Le docteur Stanley Vollant était l’invité du Cercle de presse de Saguenay, mercredi.

Une boîte de cartouches contre des terres

Xavier Vollant a reçu une boîte de cartouches pour l’ennoiement par Hydro-Québec de son territoire de chasse, aujourd’hui le réservoir Pamouscachiou. Un jour, il a compris qu’il s’était fait avoir et que son petit-fils, Stanley Vollant, devait aller à l’école pour maîtriser les connaissances des Blancs pour faire face au monde qui l’entoure.

Aujourd’hui, le petit-fils de ce que l’on peut considérer comme étant la dernière génération des chasseurs marche des milliers de kilomètres et encourage à sa façon les jeunes dans les communautés du Québec à faire preuve de persévérance. Devant le Cercle de presse du Saguenay, mercredi, le médecin, qui quittera avec beaucoup de tristesse l’hôpital de Dolbeau pour se joindre à l’équipe de chirurgie générale de l’hôpital Notre-Dame de Montréal, a abordé des thèmes sensibles pour les communautés et il admet qu’il sera mort le jour où elles afficheront des indicateurs sociaux sanitaires et économiques semblables à ceux de la population québécoise en général.

« Ça va prendre deux ou trois générations, admet Stanley Vollant. Mon objectif est de former des leaders, surtout chez les jeunes puisque moi, je suis déjà âgé. Ça prend des modèles pour les jeunes et c’est ce que je compte faire avec l’équipe que je souhaite inscrire au Grand défi Pierre Lavoie », reprend l’Innu de Pessamit, qui a mis sur pied le Chemin des 100 rêves au terme de cette longue marche en raquette et à pied où il a rencontré des milliers de jeunes Autochtones.

Stanley Vollant ne lève jamais le ton contre les gouvernements blancs. Il préfère évoquer des rendez-vous manqués qui auraient pu changer radicalement l’univers des Innus du Québec et des autres communautés du Canada, incluant les Inuit.

En 1957, son grand-père perdait son territoire de chasse en échange de cette boîte de cartouches de calibre 30-30 qui ne vaut pas plus de 30 $ aujourd’hui et, surtout, sans pouvoir dire un seul mot. Au cours des dernières heures, sa cousine propriétaire d’une pourvoirie le long de la rivière Pessamit voyait ses équipements endommagés par les déversements d’urgence d’Hydro-Québec et tout indique qu’elle risque encore une fois de se heurter à la société d’État.

« Il y a comme deux mondes autochtones au Québec. Il y a les Cris, Naskapis et Inuit sous convention et maîtres chez eux. Et il y a tous les autres comme nous puisque nous oublions que le premier grand projet de barrage d’Hydro-Québec a ennoyé nos territoires. Ce n’est pas la Manic », ajoute le médecin.

Après Oka, Ottawa met en place la commission Erasmus-Dussault pour tirer un portrait de la réalité des Premières Nations. Le premier ministre Paul Martin, très sensible à toute la problématique vécue dans les réserves, paraphe l’accord de Kelowna qui prévoyait des investissements de 3 à 4 G $ par année sur une dizaine d’années pour permettre aux communautés de rattraper le temps perdu. Le premier ministre Stephen Harper « a pratiquement déchiré cette entente » et aujourd’hui, Stanley Vollant considère que la situation a empiré.

« L’autre jour, dans une discussion avec le premier ministre Philippe Couillard, je lui ai rappelé que les Québécois avaient investi 160 000 $ pour me donner une formation de médecin. À mon tour, j’ai retourné en impôts et taxes 3 à 4 M $ au gouvernement. Le gouvernement investit des centaines de millions pour faire des routes pour extraire des diamants du sol du Nord québécois. Il pourrait aussi investir dans nos communautés où il y a aussi une richesse humaine », insiste le médecin.

Stanlay Vollant est cependant conscient que ce n’est pas facile pour un jeune Autochtone de quitter sa communauté pour fréquenter les grandes écoles. Il demande donc aux dirigeants locaux de former les jeunes adéquatement afin qu’ils puissent affronter le monde extérieur. Il admet que tous ces jeunes ne pourront trouver des conditions économiques dans les communautés, mais croit qu’il est possible pour un jeune Autochtone d’être un brillant médecin à San Francisco tout en conservant des liens culturels avec sa communauté d’origine.

Pour Stanley Vollant, les dirigeants des communautés doivent permettre aux jeunes d’avoir les outils pour profiter de la nouvelle réalité mondiale.