Élisabeth Martin travaille au Lucile Packard Children’s Hospital de Stanford, en banlieue de San Francisco.

Une chirurgienne cardiaque forcée de s'exiler

Une ancienne étudiante du Séminaire de Chicoutimi établie depuis peu aux États-Unis s’affaire à sauver la vie d’enfants aux prises avec des malformations cardiaques dans un des hôpitaux de pointe dans le monde. Elle aimerait revenir au Québec un jour, mais déplore le manque d’accès au marché de l’emploi pour les jeunes chirurgiens au Canada.

À 32 ans, Élisabeth Martin affiche déjà un parcours des plus impressionnants. Après la fin de sa formation en médecine à l’Université McGill en 2011, la chirurgienne cardiaque passe ensuite les six années suivantes à faire son internat à l’Université Laval, à Québec, entrecoupée d’une année de maîtrise en biostatistique et en épidémiologie à la prestigieuse université Harvard de Boston. Après une première année de pratique à Toronto en 2017, elle se dirige ensuite vers San Francisco, où elle travaille depuis cette année au Lucile Packard Children’s Hospital de Stanford.

« La chirurgie congénitale et pédiatrique est une surspécialisation. J’opère les enfants dès la naissance, mais aussi des adultes. Il y a 20 ou 30 ans, les bébés qui naissaient avec des malformations congénitales cardiaques mourraient. On ne les opérait pas, mais maintenant, on les opère et ils survivent, mais ils arrivent à l’âge adulte avec des complications qu’on ne connaissait pas avant. Des fois, on opère des patients de 50 ou 60 ans qui ont été opérés six ou sept fois au coeur depuis leur naissance. Ils arrivent à l’âge adulte avec quelque chose de complètement nouveau », raconte la jeune médecin, qui dit ainsi apprendre auprès de sommités mondiales dans son domaine.


«  Le calibre est différent. C’est vraiment un centre de référence pour une pathologie spécifique, alors je vois des affaires complètement capotées.  »
Élisabeth Martin

Difficile de pratiquer au pays

Même si elle évolue dans un établissement à la fine pointe, Élisabeth Martin ne cache pas qu’elle aimerait pratiquer la chirurgie cardiaque chez elle, au Québec, mais que l’accès au marché du travail complique la situation pour les jeunes médecins spécialistes comme elle.

« C’est sûr que j’aimerais ça revenir au Québec. Vraiment. Le plan, ce serait de revenir vivre au Québec, à Québec ou Montréal, là où il y a de la chirurgie pédiatrique. Mais c’est difficile. Je fais partie des gens qui sont partis, oui pour aller me chercher une formation, mais aussi parce que je devais me trouver du travail. Le marché du travail au Québec et au Canada est extrêmement difficile pour la chirurgie cardiaque en général. Il n’y a pas de travail, donc on s’exile en espérant revenir au pays. J’ai des collègues qui travaillent aux États-Unis parce que les gens [du ministère de la Santé] ne veulent pas offrir de travail. Ce n’est pas parce qu’il y a un manque de patients, mais je crois que c’est plus pour des raisons politiques », explique Mme Martin.

Elle donne d’ailleurs en exemple le fait que très peu de chirurgiens sont formés chaque année au pays, mais que la plupart des finissants n’ont d’autres choix que de se tourner vers le marché international.

« Dans mon année, on est cinq chirurgiens à avoir gradué au Canada. On se dit qu’il doit bien y avoir de la place pour cinq chirurgiens cardiaques dans tout le pays, mais ils veulent souvent du cinq ou dix ans d’expérience et il faut bien commencer un jour quelque part. En général, c’est assez difficile de revenir au Canada, pas juste au Québec. C’est comme ça partout. Les gens ne quittent pas par volonté de quitter. Quand le temps vient de revenir, c’est difficile. Je suis partie pour avoir accès à une équipe et une expertise et ramener ça au Québec. Peut-être qu’avec les choses que j’apprends, ça va intéresser quelqu’un au pays. Quand tu t’installes dix ans dans un autre pays, tu as ta routine, ta vie et tes collègues... tu te dis “est-ce que ça vaut la peine de retourner d’où je viens, mais aussi d’où on m’a boudée quand je suis partie ? ” »