Un virage clinique pour OPTILAB

Le projet OPTILAB, qui vise la centralisation des tests de laboratoire à l’hôpital de Chicoutimi, devient OPTILAB 2.0, avec une orientation totalement différente. Présenté lors de la création du Centre intégré universitaire de santé et services sociaux (CIUSSS) du Saguenay–Lac-Saint-Jean, le projet avait provoqué une levée de boucliers des hôpitaux périphériques.

Le directeur clinico-administratif pour ce projet, Normand Brassard, insiste sur le « virage clinique » de cette transformation. Au départ, OPTILAB a été critiqué puisqu’il était vu comme un projet orienté sur la rationalisation des coûts par la centralisation des tests et analyses. Aujourd’hui, selon les propos de Normand Brassard, OPTILAB est avant tout un projet qui vise une amélioration de la qualité des tests, afin de mieux supporter le diagnostic du médecin quand il traite un patient.

« Nous en sommes encore à l’élaboration du scénario clinique pour le projet, ce qui signifie que les médecins de laboratoire dans les disciplines de la pathologie, de l’hématologie, de la biochimie et de la microbiologie passent en revue tous les tests et déterminent lesquels peuvent faire l’objet d’une redirection vers le laboratoire de Chicoutimi », reprend Normand Brassard, qui affirme qu’il n’y a pas encore eu de transfert significatif de volume de tests.

Il ne cache pas que la façon dont le projet a été communiqué à la population au départ ait pu créer une compréhension différente du projet et de ses objectifs.

« On ne procédera pas avec un transfert massif, du genre qu’à partir de demain, on redirige tous les tests de Dolbeau vers Chicoutimi. Ce n’est pas de cette façon que nous allons procéder. Le tout va se faire progressivement en nous assurant que l’opération soit faite de façon sécuritaire. »

Quand le directeur du projet parle de sécurité, il ne fait pas uniquement référence au système de transport physique des échantillons entre les établissements et le centre de traitement. Les systèmes informatiques de 17 hôpitaux (de Blanc-Sablon à Matagami), qui font partie du projet, devront être en mesure de se parler sécuritairement avant de lancer officiellement la redirection des tests identifiés.

« Il est primordial qu’il n’y ait qu’une saisie informatique des données. Le prélèvement de l’échantillon est fait à l’hôpital de Dolbeau, et c’est à cet endroit que l’on fait la saisie des informations. L’échantillon est envoyé à Chicoutimi par le transport routier et les informations suivent par transfert informatique. Le test est fait, et le résultat est entré dans la saisie unique et retourné à Dolbeau. »

Le directeur clinico-administratif du projet OPTILAB, Normand Brassard, croit que le projet deviendra permanent en raison de l’évolution des différentes technologies qui changent d’année en année dans ce domaine spécialisé. Depuis le début du projet il y a trois ans, de nouveaux équipements ont fait leur apparition et ont obligé les responsables à réévaluer des situations.

Normand Brassard enchaîne en expliquant que la « multiplication des saisies constitue un risque d’erreur et les responsables du projet ne veulent qu’une seule saisie de données. En ce moment, les hôpitaux de la région sont reliés sécuritairement. Il faut créer les interfaces pour communiquer avec les hôpitaux de la Côte-Nord et de l’Abitibi ».

Il ne faut pas s’attendre à ce que les échantillons prélevés dans les hôpitaux transitent par les transports publics privés comme les autobus ou les taxis. Le CIUSSS va mettre en place son propre réseau de transport pour livrer les échantillons de porte-à-porte sans intermédiaire. La décision n’est pas encore arrêtée sur le réseau de transport. Le responsable du projet affirme que des discussions doivent avoir lieu avec les syndicats, tout comme il est possible que le choix s’arrête sur un transporteur privé.

« Malgré les délais de transport, il est possible que des résultats reviennent au médecin traitant plus rapidement que dans le système actuel. Dans les plus petits centres, il y avait des pratiques pour concentrer pendant une journée spécifique dans la semaine un type de test. Dans un plus gros laboratoire, il y aura des examens de laboratoire tous les jours en raison du volume suffisant, en plus du retour du résultat dès qu’il est prêt. »

Tout au long de l’entrevue, Normand Brassard a rarement utilisé l’argument économique pour justifier ce projet. Il affirme que l’objectif central est d’améliorer l’aspect clinique des pratiques et que la question des économies n’est pas aussi importante que ce qui avait été prévu au départ. Il y aura toutefois des économies dans ce projet, principalement dans des fournitures médicales utilisées pour les tests comme des produits réactifs.

Normand Brassard a rappelé que l’objectif a toujours été de réaliser un projet sur une base d’autofinancement.


« Nous allons faire le transport d’échantillons porte-à-porte. Ça doit être fait dans un système sans faille puisqu’il arrive, dans certains cas, que nous ne disposions que d’un seul échantillon. Si cet échantillon est perdu, on ne peut plus faire le test pour aider au diagnostic du patient. »
Normand Brassard, gestionnaire du projet OPTILAB

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DES TESTS DANS 17 LABORATOIRES

Le développement technologique et une meilleure utilisation du personnel sont au cœur du projet OPTILAB puisqu’ils permettent de faire des gains d’efficacité, mais peuvent aussi permettre de redéployer certains tests vers les 17 laboratoires participants.

L’hôpital de Chicoutimi faisait les tests de laboratoire pour identifier les cas d’influenza. Il s’agissait d’un test qui nécessitait un certain temps. Selon le directeur clinico-administratif Normand Brassard, une entreprise a mis au point un nouveau test pour cette infection, lequel peut être facilement déployé pour donner un service plus rapide.

Le projet OPTILAB a réagi rapidement en dotant le centre hospitalier de Chibougamau des équipements nécessaires pour procéder aux analyses sur place. Dans certains cas, les volumes sont au cœur de la qualité des examens de laboratoire.

Les tests pour le diagnostic de la fibrose kystique font partie de cette réalité médicale. L’Institut national d’excellence en santé et services sociaux (INESSS) recommande qu’un laboratoire réalise au moins 50 examens de cette nature par année pour conserver l’expertise.

Avant la création d’OPTILAB, l’hôpital de Chicoutimi était le seul du groupe des 17 à réaliser un peu plus de 50 examens de cette nature par année dans ses laboratoires. Il y aura donc une concentration de ce test à Chicoutimi. Le FIT test, qui permet de détecter le sang dans les selles, est quant à lui centralisé à l’hôpital de Sherbrooke pour tout le Québec.

Le projet de départ annonçait des déplacements de personnel entre les hôpitaux de la région. Depuis le début, les employés des laboratoires qui ont changé de site l’ont fait sur une base volontaire.

La pénurie de main-d’œuvre va rattraper le secteur des laboratoires. C’est ainsi que Normand Brassard affirme qu’il faudra mieux utiliser le personnel, notamment en s’appuyant sur la technologie.

« Nous avons eu deux départs pour des congés de maternité à l’hôpital de Port-Cartier. C’est une technicienne de la région qui a accepté volontairement de dépanner pour cette situation. C’est ce qui va nous permettre de maintenir le service sur sept jours dans cette région », a conclu Normand Brassard.

L’appareil Maldi-Tof a été acquis au coût de 200 000 $ dans le cadre du projet OPTILAB. Cet équipement haut de gamme réduit de façon importante le délai d’identification bactérienne. L’ancienne technologie nécessitait un traitement de six à huit heures par échantillon, alors que le Maldi-Tof fait le même travail en 60 minutes, avec plusieurs analyses en même temps.

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LE PROJET OPTILAB EN CHIFFRES

Plus de 300 employés

17 laboratoires 

382 795 habitants au total

715 893 kilomètres carrés de territoire

8 à 9 millions d’analyses par année

Source : CIUSSS du Saguenay–Lac-Saint-Jean