Au départ, seul Xavier devait devenir réserviste. Patrick Kennedy et Jocelyne Boivin ont eux aussi eu la piqûre. Charlène, 16 ans, sera la prochaine à compléter son camp de recrue à Valcartier, alors que les autres membres de sa famille prendront part à diverses missions.

Une affaire de famille

Les nouveaux réservistes des Forces canadiennes qui ont la mi-quarantaine ne sont pas légion. Ceux de cet âge qui embarquent dans l’aventure en famille le sont encore moins. C’est ce qui distingue Jocelyne Boivin, son conjoint Patrick Kennedy, et les deux enfants de Mme Boivin, Xavier et Charlène Lebeuf. Ils vivent aujourd’hui une épopée fascinante, laquelle leur permet de partager une passion commune et de passer du temps ensemble.

En 2015, il était question que Xavier, alors âgé de 16 ans, s’enrôle dans la Réserve navale. Deux de ses cousines l’avaient fait avant lui, et le jeune homme et sa mère y voyaient la chance de décrocher un emploi étudiant de qualité, bien rémunéré et assorti de nombreux avantages. Jocelyne Boivin, enseignante en mathématiques au Séminaire de Chicoutimi, a accompagné son garçon lors des premières rencontres d’information. Elle y a aussi trouvé son compte. 

«J’ai été séduite et j’ai demandé : ‘‘Est-ce qu’on peut, nous (parlant d’elle et son conjoint)?’’. On m’a dit qu’on pouvait joindre la Réserve navale jusqu’à 57 ans. Je me suis dit que ça pourrait être un beau défi, un deuxième emploi qui me permettrait d’apprendre plein de choses, dont l’anglais», raconte Jocelyne Boivin, âgée de 45 ans à l’époque. 

Patrick Kennedy s’est lui aussi montré très intéressé. L’enseignant en éducation physique au Cégep de Chicoutimi, qui cumulait alors plus de 20 ans d’expérience dans son domaine, avait envie de changer d’air et de se sentir un brin déstabilisé par un défi contrastant avec son quotidien. Il s’est donc lui aussi engagé comme réserviste. 

Jocelyne Boivin, Patrick Kennedy et Xavier Lebeuf ont tous trois complété leur camp de recrue et ont aujourd’hui un métier dans la Réserve. La mère de famille est officière, tandis que Patrick Kennedy et Xavier Lebeuf sont militaires de rang. Charlène, 16 ans, sera la prochaine à compléter son camp de recrue à Valcartier. 

Il aurait été possible, pour l’enseignant d’éducation physique, de devenir officier, mais il a plutôt choisi d’être au coeur de l’action, parmi les troupes, et pour la première fois de sa vie professionnelle, recevoir des ordres au lieu d’en donner. «Comme prof, c’est moi qui dis quoi faire aux autres et qui suis dans une position d’autorité. Je me suis dit que tant qu’à changer d’univers, on allait changer pour vrai», raconte Patrick Kennedy. Il adore se retrouver en mer, lui qui s’est toujours senti dans son élément en pratiquant des sports nautiques. Comme manoeuvrier réserviste dans la Marine royale canadienne, force est de dire qu’il est heureux comme un poisson dans l’eau.

Jocelyne Boivin a voulu demeurer sur le plancher des vaches. Elle est davantage associée à un rôle logistique et à la transmission de renseignements. Ce poste lui sied à ravir. Et elle aussi se plaît dans le monde militaire, découvert sur le tard, mais pour elle, éminemment stimulant.

Les expériences terrain des réservistes se vivent surtout l’été, et souvent, à partir des deux grandes bases navales de la Marine royale canadienne, en Colombie-Britannique et en Nouvelle-Écosse. En cours d’année, les réservistes doivent travailler deux mardis et un samedi par mois au NCSM Champlain, à Chicoutimi. Ils reçoivent de la formation et apprennent les rudiments de leur métier. Ils suivent des cours d’éthique, de prévention du harcèlement, de respect. On leur inculque aussi des notions de discipline.

«Les Forces ne sont plus comme avant. Elles sont en constant mouvement, et c’est une organisation qui bouge et qui va vers de nouvelles choses», note Patrick Kennedy.

Comme la Réserve joue un rôle humanitaire, la famille s’implique pour diverses causes et fait du bénévolat. Lors des inondations de l’été dernier dans certaines régions du Québec, les Boivin-Kennedy-Lebeuf ont été mis à profit.

Dépasser ses limites 

Patrick Kennedy est rempli d’ardeur par cette sortie tardive de sa «zone de confort».

«Ce qui est le ‘‘fun’’ dans les Forces, c’est qu’ils vont toujours te mettre au défi et te pousser à avancer. Ils te donnent énormément de formation, et c’est extrêmement stimulant. Après 25 ans en enseignement, j’avais besoin de dépasser mes limites. Ça me permet de le faire», dit celui qui aimerait bien se prévaloir d’un congé sans solde pour vivre une expérience de plusieurs mois en mer, possiblement lors d’une mission en Europe. 

Ce n’est pas le type d’aventure dont rêve sa conjointe, mais elle caresse des projets en lien avec la Marine qui la font vibrer avec autant de résonance.

Le couple Boivin-Kennedy se donne toute la latitude nécessaire pour vivre des aventures palpitantes, parfois chacun de son côté, des expériences au terme desquelles ils se rejoindront toujours avec bonheur.

Jocelyne Boivin confie qu’elle est si fervente de la Réserve navale qu’elle jongle avec l’idée de troquer temporairement le tableau blanc et le marqueur à effacement sec pour l’uniforme. Il y a certainement là matière à réflexion pour l’enseignante, qui se nourrit du dépaysement et des échanges sociaux que lui fournit son titre de réserviste. 

Des étés mouvementés

Le fait d’être réserviste limite la prise de vacances l’été. Les deux enseignants, actifs, en pleine forme et avides de défis, n’y voient absolument aucun problème. 

Jocelyne Boivin et Patrick Kenndey aiment se retrouver au coeur de l’action et sentir qu’ils contribuent à une cause noble, riche en actions sociales et en implications bénévoles. Le changement de décor complet que s’offre Patrick Kennedy en période estivale lui permet de vivre d’adrénaline, ce qui l’emmène ailleurs, au sens propre et figuré. 

Comme réserviste, Xavier Lebeuf peut compter sur trois étés d’emploi garantis, en plus de ses mardis et de ses samedis à la Réserve tout au long de l’année. Sa mère fait valoir que l’emploi est bien rémunéré et recèle moult avantages en termes de salaire et autres bénéfices. Les études de Xavier Lebeuf en Génie mécanique à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) sont payées à 50 pour cent par les Forces. De plus, le jeune homme cumule un fonds de pension. 

Sa soeur, Charlène, 16 ans, a toujours le statut de recrue et se soumettra au camp de base à Valcartier cet été. Puis, elle suivra les traces de son grand frère et agira comme technicienne maritime. Tout comme Xavier, elle pourra profiter d’activités de formation lui permettant d’apprendre les rudiments de la mécanique maritime. Mais contrairement à lui, elle songe à faire carrière dans les Forces. 

Xavier Lebeuf écarte cette possibilité. Il entend profiter au maximum de l’expérience enrichissante procurée par la Réserve navale, mais a plutôt l’intention de se diriger vers une carrière civile dans le domaine de l’ingénierie.

La flamme fédéraliste de Jocelyne Boivin avivée

Jocelyne Boivin confie que son incursion dans l’univers militaire la ravit en tous points. En plus de passer du temps en famille, de multiplier les apprentissages et de garnir son bagage de connaissances, elle se frotte à la langue de Shakespeare et à ses subtilités, un élément qui revêt, pour elle, une grande importance. 

Porter la chemise blanche et le grade doré a aussi avivé sa ferveur fédéraliste.

«J’aimais déjà mon pays, mais je dois dire que je ressens maintenant encore plus de fierté d’être Canadienne. Nous avons un beau et grand pays, et je me considère chanceuse d’avoir la chance de le découvrir un peu plus chaque fois», insiste-t-elle. 

Patrick Kennedy a pour sa part l’impression de poursuivre sur la lancée d’une tradition militaire familiale instaurée par son grand-père, un médecin irlandais qui a pris part à la Deuxième Guerre mondiale. Sa grand-mère a été infirmière dans la force terrestre; son oncle, pilote de chasse; et son père, membre du corps médical de l’armée.

«Ça coulait dans mes veines! Par contre, j’ai un demi-frère qui est complètement à l’opposé et qui est plutôt socialiste et de gauche. Il n’entretient pas le même amour des forces que moi. Disons que ça provoque des discussions familiales intéressantes», relève Patrick Kennedy.