Sylvain Carle, ancien «lobbyiste de marque» chez Twitter à San Francisco et maintenant entrepreneur et investisseurs au Québec, croit que l’innovation passera davantage par les start-ups.

Un virage 4.0 qui doit «faire mal»

Plus de 200 personnes se sont réunies à Jonquière, mercredi, pour la 5e édition de la Rentrée numérique à Saguenay, organisée par Promotion Saguenay et Nubee. Entrepreneurs en construction, conseillers en communication, restaurateurs, avocats ; des gens de tous les milieux étaient sur place pour s’inspirer et s’outiller afin de réussir leur passage au 4.0.

Un événement qui, un jour, changera de nom pour la Rentrée d’affaires, espère Sylvain Carle, un des conférenciers. Parce que le numérique devrait être le nouveau normal, insiste l’associé chez la firme d’investissement montréalaise Real Ventures et mentor pour l’accélérateur de startups FounderFuel.

« C’est quoi la différence entre le 20e et 21e siècle ? C’est le numérique. Est-ce qu’il y a quelque chose de pas numérique aujourd’hui ? », lance l’ancien « lobbyiste de marque » chez Twitter.

Mais plusieurs industries tardent à prendre ce virage, constate-t-il. Certains tentent le coup, mais le changement est plus difficile pour une entreprise bien implantée depuis plusieurs années. « Ça doit faire mal, sinon, c’est parce qu’ils n’essayent pas assez fort. Et c’est douloureux, parce qu’une transformation numérique, c’est un changement culturel », pointe-t-il.

Il ne faut donc pas se surprendre de voir plusieurs industries ou entreprises couler. Les start-ups, qui n’ont pas eu à se renouveler, seront les grandes entreprises de demain.

« Après 20 ans à voir des entreprises ne pas prendre ce virage, je me suis dit, tant pis pour elles. Je vais en partir des nouvelles entreprises. L’innovation passe beaucoup par les start-ups. Parce qu’on n’a pas à changer les choses au sein de l’entreprise. J’ai fait de ma mission celle de créer plein de petites entreprises qui vont devenir les prochaines grandes », confie l’expert qui a créé et investi dans une foule d’entreprises, au cours des dernières années. « Je pense que c’est normal qu’il y ait des cycles et que certaines entreprises cessent d’avoir une raison d’être. Comme on dit, c’est la destruction créative du capitalisme (tout ce qui disparaît renaît sous une autre forme). Je suis plutôt socialiste, mais un moment donné, jusqu’à quel point un gouvernement peut subventionner un secteur ? », ajoute-t-il, admettant du même souffle que le secteur numérique est aussi subventionné.

La première chose à changer, selon M. Carle, c’est améliorer notre compréhension des technologies de l’information.

« On a tendance à surestimer les technologies à court terme, mais on les sous-estime à long terme (loi d’Amara). Je pense que c’est ce qui est arrivé. On a trop longtemps surestimé les révolutions technologiques ici au Québec. Mettre des tableaux blancs dans les classes. Wow ! Toute une révolution », commente-t-il, non sans humour.

L’éducation pourrait jouer un plus grand rôle pour apprivoiser la programmation informatique. On enseigne la géographie, l’histoire, l’éducation physique, alors pourquoi pas les notions de programmation ?

« À Tel-Aviv (Israël), il y a des universités qui, au premier cycle, ont des cours de sciences des données, et ce, peu importe ta faculté. Que tu sois en médecine ou en géologie, comprendre et utiliser les données, les algorithmes, ça devrait être la norme. On ne peut pas apprendre à tout le monde à programmer. Mais il faut apprendre à penser et à comprendre comment ça fonctionne », mentionne-t-il dans une entrevue accordée en marge de l’événement.

Journées du numérique

La rentrée du numérique a pris fin, mais les Journées du numérique SLSJ, elles, se poursuivent jusqu’au 10 octobre. Organisées conjointement par plusieurs intervenants régionaux, ces journées ouvertes au grand public ont pour but de mettre en relation des acteurs des différents secteurs. La prochaine activité se tiendra au Collège d’Alma, vendredi. Diane-Gabrielle Tremblay, titulaire de la Chaire de recherche sur les enjeux socio-organisationnels de l’économie du savoir, animera une conférence-discussion sur l’économie du savoir. Une table ronde composée d’experts et d’intervenants touchés par les changements qu’entraîne l’essor de l’économie du savoir, dont des entrepreneurs et des étudiants, commentera la conférence de Mme Tremblay et soulèvera des questions concrètes.