Quelque 55 cuves précuites n’ont pas été redémarrées depuis le printemps à l’Usine Arvida de Rio Tinto, située à Jonquière, au Saguenay-Lac-Saint-Jean.
Quelque 55 cuves précuites n’ont pas été redémarrées depuis le printemps à l’Usine Arvida de Rio Tinto, située à Jonquière, au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Une baisse de production moins importante qu’anticipée à l’Usine Arvida de Rio Tinto

Myriam Gauthier
Myriam Gauthier
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
La baisse de production annoncée par Rio Tinto au printemps pour son aluminerie d’Arvida devrait être moins importante qu’anticipée en 2020, alors que le nombre de cuves précuites non redémarrées a été freiné, cet automne.

Au total, environ 55 cuves précuites fermées pour entretien de l’Usine Arvida n’ont pas été redémarrées depuis le printemps, a indiqué au Quotidien Donat Pearson, président du Syndicat national des employés de l’aluminium d’Arvida (SNEAA).

Jusqu’à une centaine de cuves pouvaient ne pas être redémarrées d’ici la fin de 2020 dans l’usine saguenéenne, selon les informations qui avaient été transmises initialement au syndicat.

« L’employeur a freiné la dégringolade, parce que depuis août-septembre, on redémarre des cuves pour éviter qu’à un niveau technique, on ait trop de cuves arrêtées dans une salle et qu’on soit obligé d’arrêter la salle de cuves », a-t-il expliqué.

Quelques cuves avaient également été redémarrées cet été pour éviter que la situation ne devienne « critique », précise M. Pearson. Dans une salle d’une centaine de cuves, un arrêt dépassant une douzaine de cuves entraîne des problèmes techniques, a-t-il donné en exemple. L’Usine Arvida compte six salles de cuves.


« L’employeur a freiné la dégringolade, parce que depuis août-septembre, on redémarre des cuves pour éviter qu’à un niveau technique, on ait trop de cuves arrêtées dans une salle et qu’on soit obligé d’arrêter la salle de cuves. »
Donat Pearson, Unifor

Stabilisation de la production

« Présentement, ça stabilise la production en démarrant les cuves. On n’est pas encore en mode où on peut dire qu’ils ont tout rattrapé, on n’est pas là, mais au moins ils en décollent pour éviter une fermeture », a ajouté le président du syndicat affilié à Unifor. Il s’attend ainsi à ce que la baisse de production pour 2020 soit « un peu moins pire » que ce qui avait initialement été annoncé en juin.

La reprise de la demande en aluminium depuis cet été pourrait aussi expliquer cette décision, estime Donat Pearson. Le « non-redémarrage » de cuves depuis le printemps n’a pas eu d’impact sur la main-d’oeuvre.

Au début de la crise, en mars, la multinationale avait donné pour consigne de ne pas redémarrer les cuves qui devaient subir un entretien. Le « redémarrage » est une mesure d’entretien courante, qui permet une réfection des cuves en fin de vie afin de les remettre en opération.

Le prolongement indéterminé de cette mesure dans les installations d’Arvida avait ensuite été annoncé en juin, face aux difficultés « sans précédent » que connaissait alors l’industrie, avait indiqué la multinationale dans une note interne. À ce moment, 19 cuves n’avaient alors pas été redémarrées.

Rio Tinto anticipait alors une baisse de production 5 % en 2020 pour son aluminerie d’Arvida, soit une réduction de 8000 tonnes.

Malika Cherry, conseillère relations avec les médias pour Rio Tinto, a indiqué que l’entreprise n’était pas en mesure de réévaluer à ce stade-ci la baisse de production initialement estimée pour 2020.

« Cela limite l’impact sur la production, mais c’est sûr que les conditions demeurent difficiles et il faut s’ajuster au jour le jour », a-t-elle précisé, en parlant de la crise sanitaire et économique.

Baisse de production de 2,5 % pour les neuf premiers mois

Au troisième trimestre, l’Usine Arvida a connu une baisse de production de 7,2 %, par rapport au même trimestre l’an dernier. La production d’aluminium a été d’un peu plus de 41 300 tonnes, selon les données dévoilées en octobre.

La baisse est cependant moins importante pour le portrait des neuf premiers mois de l’année. La production de l’usine a connu une légère baisse de 2,5 % par rapport aux trois premiers trimestres de 2019, passant de près de 131 000 tonnes à un peu plus de 127 600 tonnes.


« Cela limite l’impact sur la production, mais c’est sûr que les conditions demeurent difficiles et il faut s’ajuster au jour le jour. »
Malika Cherry, Rio Tinto

L’aluminerie d’Arvida compte quelque 800 cuves précuites et environ 150 emplois y sont reliés. La durée de vie des cuves, qui utilisent une technologie polluante, avait été prolongée jusqu’en 2025 après une entente entre Québec et Rio Tinto en 2018, en échange d’un plan d’investissements de l’entreprise.

100 meilleurs employeurs au Canada

Par ailleurs, Rio Tinto a été sélectionné pour une troisième année consécutive parmi les 100 meilleurs employeurs au Canada dans le classement de Mediacorp Canada, a souligné l’entreprise par voie de communiqué, mardi.

Le classement évalue différents critères, tels que les conditions de travail des employés au pays, l’implication dans la communauté ou encore la gestion de performance. En ligne, la portion évaluant les lieux de travail concerne le siège social de l’entreprise à Montréal.

COVID-19: DU TEMPS SUPPLÉMENTAIRE POUR MAINTENIR LES OPÉRATIONS

Les cas de COVID-19 chez Rio Tinto au Saguenay-Lac-Saint-Jean obligent les travailleurs à combler les absences par du temps supplémentaire afin d’assurer le maintien des opérations.

Une vingtaine de cas de COVID-19 ont été confirmés parmi les travailleurs d’Arvida, a indiqué Donat Pearson, président du SNEAA. En incluant les cas chez les sous-traitants, il estime le nombre de cas à environ 35.

La situation entraîne le retrait préventif d’une centaine de travailleurs, dont l’absence est comblée par des heures de travail supplémentaires. « C’est pas évident, les travailleurs donnent quand même tout ce qu’ils peuvent, mais ce n’est pas très évident pour personne », a-t-il souligné.

Certains secteurs de l’entreprise touchés par la COVID-19 se trouvent en « zone rouge », où les mesures déjà en place ont été rehaussées.

Un milieu d’éclosion « secteur aluminerie »

À l’Usine Alma, une dizaine de travailleurs sont atteints de la COVID-19. Le président du Syndicat des Métallos d’Alma, Sylvain Maltais, a cependant préféré ne pas mentionner le nombre de personnes retirées de façon préventive.

« On maintient les opérations et ça va quand même assez bien », a-t-il souligné, lors d’un entretien avec Le Quotidien plus tôt cette semaine. Le temps supplémentaire permet également de combler l’absence des travailleurs retirés.

Aucune réorganisation majeure des horaires de travail n’est cependant planifiée actuellement autant à Arvida qu’à Alma, ont indiqué les deux représentants syndicaux.

Dans sa mise à jour mardi des principaux sites d’éclosion de la région à l’extérieur des installations du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS), un milieu d’éclosion totalisant 18 cas est maintenant associé à un milieu de travail, « secteur aluminerie » dans Lac-Saint-Jean-Est. Tout porte à croire qu’il s’agit de l’Usine d’Alma de Rio Tinto, mais il n’a pas été possible de confirmer cette information mardi.

Rio Tinto ne précise pas pour sa part le nombre de travailleurs touchés par la COVID-19 dans ses installations. La porte-parole Malika Cherry a indiqué que les mesures sanitaires appliquées évoluent avec la situation. Depuis le début de la crise, le télétravail a été maximisé et des procédures de dépistage ont été mises en place, notamment.