La directrice générale de la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay, Chantale Cyr, ira à Paris pour présenter l’école Au Millénaire, du 7 au 12 novembre.

Un voyage à Paris controversé pour Chantale Cyr

La directrice générale de la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay, Chantale Cyr, se rendra à Paris du 7 au 12 novembre afin de présenter l’école trilingue Au Millénaire dans le cadre d’un colloque intitulé « Osons l’école de demain ». Au Millénaire a ouvert ses portes il y a deux mois.

Le périple de la DG a été autorisé par voie de résolution lors de la séance du conseil des commissaires de mardi. Une invitation aurait été transmise directement à la CS il y a quelques mois par les organisateurs du colloque parisien axé sur l’innovation en éducation. 

Selon les informations qui circulent dans les couloirs de la commission scolaire, la pertinence du voyage est mise en doute par plusieurs puisqu’il a lieu très tôt après l’ouverture de l’établissement. De plus, le périple est autorisé au moment même où des représentants du ministère de l’Éducation du Québec enquêtent sur la gouvernance de l’organisation. Il s’agit d’une période trouble pour la CS des Rives-du-Saguenay, alors que le style de gestion de Chantale Cyr, embauchée il y a un an, est contesté et que le conseil des commissaires lui a récemment révoqué plusieurs pouvoirs décisionnels. De plus, le processus d’octroi de contrats publics à la commission scolaire est scruté à la loupe et une étude sur le climat organisationnel a été commandée.

Nébuleux

Des éléments demeurent nébuleux au sujet du voyage en France de Chantale Cyr. Une première version imprimée du bulletin résumant les faits saillants de la séance du conseil des commissaires du 24 octobre, sur laquelle il était question du voyage, a été retirée de la circulation. Cet item ne figurait plus sur la version amendée, tout comme un court article portant sur la nomination d’un comité d’évaluation du rendement de la direction générale. Le bulletin « Résumé de CC » est distribué par courriel à tout le personnel de la commission scolaire. La direction n’a pu expliquer pourquoi ces items ont été retirés ni qui en a donné l’ordre. 

Présidente du Syndicat de l’enseignement du Saguenay, Aline Beaudoin croit que le retrait des rubriques contribue à attiser le climat de suspicion qui règne à la CS. Elle se questionne au sujet de la pertinence du voyage en France de la directrice, alors que selon elle, le concept d’Au Millénaire est beaucoup trop jeune pour avoir fait ses preuves.

« Je trouve ça prématuré. Au Millénaire est encore un nouveau-né. Le bébé a deux mois. La coquille, c’est une chose. Ce qui se passe en dedans, c’en est une autre. Avant d’aller présenter ça en Europe, il faut que ce soit probant et en ce moment, ça ne l’est pas », a résumé la présidente du Syndicat. 

Aline Beaudoin s’explique mal le fait que seule la DG va présenter le concept à Paris, alors qu’aucun membre du corps enseignant d’Au Millénaire n’a été invité à prendre part à la mission. 

Selon ce qu’il a été possible d’apprendre, Chantale Cyr ne sera pas la seule à se rendre en France. Elle ferait partie d’une délégation de quatre personnes dont l’objectif est de faire du démarchage auprès de différents lycées pour renforcer des partenariats existants et en développer de nouveaux. Le but de la démarche serait aussi de recruter de nouveaux étudiants français pour la formation professionnelle et à distance. 

Malhabile

Présidente de la Commission scolaire, Liz S. Gagné confirme que les élus ont donné leur aval au voyage. Le montant autorisé était de 3000 $, mais dès le lendemain, la somme a été revue à la baisse. La présidente croit que la mission en vaut la chandelle puisqu’elle n’a pas pour unique but de vanter les mérites d’Au Millénaire. Liz S. Gagné explique que l’invitation est arrivée au printemps et qu’elle n’en a eu vent que tout récemment.

« Si le conseil l’a acceptée, c’est parce que les commissaires ont jugé que c’était pertinent. Sinon, ils auraient refusé », a-t-elle fait valoir.

Quant au cafouillage entourant le bulletin d’information censuré, Liz S. Gagné affirme qu’elle n’a aucune idée de la provenance de la consigne qui a mené au retrait des articles. 

« Je ne le sais pas et je ne partirai pas à la chasse au coupable. Ce que je peux dire, c’est que c’est malhabile et que ça ne se reproduira plus. Ce qui est discuté au conseil des commissaires est public et ce qui est public va demeurer public », a indiqué la présidente, qui dit avoir été informée de la situation jeudi. 

Enfin, notons que l’enquête menée par le ministère au sujet de la gouvernance suit son cours. Liz Gagné a été interrogée. Elle signale qu’elle ne peut en dire plus, si ce n’est que davantage de ressources ont été dépêchées sur place par le ministère et que le processus devrait prendre fin dans deux à trois semaines. Un rapport sera ensuite acheminé au ministre Sébastien Proulx. 


Avant d’aller présenter ça en Europe, il faut que ce soit probant et en ce moment, ça ne l’est pas.
Aline Beaudoin

Un projet critiqué

Le projet Au Millénaire, une école publique trilingue aménagée dans l’enceinte de l’ancienne école Georges-Vanier, ultra moderne et fortement axée sur les nouvelles technologies, a fait l’objet de critiques dès l’annonce de son implantation au début de 2017. La décision d’aller de l’avant a été prise à la fin de 2016 et une conférence de presse a été tenue en février pour l’annoncer à la population. L’école a ouvert ses portes en septembre dernier et les élèves ont été pigés au sort. Les candidats devaient préalablement avoir fait preuve de leur intérêt et de leur motivation à l’égard d’un tel projet.

Il n’a jamais été possible de déterminer les coûts exacts nécessaires au déploiement de ce projet particulier et la direction de la CS a assuré que l’école a été aménagée grâce à l’utilisation de ressources existantes, pratiquement à coût nul. L’annonce de la création d’Au Millénaire est survenue quelques semaines après que la CS eut fait part de son désir de rapatrier tous les programmes de formation professionnelle dispensés au CFP du Fjord vers un méga centre à Chicoutimi. Plusieurs, dont le Syndicat de l’enseignement du Saguenay, y ont vu un «bonbon» offert au milieu baieriverain pour compenser la perte de la formation professionnelle.