Une autre travailleuse sociale démissionne

Épuisée et désabusée devant le manque de ressources humaines et matérielles, une autre travailleuse sociale remet sa démission à la direction du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Saguenay-Lac-Saint-Jean (CIUSSS).

Maude Fecteau emboîte le pas à son ex-collègue du CLSC de Jonquière, Ariane Rousseau-Dupont, qui a remis sa démission pour des raisons semblables en avril.

Le départ volontaire de Mme Rousseau-Dupont a fait l’objet d’une couverture journalistique dans Le Quotidien. Elle se disait à bout de souffle, à bout de ressources et découragée des orientations du CIUSSS en matière de services sociaux. Cette sortie en a provoqué une deuxième quelques semaines plus tard, alors qu’un groupe de TS s’est exprimé de façon anonyme dans le même journal.

Aujourd’hui, c’est au tour de Maude Fecteau de quitter le navire. Dans une lettre envoyée à son employeur vendredi, elle explique que c’est «avec grand regret» qu’elle remet sa démission, et ce malgré l’importance qu’elle accorde au système public et le «grand dévouement» avec lequel elle a œuvré au sein du réseau de la santé et des services sociaux.

«Je décide aujourd’hui de me retirer, car il m’est impossible de travailler en inadéquation avec les principes et valeurs fondamentales de ma profession de travailleuse sociale. En l’espace d’un an et demi seulement, au détriment de ma santé physique, je me suis bien vite rendu compte que la gestion actuelle est en dissonance constante avec mes valeurs, mon ordre professionnel et le bien-être de la population», écrit-elle.

Qualifiant la réforme en santé de «catastrophique», Maude Fecteau estime que celle-ci «détruit l’accessibilité, déshumanise les services et épuise les professionnelles».

«J’ai réalisé l’impossibilité de mettre de l’avant les valeurs primordiales à ma profession, soit la justice sociale, la créativité, le respect de l’autonomie, du jugement clinique et éthique, la nécessité d’une pratique humaine ainsi que l’intégrité et la dignité des personnes», poursuit la professionnelle.

Maude Fecteau dit démissionner pour protéger sa santé et pour être fidèle à ses principes. Elle affirme poser ce geste «pour dénoncer les lacunes organisationnelles et la violence institutionnelle au sein du réseau».

«Le mode de gestion mis de l’avant réduit la qualité et l’accessibilité des services à la population et par le fait même, il induit une pression et un stress incommensurables sur les professionnelles. Je dénonce les coupes budgétaires, le manque de ressources humaines et matérielles, qui rendent impossible de bien répondre aux besoins de la population», dit la travailleuse sociale démissionnaire.

Rationalisation dénoncée

Pression d’efficience, surcharge de travail, priorisation d’objectifs budgétaires au détriment de la qualité des services et manque d’éthique structurel et organisationnel portant préjudice à la population. Voilà autant d’enjeux dénoncés par Maude Fecteau, qui estime que la rationalisation des pratiques s’éloigne des valeurs de l’intervention sociale.

«Je dénonce une direction gouvernementale autoritaire, éloignée des réalités du terrain, un manque flagrant de reconnaissance envers les employés ainsi qu’un déni organisationnel et structurel de la subjectivité des intervenantes. Je dénonce la charge administrative qui prend toute la place au détriment de la présence réelle auprès de la population, la domination du travail administratif et de la performance quantitative au détriment des responsabilités professionnelles et du souci clinique», peut-on lire dans la lettre de la TS.

Considérant qu’il lui est impossible de pratiquer sa profession dans des conditions «qui détruisent toute la beauté du travail social», Maude Fecteau part en espérant trouver un nouvel emploi où elle pourra pratiquer son métier dans le respect de ses valeurs.