Catherine Dionne-Foster, Fabien Girard et Marc Gagnon ont lancé jeudi soir la bière Cuvée Marie-Victorin pour sensibiliser les consommateurs à la cueillette responsable en forêt boréale.

Une bière pour la forêt boréale

Tout un mystère entoure la plante boréale au coeur de la recette de la nouvelle Cuvée Marie-Victorin de la Microbrasserie du Lac-Saint-Jean, en collaboration avec la brasserie artisanale La Korrigane de Québec et le chercheur jeannois Fabien Girard. Les concepteurs espèrent de cette façon sensibiliser les consommateurs et les fabricants à la cueillette responsable.
Le poivre des dunes, le thé du Labrador, le myrique baumier et autres épices boréales ont connu dernièrement un fort engouement, que ce soit pour leurs applications culinaires, cosmétiques ou médicales. Certaines entreprises y ont vu « une mine d'or » sans penser à protéger les ressources de la forêt, dénoncent le brasseur jeannois Marc Gagnon, la brasseuse de La Korrigane Catherine Dionne-Foster et le biologiste Fabien Girard.
« On voit en forêt des choses qui ne nous plaisent pas beaucoup, confie ce dernier. Il y a de la cueillette massive et intensive. Certains cueilleurs font très bien ça. Ils coupent la plante au bon moment et ils ne cueillent pas tout pour laisser la forêt se régénérer. D'autres ne sont pas formés et font ça n'importe comment. »
Le chercheur se spécialise dans les études des plantes de la boréalie. Selon lui, on peut trouver l'équivalent à presque tous les produits du monde dans les forêts boréales. Lui-même cueilleur, il collabore avec Marc Gagnon depuis près d'une dizaine d'années. Celui-ci n'hésite pas à comparer ce qui se passe dans les forêts à du « saccage ». Catherine Dionne-Foster est aussi une passionnée des champignons, petits fruits, fleurs et autres cadeaux de la forêt.
« On espère que la nouvelle bière va susciter une réflexion. On veut continuer à brasser avec des épices boréales longtemps. En gardant le secret cette fois-ci, ça fait jaser et on peut expliquer aux gens pourquoi on fait ça », souligne-t-elle.
Fabien Girard a lui-même découvert l'épice, qui selon lui n'a jamais été utilisée commercialement. Il est prêt à donner quelques détails : « C'est une sécrétion contenant de la vanilline que seulement une plante sur 1000 va produire, alors qu'on la retrouve partout. On ne sait pas si c'est dû à une symbiose avec les champignons du sol, une réaction à certains insectes ou un autre stimulus. Je fais encore des recherches là-dessus. »
L'épice a d'ailleurs donné du fil à retordre aux brasseurs, qui ont pensé pendant près d'un an à la meilleure façon d'extraire le goût et de le garder au sein de la bière. « Comme ça n'a jamais été fait avant, on n'avait rien pour se baser au départ. J'ai même voulu abandonner, mais les gars voulaient persévérer ! » raconte Catherine Dionne-Foster.
Le résultat est une bière automnale à environ 5,5 % d'alcool, à mi-chemin entre une Porter et une Brown Ale, et aux arômes de pain d'épices, de brioche, de vanille et de girofle.
hommage botanique
Le nom en l'honneur du frère Marie-Victorin, décédé en 1944 et auteur de l'ouvrage La Flore laurentienne, est aussi savamment choisi. « Ce livre, c'est la bible des botanistes ! Marie-Victorin a aussi vécu à Saint-Gédéon pendant quelque temps pour ses recherches. Je trouve que donner son nom à la bière est une sacrée bonne idée », s'enthousiasme Fabien Girard.
Pour la Microbrasserie du Lac-Saint-Jean, il s'agit d'une vingtième bière d'inspiration boréale. « On pourrait la mettre en bouteille si le public l'aime bien », indique Marc Gagnon. Le brasseur rêve même d'une certification « cueillette responsable » pour guider les consommateurs, un peu comme pour les produits biologiques ou équitables. L'encadrement en forêt est cependant difficile, convient Fabien Girard. À son avis, les saveurs boréales sont souvent utilisées à des fins de marketing, sans que la qualité et le goût soient au rendez-vous.
La Cuvée Marie-Victorin peut être bue aux deux microbrasseries de Saint-Gédéon et du quartier Saint-Roch à Québec.