernard Moreau et Sophie Tremblay accompagnaient Carl Tremblay pour le dîner communautaire qui soulignait le premier anniversaire du partenariat établi avec le Service de police de Saguenay et le Centre d’amitié autochtone de Chicoutimi.

Une confiance à bâtir entre les Autochtones et policiers

« On doit avoir à l’esprit que les membres des communautés autochtones n’ont pas toujours eu des expériences positives avec les services publics. Ça prend un certain temps pour déconstruire ces mauvaises expériences. Ce sont des êtres humains comme vous et moi et ils ont le droit de recevoir les mêmes services et on doit leur donner dans un climat de confiance. »

Le policier Carl Tremblay, du Service de police de Saguenay, est devenu un habitué du Centre d’amitié autochtone de la rue Jacques-Cartier de Chicoutimi, où il a pris l’habitude de débarquer régulièrement pour saluer les gens. Il est l’agent de liaison d’un projet de partenariat mis en place depuis un an avec l’aval de la direction du service de police afin de faciliter l’intégration des membres des communautés innues et attikameks qui vivent à Saguenay pour différentes raisons.

« Il y a aujourd’hui 1500 membres des communautés qui habitent la métropole régionale. On peut aussi s’attendre à ce que cette communauté devienne plus importante au cours des prochaines années. Elle a doublé en l’espace de deux ans. Le centre leur donne du support et nous avons décidé de créer des liens en nous rapprochant du centre. L’apprivoisement s’est fait lentement et aujourd’hui, nous avons des relations ouvertes et on fait des interventions comme nous faisons avec d’autres groupes », reprend le policier.

Les services dispensés par le SPS sont variés. Ils comprennent tout le volet prévention avec la possibilité que l’agent de liaison soit présent lors d’une intervention d’urgence.

L’intervenante communautaire Karine Cleary affirme que plusieurs membres des communautés déposent des c.v. chez les employeurs. Ils sont toutefois peu nombreux à recevoir des réponses pour des entrevues ou même obtenir un emploi.

« Il y a quelques jours, j’ai fait une présentation aux parents sur tout le phénomène des jeunes et de l’utilisation des réseaux sociaux comme nous le faisons dans les écoles. Ils vivent les mêmes problèmes que nous avec les jeunes et tout le phénomène Internet. Lorsqu’une situation d’urgence survient, ils peuvent contacter le 911 comme tout le monde et on peut aussi demander à ce que je sois présent et même accompagné d’une intervenante sociale quand c’est nécessaire », explique Carl Tremblay.

Dans l’Ouest canadien, l’intégration des Autochtones dans les grandes villes n’a rien d’un succès. À Saguenay, le policier considère qu’il y a toujours une forme de discrimination, mais que les perceptions changent de part et d’autre. Carl Tremblay est convaincu que le fait d’établir un partenariat entretenu sur une base permanente facilite grandement le dialogue et permet de faire des ajustements en fonction de la culture spécifique de ces citoyens.

Carl Tremblay ne voit pas son travail comme un accommodement spécifique. Il signale que les gens des différentes communautés qui débarquent à Saguenay pour recevoir des soins de santé spécialisés qu’ils n’ont pas chez eux, pour poursuivre des études ou pour tenter de dénicher un emploi perdent temporairement leurs repères. Ils ont donc besoin d’avoir confiance en les représentants des services publics.

Lors du passage du Progrès, le policier Tremblay était accompagné de cinq autres policiers. Ils ont tous pris la photo officielle avec les personnes présentes au centre.

Le policier Carl Tremblay assure la liaison avec le Centre d’amitié autochtone de Chicoutimi. Le partenariat mis en place il y a un an permet aux policiers de se rapprocher de cette communauté de 1500 membres qui augmente d’année en année.

« On parle de la nécessité de s’intégrer, mais ils font aussi des actions. Il y a une garderie au centre et les places disponibles sont offertes aux parents québécois. Les enfants fréquentent l’école des Quatre-Vents [Chicoutimi-Nord]. Ce sont des choses qui permettent des rapprochements et d’éliminer des préjugés », a conclu le policier.

Un mur à abattre

L’intervenante communautaire Karine Cleary abonde sensiblement dans le même sens que le représentant du Service de police de Saguenay. Elle croit aussi que la communauté pourrait grossir rapidement d’ici les prochaines années puisque les services dispensés par la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay avec l’école des Quatre-Vents, le partenariat avec le service de police ainsi que la présence de l’UQAC sont prisés par les membres des communautés autochtones.

« Les choses changent même s’il y a toujours un mur qui existe entre nos communautés. Cette année, nous avons sensibilisé 5000 personnes à la réalité des Autochtones », précise l’intervenante.

Karine Cleary a entendu parler comme tout le monde de la pénurie de main-d’oeuvre qui s’installe dans la région. Plusieurs membres des communautés autochtones qui s’installent à Saguenay sont aussi à la recherche d’emplois.

« Les gens vont porter des c.v. quand il y a des offres d’emploi. Plusieurs n’ont jamais de réponse », rappelle l’intervenante communautaire qui espère que les employeurs ouvrent leurs portes aux Autochtones. Même le gouvernement du Québec a identifié les membres des communautés autochtones du Québec comme étant un groupe à prendre en compte pour contrer la pénurie de main-d’oeuvre.