Le propriétaire de la Résidence Lamy, Patrick Ménard-Genest, veut démontrer que le projet de manoir de la municipalité de Chambord pourrait nuire au sien.

Une « concurrence déloyale » dénoncée

Le propriétaire de la Résidence Lamy redouble d’efforts pour convaincre la population que le projet de construction d’un manoir pour personnes âgées proposé par la municipalité de Chambord n’est pas viable. Dans un dépliant qu’il distribuera aux résidants vendredi, Patrick Ménard-Genest souhaite « remettre les pendules à l’heure ».

Il explique dans un premier temps en quoi consisterait son propre projet d’agrandissement qui viserait à construire 14 nouveaux logements 3 1/2 et 4 1/2 pour personnes autonomes et semi-autonomes. Pour ce faire, il a tenté d’obtenir le terrain adjacent à sa propriété qui appartient à la municipalité et sur lequel cette dernière voudrait construire un manoir pour personnes âgées.

Dans une lettre datant du 15 janvier 2018 dont Le Quotidien a obtenu copie, la municipalité refuse de lui vendre cette parcelle de terrain notamment parce que « le dossier du Manoir Chambordais est déjà très avancé » et que « les travaux sont en voie de se réaliser dans un avenir proche ». Par écrit, le maire, Luc Chiasson, affirme que le projet de construction du Manoir Chambordais n’empêche pas l’agrandissement de la Résidence Lamy puisque « les deux projets sont complémentaires ».

La municipalité considère que la Résidence Lamy héberge actuellement des personnes en perte d’autonomie. Pour sa part, M. Ménard-Genest estime qu’au contraire, au moins 50 % de sa clientèle est autonome. La municipalité lui ferait donc « concurrence déloyale » en allant de l’avant avec son projet de manoir, selon lui.

« Mes clients sont quand même pas mal autonomes. J’ai des gens avec des autos qui se déplacent et qui sont capables de se débrouiller. Pour moi, une personne en perte d’autonomie a de la misère à se mouvoir et fait de l’incontinence sévère. Je n’ai pas de gens alités. Je ne peux pas en avoir. Je ne suis pas un hôpital », avance M. Ménard-Genest. 

Ce dernier soutient que six de ses chambres ne sont pas louées à l’heure actuelle et que le Domaine Saint-Louis de Chambord en a deux de libres. Pourtant, la municipalité affirme, en s’appuyant sur une étude qui a été déposée à la Société québécoise d’habitation (SHQ), qu’il manque 45 logements sur son territoire. « Je n’ai jamais pu mettre la main sur cette étude », déplore l’entrepreneur. 

« Ce n’est pas transparent comment ils présentent l’information. La Ville vient se mettre directement en compétition avec moi. Ils vont bâtir ça à côté, ils vont être un peu plus chers que moi, mais c’est quand même une bâtisse neuve et j’ai peur pour mon entreprise », craint-il. 

Référendum 

La municipalité invite la population à participer à sa séance d’information portant sur le Manoir Chambordais le 11 mars à la salle communautaire Gaston Vallée. Le 25 mars, les citoyens inscrits pourront voter dans le cadre d’un référendum qui sera tenu par la municipalité concernant l’approbation d’un règlement d’emprunt devant permettre de construire 24 nouveaux logements pour aînés. 

Le maire de Chambord estime que le coût du projet devrait avoisiner 4,6 millions de dollars. La répartition de la facture irait comme suit : la part du gouvernement du Québec serait de 39 %, celle de la municipalité de 23 % et le reste serait financé par le manoir. 

Dans sa brochure, celui qui est propriétaire de la Résidence Lamy depuis à peine un an souhaite mettre l’accent sur le fait que, dans ses données budgétaires, la municipalité ne prend pas en compte le crédit de taxes qu’obtiendrait le manoir au cours des 35 années suivant son entrée en service. 

« Il est marqué, mais à côté pour ne pas que ça paraisse trop. Si on l’ajoute, ça représente près de 1,6 million de dollars sans compter le taux d’intérêt. Si on rembourse cette somme sur 20 ans, c’est pratiquement le double », déplore M. Ménard. 

Le propriétaire de la Résidence Lamy de Chambord ne digère pas le projet de manoir de la municipalité

Des services complémentaires, précise le maire

Le maire de Chambord, Luc Chiasson, réitère le fait que le projet de manoir répond à un type de clientèle pour le moment laissé pour compte et qu’il n’entre pas en compétition avec l’offre de services des résidences pour aînés déjà en place. 

Il rappelle que la Résidence Lamy offre des chambres avec salle de bain, alors que le Manoir Chambordais proposerait des appartements 3 1/2 et 4 1/2. « Les gens du manoir qui seront plus en perte d’autonomie pourront transférer à la Résidence Lamy. C’est une transition naturelle. Ce sont des services qui sont complémentaires », croit M. Chiasson. 

Ce dernier avoue qu’il aurait préféré que les relations avec le nouveau propriétaire de la Résidence Lamy soient beaucoup moins tendues. 

« Le projet, ça fait neuf ans qu’il est sur la table. Nous avions consulté les anciens propriétaires de la Résidence Lamy et ça n’avait jamais posé de problème. Nous, on a voulu collaborer avec le nouveau propriétaire parce qu’il aurait pu y avoir des arrimages, notamment au sujet des services de cafétéria et de buanderie. Ce serait gagnant que tout le monde travaille ensemble, ce qu’on a essayé de faire à maintes reprises avec M. Ménard-Genest », souligne le maire de Chambord. 

Celui-ci affirme qu’il n’est pas convaincu que Patrick Ménard-Genest a besoin d’acheter la parcelle de terrain adjacente à sa propriété pour aller de l’avant avec l’agrandissement de son immeuble. 

« Si on veut l’aider, il doit nous déposer les plans pour voir s’il respecte les normes. Notre compréhension, c’est que le terrain aurait servi à aménager un chemin qui se rendrait en arrière de ses bâtiments », avance le maire. 

Par ailleurs, M. Chiasson avoue même que le conseil municipal a étudié la possibilité de changer le projet de place ou du moins de le modifier pour permettre au propriétaire de la Résidence Lamy d’obtenir du terrain, mais que les demandes de subvention auprès de la Société d’habitation du Québec (SHQ) avaient été acceptées et qu’il était impossible de revoir les plans d’architecte. 

Luc Chiasson réaffirme qu’il y a de la place pour 45 nouveaux logements sur son territoire, ce qui laisserait une marge de manœuvre à la Résidence Lamy si elle souhaite, elle aussi, aller de l’avant avec son agrandissement. 

Ce dernier a bon espoir que le 25 mars, la population votera en faveur de la construction du Manoir Chambordais. En février, 181 personnes avaient manifesté leur désaccord au règlement d’emprunt. 

« Plusieurs personnes ont signé le registre parce qu’ils manquaient d’information. Plusieurs pensaient que ça allait faire monter les taxes, ce qui n’est pas le cas parce que c’est financé en partie par la minicentrale. Il n’y aura aucun impact sur le compte de taxes », assure-t-il.